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Par Cerise Maréchaud
Littérature. Ne lappelez pas beurette
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Samira et Salima, personnage
de son roman, même combat ?
(SÉBASTIEN CZERYBA)
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Fille dimmigrés marocains, nourrie au hip hop et au surréalisme, Samira El Ayachi évacue la question de lintégration dans La Vie rêvée de Mademoiselle S., un premier roman remarqué.
Salima est une fille rêveuse
, lâche machinalement Samira El Ayachi, un peu déphasée entre deux avions dans la cafétéria déserte de laéroport Mohammed V, à Casablanca. Non, se reprend-elle. En fait, Salima est réaliste, Salima est en colère. Dentendre son nom trop souvent écorché, par exemple. Mademoiselle Aït
Aït
Bensalem ?. |
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Ainsi souvre le premier roman de Samira El Ayachi, 28 ans, petite révélation de la rentrée littéraire hexagonale. À travers lidentité malmenée de son héroïne, la jeune auteure lilloise, elle, sest fait un nom. Lannée dernière, léditeur Sarbacane na pas longtemps hésité, une fois le manuscrit entre les mains, pour ajouter La Vie rêvée de Mademoiselle S. à la liste de sa collection eXprim, spécialiste ès romans jeunes et urbains.
Tantôt puéril, tantôt viscéral, à la fois frais et désenchanté, le style de Samira El Ayachi ressemble à la trame de son roman, une déclinaison de chroniques adolescentes entre rêveries et coups de gueule, que lon pourrait trouver griffonnées sur les dernières pages dun agenda. Mon manuscrit, je ne lavais fait lire à personne, confie Samira. Il faut dire quentre Samira et Salima, toutes deux filles dimmigrés du Sud marocain, appelés par les besoins des mines françaises dans les années 70, cest presque kif kif. Mais avec cette margelle de différences qui brouille les cartes. Première de la classe et rondouillarde, entichée dun bellâtre qui ne la voit pas, postulant pour des heures de ménage pour payer le pèlerinage de ses parents, Salima Aït Bensalem avale des goulées de liberté instantanée pendant les 26 minutes dun aller-retour au supermarché via lautoroute. La vie est ailleurs, se console-t-elle, réfugiée dans le livre de Milan Kundera à larrière du bus 42, en direction dune barre HLM dune cité de Lille Sud.
Zola, Balzac
et Begag
La banlieue, je lai connue à la télé, précise Samira El Ayachi, dont le père a quitté son village de Zaouiat Sidi El Mokhtar, près de Zagora, pour le froid du Pas-de-Calais. Mais dans le coron (village de mineurs) daccueil, la famille a une maison et un jardin. Fallait-il plus de béton pour que le récit prenne ? Jai eu besoin de la hauteur des tours de banlieues par opposition avec lonirisme du livre, explique Samira, qui sinterroge sur lâge auquel on perd nos rêves, cette matière première pour se construire, ce que lon a de plus singulier, ce point de repère intime quand on entre dans le monde adulte.
La jeune Samira rêve de devenir écrivain. Si son père est lun des rares du coron à savoir lire et écrire (qui se charge de remplir les documents didentité et les fiches dallocations familiales pour les voisins après la fermeture des mines), le foyer familial nest pas riche en bouquins. Quimporte : au collège ou à la commune, Samira traîne dans les allées de la bibliothèque, sentiche de Azouz Begag, fils dimmigrés algériens grandi dans la banlieue lyonnaise, sociologue urbain et écrivain reconnu (Le Gone du Chabaa, 1986). Invité plusieurs années plus tard au lycée Picasso, dans la commune voisine dAvion, celui-ci lencourage. Bonne élève, Samira rafle le Prix Louis Germain (et une première publication aux éditions Flohic), en dédiant sa Lettre à un professeur qui a marqué votre vie à sa prof de littérature de seconde, tellement exigeante quelle la dabord détestée.
Une fois digéré le réalisme classique de Zola et Balzac, la lectrice se grise pour Céline et, avec Voyage au bout de la nuit, une oralité familière à loreille baignée de poésie religieuse et de halqa. Même frisson de liberté avec Marguerite Duras : écrire comme on parle, cest possible. Écrire ce quon veut, aussi, lui susurrent les poètes surréalistes (Prévert, Eluard
) et la bande des écrivains de lOulipo, emmenée par Raymond Queneau (Ouvroir de la littérature potentielle, mouvement fondé en 1960, simposant des contraintes littéraires pour stimuler limagination).
Du côté de la création
Rentrer dans un moule ? Trop peu pour Samira, même après avoir franchi la frontière de la grande ville pour enchaîner prépas hypokhâgne et khâgne au lycée Faidherbe de Lille. Aucune envie dêtre prof : au concours dentrée à Normale sup, Samira dessine des fleurs et des moutons sur sa copie. Retour à la ligne et inscription en IUP (Institut universitaire professionnalisé), section Art et culture. Jai préféré être du côté de la création, justifie-t-elle. Et rester aussi du côté de Lille. Vue du bassin minier, Lille, cétait la possibilité dune autre vie.
Touche-à-tout, Samira fait aussi la choriste dans le collectif Juste Cause (avec Dias et HK, futurs membres du groupe Ministère des affaires populaires, pour lequel elle chantera sur le titre Nos Affaires), participe à une émission de Radio Campus, anime un atelier décriture dans un foyer de Roubaix, file un coup de main au centre social La Busette et dans une école de danse hip hop, sinvestit dans un festival de littérature africaine (FestAfrica)
Elle a la création facile, assure son ami Dias.
Mais au discours militant, Samira préfère laction. Test ADN, Cité de limmigration
On sen fout un peu !, lâche-t-elle dun haussement dépaules sous sa cascades de boucles brunes. On veut toujours nous rattacher à notre histoire. Pour moi, toutes ces questions sont dépassées, mais on nous les renvoie à la figure tout le temps. Et de poursuivre, ironique : Je nai pas brûlé de voitures et jai trouvé un boulot du premier coup !.
À lAéronef, salle de concert et bastion lillois de lavant-garde culturelle, Samira est aussi la responsable développement dun ensemble dévènements : Dimanche Open Mic, ApéroConférence, festival Tous au sud, Tremplin Talents du sud, ateliers MAO (musique assistée par ordinateur) en milieu carcéral, soutien aux maisons de jeunes et associations
Envie de se mettre à jour sur la nouvelle scène française ? Allez donc vous mêler aux 288 friends de son MySpace (myspace.com/mademoisellelille), parmi lesquels figurent nombre de musiciens et de poètes (en rap, elle recommande notamment Pépite, de la formation les Malfaiteurs). Cest aussi ladresse idéale pour écouter la bande-son spéciale de La vie rêvée de Mademoiselle S. On y retrouve Axiom, Didier Super, Rachid Taha, Emilie Simon, MIG, Les Négresses Vertes, DJ Krush, mais aussi Yassine Rami, alias Rairap, rappeur casablancais et ancien du duo meknassi SanS LimiteS, rencontré à lécole de commerce de Lille. Samira espérait dailleurs le croiser pendant son séjour sur la terre de ses parents, où elle est venue présenter son roman dans le cadre du Salon du livre de Casablanca. Cétait dailleurs la première fois quelle revenait au Maroc, en dehors des vacances au bled annuelles. Loccasion dun autre retour aux sources, moins balnéaire, plus littéraire. Hasard ou pas, la jeune écrivaine relit en ce moment La civilisation ma mère, de feu Driss Chraïbi. |
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