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N° 312
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“Je n’aime pas les attaches”

Narjis Rerhaye, journaliste
(DR)

Antécédents

1965. Naissance à Rabat.
1984. Intègre l’école de journalisme l’ISJ (actuelle ISIC).
1998. Premiers articles au quotidien Al Maghrib.
1998. Sort son livre “Chronique d’une démocratie en devenir”, cosigné avec Fatiha Layadi.
2004. Responsable de la communication de l’IER (Instance équité et réconciliation).
2007. Arrivée d’Illy, sa fille.

Smyet bak ?
Abdelkamel Rerhaye.

Smyet Mok ?
Ma petite maman.

Très bien. Et sur la fiche d’état civil ?
Hafida Cherqi.

Nimirou d’la carte ?
A242915.

Vous êtes passée d’Al Bayane, qui est plutôt de gauche, au Matin du Sahara, un journal makhzénien, en transitant par Le Journal, un hebdo indépendant. Comment expliquez-vous cette transhumance journalistique ?
Je n’aime pas être enfermée dans des carcans. L’essentiel, à mon sens, est de cumuler les expériences. Dans chaque poste que j’ai occupé, je me suis comportée en tant que journaliste, et non en porte-voix du Makhzen, ni de l’opposition. Pour moi, ce que vous qualifiez de transhumance journalistique est synonyme de liberté. Cela me permet de quitter un organe quand les idées qu’il véhicule ne correspondent plus aux miennes. Pour dire les choses simplement, je n’aime pas les attaches.

C’est votre mari qui doit être content…
En fait, j’avais fait le vœu d’être une “célibattante”. Mais j’ai fini par rencontrer la personne qui m’a fait changer d’avis, à 39 ans. Comme quoi, dans la vie, tout est possible.

Sur vos articles, vous gardez votre nom de jeune fille. Il le prend comment ?
Oh vous savez, je pense qu’il connaît la bête (rires). Il a fini par s’y faire.

Si vous aviez à adhérer à un parti, que choisiriez-vous : le PPS, l’USFP, ou… le Makhzen ?
Je pense que j’adhérerais au parti d’en rire.

Mais encore ?
Mon adhésion à une quelconque organisation politique n’est pas à l’ordre du jour. C’est cette liberté qui me permet d’écrire sur tous les partis.

Et qui vous a valu un procès en 1999…
Ce procès est parti d’une chronique sur Mahmoud Archane. Il tirait gloire de son passé de policier, arguant qu’il avait soutenu la monarchie. C’est une lecture étroite de l’histoire quand on sait que certains l’ont payé de leur chair. Par la suite, il m’a répondu par voie de presse en me traitant de tous les noms. J’ai porté plainte pour diffamation, et lui a répliqué en faisant de même. Au final, j’ai été condamnée à lui verser un dirham symbolique et une amende. Mais je n’ai jamais payé le dirham symbolique. C’est une question de principe.

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous cherchez plus à vous rapprocher des ministres qu’à les bousculer ?
Je les invite à lire mes articles. Mon père était ministre, je connais bien le milieu. Et puis franchement, qu’aurais-je à y gagner ? Des places au premier rang au Festival du film de Marrakech ? Je peux déjà y aller en tant que journaliste. Vous savez, je n’ai pas besoin de me rapprocher de qui que ce soit pour exister.

Pourtant, il paraît que vous devez beaucoup à Nabil Benabdellah (ministre sortant de la Communication)…
Je dois beaucoup à Nabil Benabdellah, notamment au niveau professionnel. Il a souvent tempéré mes ardeurs, il a donné du sens à certains de mes écrits. C’est un ami de longue date et nos rapports sont encore plus forts depuis qu’il n’est plus ministre.

Un procès en commun (Archane), ça doit nouer des liens solides…
Nabil Benabdellah n’était pour rien dans toute cette histoire, mais il l’a assumée jusqu’au bout. Il s’est tenu droit devant le juge en tant qu’accusé, même s’il n’avait rien à voir avec l’article incriminé. Il aurait pu se désolidariser, mais il ne l’a pas fait.

Comme votre amie Fatiha Layadi, vous seriez prête à rejoindre le “mouvement de tous les démocrates” de Fouad Ali El Himma ?
J’ai le droit à un joker ?

Pas vraiment…
Même pas à un coup de fil à une amie, Fatiha par exemple ? Peut-être qu’elle a la bonne réponse.

Vous préférez botter en touche ?
Je vais répondre, puisque vous insistez. Je pense que la démocratie a besoin d’être portée par des partis politiques. Mais parmi ceux qui ont rejoint le mouvement, je vois des noms qui ne se sont jamais engagés dans ce sens, ou si peu. Je suis de ceux qui pensent naïvement que l’associatif ne peut se substituer au politique.

 
 
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