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Par Abdeslam Kadiri,
Espagne. Corrida électorale
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José-Luis Rodriguez Zapatero,
chef du gouvernement espagnol.
(AFP)
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Face à la remontée de la droite dans les sondages, le camp de Zapatero resserre les rangs. Le premier ministre sortant devra batailler pour assurer sa réelection.
Le scrutin des législatives espagnoles, qui se tiendra le 9 mars, sannonce plus serré que prévu. Le Parti socialiste (PSOE) au pouvoir, toujours en tête dans les sondages, est cependant confronté à une nette remontée de lopposition conservatrice. Le chef du gouvernement, José-Luis Rodriguez Zapatero, qui paraissait sacheminer facilement vers un second mandat, devra compter avec son adversaire, le leader du Parti populaire (PP), Mariano Rajoy.
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Les sondages publiés par différents titres de presse montrent en effet la réduction de lécart entre les deux partis à une fourchette allant de 1,5 à 3 points en faveur de la gauche. Il y a quelques semaines, ce gap était dau moins quatre points. Et bien que lentourage de Zapatero continue à affirmer que la victoire ne fait aucun doute, un proche du Premier ministre a confié à lAFP que les données des sondages restent préoccupantes et quil sera nécessaire de mobiliser les électeurs de gauche pour contrer le PP, qui dispose dune base électorale plus solide et plus fidèle.
Mesures électoralistes
Cest que la situation a bien changé depuis 2004. Les conservateurs, emmenés par José Maria Aznar, avaient payé le prix des attentats de Madrid, ce qui a permis à Zapatero de se faire élire à la surprise générale.
Quatre ans plus tard, quel est le bilan du Premier ministre socialiste ? Pendant la première année de sa législature, celui-ci a marqué les esprits en passant quelques lois progressistes : autorisation du mariage des homosexuels, institutionnalisation de légalité des sexes, pénalisation des violences conjugales, simplification des divorces
Le gouvernement socialiste a également régularisé un grand nombre de sans-papiers et poussé lEspagne a se pencher sur son passé (loi sur la mémoire historique). Mais Zapatero est aussi lhomme de la relance économique, avec une croissance soutenue, trois millions demplois créés en quatre ans et un taux de chômage réduit à 8%. Au niveau international, enfin, il a été lartisan du retrait des troupes espagnoles dIrak. Mais la droite a exploité les failles de la seconde partie de son mandat, notamment les négociations infructueuses avec lETA et la réforme du statut de la Catalogne, qui ouvrait la porte à une plus grande autonomie des régions. LEglise catholique, allié objectif et influent du PP, a aussi dénoncé les mesures immorales du gouvernement, appelant implicitement les fidèles à voter contre les socialistes.
Autre donnée importante : depuis lautomne 2007, léconomie espagnole naffiche plus la même santé. La croissance est passée sous les 3%, le chômage est reparti à la hausse et les prix ont flambé. Pour se rattraper, les socialistes ont sorti un joker : en cas de réélection, Zapatero promet doffrir une réduction de 400 euros sur limpôt sur le revenu. Un cadeau fiscal qui concerne les retraités et les salariés, soit 70 % des contribuables. Une façon pour Zapatero de faire coup double : relancer la consommation et, surtout, mobiliser une frange précieuse de lélectorat. Lidée, jugée électoraliste, est similaire à celle du chèque-bébé, une allocation de 2500 euros versée à tout foyer ayant un enfant depuis juillet 2007. Mais cela suffira-t-il pour convaincre les Espagnols ? Tous ces cadeaux ne sont là que pour replâtrer, estime Pedro Canales, journaliste espagnol. La crise économique et immobilière, avec les retombées de la crise américaine des subprimes, est profonde.
La droite durcit le ton
En face, Mariano Rajoy mène une campagne efficace sur des thèmes comme limmigration, linsécurité ou le pouvoir dachat. Le dirigeant du PP est persuadé que son parti traverse aujourdhui le meilleur moment de la législature et se réjouit des sondages. Zapatero na pas été capable de conserver le soutien des électeurs, a déclaré Gabriel Elorriaga, proche conseiller de Rajoy. Le chef du gouvernement est un leader aimable, mais il ne sest pas intéressé aux préoccupations immédiates des Espagnols. Ainsi, après sêtre longtemps focalisé sur la question basque ou le maintien de lunité nationale espagnole, le PP est revenu depuis peu à des thèmes plus terre-à-terre, politiquement plus payants.
La droite a surtout durci le ton en matière dimmigration : Rajoy a annoncé que si le PP est élu, il imposerait aux immigrés qui souhaitent renouveler leur titre de séjour de signer un contrat dintégration, un engagement à observer la loi, respecter les coutumes et apprendre la langue. Rajoy propose aussi la création dune agence de limmigration et de lemploi, qui superviserait la sélection, la formation et lembauche par les entreprises espagnoles, dans les pays dorigine des candidats à limmigration.
La vision de lavenir de lEspagne est diamétralement opposée chez les socialistes et les conservateurs, explique Pedro Canales. Le PSOE souhaite poursuivre la décentralisation, alors que le PP veut, au contraire, un Etat centralisateur et puissant. On retrouve cette opposition dans lapproche des grands problèmes nationaux : léducation, léconomie et le développement social. Idem concernant la conception du sens de lEtat : les socialistes préfèrent un état laïque, détaché de lemprise de lEglise catholique, tandis que les conservateurs optent pour le maintien dune Espagne sous influence de lEglise. Au niveau international, le PSOE rêve dune Europe décentralisée, où les nouveaux arrivants joueraient un rôle aussi important que lAllemagne ou la France. Quant au PP, il est clairement atlantiste, allié des Etats-Unis et de lOtan. Il veut une Europe menée par des Etats forts, dont ferait partie lEspagne, poursuit Pedro Canales.
De lavis du journaliste, les socialistes finiront par lemporter, mais avec un écart minime, construit grâce aux alliances avec dautres formations. Pour que le PP renverse la tendance, il faudrait vraiment quun scandale ou une crise éclatent. Rendez-vous le 9 mars
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Campagne. LEglise vs Zapatero
Comme elle lavait déjà fait en 2004, lEglise catholique espagnole a implicitement appelé les fidèles à voter contre les socialistes. Dans une note rendue publique le 31 janvier, les évêques énumèrent ainsi les critères qui doivent orienter les électeurs. On y retrouve pêle-mêle la défense de la vie humaine, la promotion de la famille fondée sur le mariage, en évitant dautres formes dunion qui contribueraient à la déstabiliser, une allusion claire au mariage des homosexuels, ou encore la défense de la place du catéchisme dans léducation. La nouveauté, cest que lEglise use désormais darguments plus politiques. Ainsi, le clergé a critiqué les négociations lancées par le gouvernement avec le mouvement séparatiste basque ETA, prétextant quune organisation terroriste ne peut être traitée comme un interlocuteur politique. Pour autant, le PP na pas reçu lappui de lEglise. Et pour cause : le parti de Rajoy a déjà annoncé quil ne reviendra pas sur le mariage des homosexuels, ni sur la loi sur lavortement. De son côté, Zapatero a dénoncé lintrusion de lEglise dans la campagne électorale, profitant de lopposition de ses électeurs à limmixtion constante de lEglise dans la vie politique et au financement quelle perçoit de lEtat. |
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