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Musique. Le retour du cactus
N° 313
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Par Ayla Mrabet

Musique. Le retour du cactus

(DR)

Après s’être bien échauffé sur scène, Darga sort enfin son second album, intitulé Stop Baraka. Un disque annoncé par le groupe comme le premier à “véritablement compter”.


Des textes piquants, une musique mâtinée de mélodies reggae, de sonorités africaines, de touches hip hop et parfois de guitares saturées. Indéniablement, Stop Baraka, le second album du cactus casablancais, surprend. On s’étonne d'y découvrir des musiciens touche-à-tout : un Zouheir qui ne se cantonne pas à la batterie et se révèle un timbre de griot sur les choeurs d’Africa, une basse et un saxo fraîchement
intégrés, qui saupoudrent de solos jazzy les mesures chaâbi et gnaoui. Surprise aussi lorsque la voix de Badre, le guitariste de la bande, escorte la mélodie du fameux Abdelkrim avec un chant aux influences raï. “Badre est venu avec une idée qui lui tenait à cœur, celle d’écrire sur Abdelkrim El Khattabi. On lui a proposé mieux : chanter lui-même ce morceau !”, se souvient Nabil Sekhra, le chanteur attitré du groupe. Mais pas forcément le seul. “En écoutant Stop Baraka, on pourrait presque jouer aux devinettes, pour savoir qui chante quand !”, plaisante à peine Amel Abou El Aâzm, manager du groupe. Confirmation avec Kbala, sur lequel Darga invite les copains meknassis de H-Kayne pour une joute presque naturelle entre la classe du jazz et l’énergie du rap. Une manie du mélange (ou fusion, si vous préférez) qu’on retrouve sur Resis’dance, shaker enjoué qui mêle ska, rythmes oujdis et raï. Ambiance plus mélancolique sur Africa, hommage à Cheikh Lô et à ses musiques acoustiques, probablement le morceau le plus chargé en émotion de l’album. Et bien sûr, il y a l’hymne Tchoumira, le subversif Abdelkrim et Stop Baraka, la chanson-titre aux accents politiques. Incontestablement, Stop Baraka se détache de l’ambiance hésitante et parfois bancale de Darga, premier opus enregistré en 2004. Et qu’importe si on y retrouve des titres depuis longtemps joués sur scène et déjà bien connus des fans. Nabil y voit même un gage de qualité : “On a beaucoup joué des titres comme Tchoumira, Stop Baraka ou Abdelkrim sur scène. Cela nous a facilité la tâche une fois au studio”, explique Nabil. Badre Belhachmi, lui, considère Stop Baraka comme le disque de la maturité musicale de Darga. “Le premier album a fait notre expérience en studio, nos premières notions de l’enregistrement et du mixage. En le réécoutant, nous avons mis le doigt sur nos problèmes et nos défauts”. D’ailleurs, le groupe pense à rééditer certaines des chansons du premier disque… Un best of, déjà ?

Fusion et confusion
Ouled Chaâb Sound System. La pochette du disque, comme les membres du groupe, revendique clairement l’appartenance de Darga au peuple, le petit. “Ma vie ? Celle d’un chômeur musicien. J’ai longtemps eu un synthé auquel il manquait bien des touches”, lance Azzedine Barhilya, claviériste du groupe. Nabil, lui, suit une formation de caméraman, mais son œil ne se détache pas pour autant de la musique : “Je prends des cours en parallèle à la musique, et pas le contraire”, tient-il à préciser. Idem pour Hassan Krifa, percussionniste, qui met ses talents d’infographiste à la disposition du groupe. Seuls Badre et Amel ont sauté le pas, décidant de se consacrer totalement à la musique, en montant à quatre mains une “entreprise culturelle”. Dénominateur commun : faire de la musique, avec l’espoir et le travail qu’il faut pour qu’elle devienne un jour le gagne-pain “officiel”. Une musique bigarrée, touffue, à l’image de ce curieux big band, au parcours singulier. Depuis sa création, les musiciens s’y succèdent et s’y remplacent presque naturellement : un premier batteur s’en va, un deuxième puis un troisième débarquent, le guitariste devient percussionniste, s’improvise chanteur, on s’échange allègrement les casquettes et les instruments, dans un joyeux foutoir de choix personnels et professionnels. Un petit maëlstrom enfermé aujourd’hui dans une galette de polycarbonate. Ce qui a aussi son utilité. “Lors d’un concert en Espagne, pendant que les gars jouaient Tchoumira, le public criait Subira (“il montera”, en Espagnol. Ndlr), se souvient, hilare, Amel Abou Al Aazm. Il y a aussi cette dame qui, à Casa, criait à tue-tête : ‘Koumira !’”. Dorénavant, tous pourront vérifier dans le livret du CD.

 
 
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