Affaire Belliraj. Le temps du doute
Objectif 2009. À table avec El Himma
Abdeslam Ouaddou : "Je regrette mon geste"
Affaire Mourtada. En rire ou en pleurer ?
Cuba. Une nouvelle ère ?
CIH. De la banqueroute au jackpot
Hamed Bouzzine. Colporteur d'histoires
Musique. Le retour du cactus
N° 313
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

CIH. De la banqueroute au jackpot

Le siège casablancais du CIH.
(TNIOUNI / NICHANE)

En signant des performances exceptionnelles en 2007, le Crédit immobilier et hôtelier clôture son cycle de redressement. Retour sur l’histoire mouvementée d’une banque qui a frôlé la faillite.


Près d’un milliard et demi de dirhams de bénéfices dégagés en 2007 ! Voilà une performance qui fera oublier à toute la communauté financière les malheureuses péripéties du Crédit immobilier et hôtelier. Mieux encore : les actionnaires de la banque vont à nouveau goûter aux dividendes, après une disette de dix ans. “Et encore, la dernière
fois que le coupon du CIH a été encaissé, il ne s’agissait que de dividendes fictifs”, tient à rappeler Khalid Alioua, président du directoire. En effet, la banque revient de très loin et récolte enfin les fruits des plans de redressement qui se sont succédé tout au long de cette dernière décennie.

Scandale retentissant
Retour à la fin des années 90. Le CIH, comme la plupart des ex-OFS (Organismes financiers spécialisés), a complètement raté sa transformation en banque universelle. Au terme du délai de grâce accordé par Bank Al-Maghrib aux banques spécialisées, le CIH est incapable de répondre aux règles imposées au secteur bancaire. Pire, la mauvaise gestion et les malversations qui l’ont gangrené depuis des décennies finissent par le rattraper. Un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) sur l’état financier de l’organisme public atterrit au Parlement. L’affaire prend alors une tournure politique. Le groupe des députés USFP fait alors son baptême d’une “commission d’enquête parlementaire” avec le dossier CIH. Six mois à auditionner de hauts commis de l’Etat et des banquiers réputés au sujet des privilèges accordés par le CIH. Résultat des courses : l’instruction du dossier va durer plus d’une année avec, à la clé, un procès retentissant qui sera derrière la disparition de la défunte Cour spéciale de justice (CSJ). Et le feuilleton judiciaire ne s’arrête pas là : l’ex-président en cavale, Moulay Zine Zahidi, fait, depuis son exil espagnol, des révélations fracassantes impliquant directement l’entourage de Hassan II.

En parallèle, la banque est sur le point de mettre la clé sous le paillasson. En provisionnant la quasi-totalité de ses créances, le CIH accuse des pertes abyssales, qui culmineront en 2003 à 2,25 milliards de dirhams ! Et pour récupérer ce qui est récupérable, on accélère même la promulgation de la loi sur la titrisation, pour assurer un financement de la banque via la cession de ses créances les plus saines. Les actionnaires se démènent à lancer des plans de restructuration à coups de milliards de dirhams. Tout le monde est alors invité à mettre la main à la poche : on fait appel au budget de l’Etat et à la solidarité des banques de la place. Mais c’est évidemment la CDG, principal actionnaire de la banque (et pompier de l’Etat par excellence) qui prend les choses en main. La Caisse reprend les parts de la BCP et mise gros pour l’épurement des comptes du CIH avec une opération accordéon. Elle invite au tour de table la prestigieuse Caisse d’épargne française, qui met sur la table 1,6 milliard de dirhams. Le CIH devient une institution respectable, même au niveau de la gouvernance : la banque adopte le modèle de conseil de surveillance, présidé par Mustapha Bakkoury, patron de la CDG, et de directoire, confié à l’ancien ministre usfpéiste Khalid Alioua.

Le plus dur est fait
Ce dernier peut aujourd’hui bomber le torse en présentant les résultats de la banque. Révolu le temps où le CIH survivait grâce aux dérogations de la Banque centrale : il est désormais “clean” vis-à-vis de la gardienne du temple. “Nous avons reconstitué nos fonds propres, qui dépassent aujourd’hui les 2,5 milliards de dirhams. La banque est dans la norme des ratios prudentiels. Nous nous sommes acquittés de la réserve monétaire obligatoire auprès de la Banque centrale en août dernier, pour 1,5 milliard de dirhams”, explique un Khalid Alioua pas peu fier. Mais le résultat stratosphérique de 2007 repose avant tout sur la récupération des provisions sur les créances en souffrance (près de 700 millions de dirhams de contribution aux résultats). La banque a pu recouvrer quelque 2 milliards de dirhams de créances au cours de l’exercice 2007. “Nous avons pu épurer la totalité des grandes créances hôtelières qui posaient encore problème”, explique le président du directoire.

Toutefois, au niveau de l’activité bancaire, beaucoup d’efforts restent à faire. Les dépôts augmentent timidement (+3%), pour atteindre les 13 milliards de dirhams, et les crédits débloqués, bien que progressant de 26%, dépassent à peine les 5 milliards de dirhams. “Nous avons un plan stratégique à l’horizon 2010 qui vise le doublement du nombre d’agences. Cela devrait contribuer à la croissance de notre activité”, rassure Khalid Alioua.

En attendant, et avec un résultat de près d’un milliard et demi de dirhams, la banque peut se permettre un geste envers ses actionnaires : 10 dirhams de dividendes par action. Pour ses actionnaires majoritaires (CDG et Caisse d’épargne française, via le fonds Massira Capital Management), cela correspond à 145 millions de dirhams. Ils sont certes loin de récupérer leurs mises successives pour le redressement de la banque, mais une distribution de dividendes, même symbolique, demeure “un bon signal pour le marché”, comme le souligne le président du directoire. Un marché qui, il faut l’avouer, avait mis beaucoup de temps avant de reprendre confiance dans le titre CIH. Sur la cote, l’action est restée près de 5 ans coincée bien en dessous de sa valeur nominale, chutant jusqu’à 25 dirhams. “Le CIH a été réduit à ces obligations pourries qui existent sur les marchés développés. Des titres qui ne valent presque rien, avec lesquels on risque la banqueroute ou le jackpot”, se souvient ce professionnel du marché. Et ceux qui avaient misé gros et suffisamment tôt sur la banque n’ont pas eu à le regretter. Entre les rumeurs de reprise par la CDG et celles de l’arrivée de la Caisse d’épargne, les importantes fluctuations du cours avaient permis des plus-values mirobolantes. “À l’époque, le CIH avait fait le bonheur des petits porteurs, au même titre que les introductions les plus spectaculaires comme Addoha ou la CGI “, poursuit notre source. En quasi-faillite, il y a quelques années, la banque pèse aujourd’hui 15 milliards de dirhams. C’est ce qu’on appelle une renaissance.



Chronologie. Redressement et procès en parallèle

Juillet 2000. Une commission parlementaire est constituée pour enquêter sur les procédures d’octroi des crédits par le CIH, après un rapport accablant de l’Inspection générale des finances (IGF). L’enquête durera 6 mois avant que ses conclusions ne soient transmises à la Brigade nationale de police judiciaire (BNPJ) pour enquête et instruction.
Mai 2002. La BNPJ termine son rapport de 400 pages et le transmet au procureur général du roi près la Cour spéciale de justice (CSJ). Après la suppression de cette dernière, le dossier reviendra à la Cour d’appel à Casablanca.
Juillet 2004. Nomination de Khalid Alioua à la tête de la banque, succédant à Abdelouahed Souhaïl.
Octobre 2005. Rachat par la CDG de la participation de la Banque centrale populaire (près de 20%) et lancement d’une offre publique d’achat sur les actions en Bourse.
La CDG monte à 58% dans le capital de la banque.
Janvier 2006. Réduction, puis augmentation du capital du CIH pour épurer le report à nouveau et assainir la situation nette. Une opération dite “accordéon” dans le jargon financier.
Juillet 2006. Après avoir pris une participation pour 1,6 milliard de dirhams, le groupe Caisse d’épargne crée avec la CDG un fonds commun pour loger les 67% du capital détenu dans le CIH.
Août 2007. Verdict de la Cour d’appel au sujet des 13 accusés de l’affaire CIH. En même temps, la banque s’acquitte de sa réserve monétaire chez Bank Al-Maghrib, marquant le succès de son plan de redressement.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés