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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

Objectif 2009. À table avec El Himma


(TNIOUNI / NICHANE)

“C’est plus qu'un parti : une association !”. Voilà le concept mijoté par l'ancien numéro 2 du régime pour définir son “mouvement”. Compte-rendu d'un déjeuner avec une brochette de “démocrates”.


Rendez-vous est donné à 12h30 au club nautique de Sidi Abed. C'est dans cette petite marina privée, nichée à 20 kilomètres de Rabat, que le “Mouvement pour tous les démocrates” organise son premier point de presse, mercredi 27 février. Ponctuelle, la star des “démocrates”, Fouad Ali El Himma, arrive à bord de son Audi A6. Pas un seul
uniforme en vue, l'ex-ministre délégué à l'Intérieur, tout en sobriété, est juste accompagné d'un chauffeur. Direction : le 1er étage de la buvette du club nautique. Mesdames et messieurs, le show peut commencer !

Hizb or not hizb ?
Deux jus de fruits et trois cigarettes plus tard, El Himma et ses démocrates dévalent les escaliers en direction de la tribune. Une belle brochette de vedettes en exposition. La plus grande concentration au mètre carré des figures du “Maroc qui compte”. L'ex-numéro 2 du régime est talonné par le maître de cérémonie, Salah El Ouadie. Ahmed Akhchichine, ministre de l'Education nationale, est de la partie, alors que Aziz Akhannouch, qui s'est excusé, brille par son absence. Deux anciens ministres émergent du lot : Mohamed Biadillah et Rachid Talbi Alami, respectivement ex-détenteurs des portefeuilles de la Santé et des Affaires générales et économiques. En plus de Mustapha Bakkoury, directeur de la toute-puissante CDG, et Khadija Rouissi, figure (re)connue de la société civile. Trois autres têtes viennent encombrer la petite tribune : le droit de l'hommiste Lahbib Belkouch, le journaliste Hassan Benaddi et le chercheur Abdelhakim Benchemach. Des démocrates, pour faire court sur les présentations…

C'est d'ailleurs Benchemach qui se lance dans la lecture de la nouvelle déclaration des démocrates, la deuxième après “le célèbre communiqué d'il y a un mois et demi”, comme le rappelle Salah El Ouadie. Intitulée “Le Maroc de demain”, la déclaration vaut surtout par sa chute, accrocheuse : “Le Mouvement pour tous les démocrates ne sera jamais un simple parti politique, qui viendra allonger la liste des partis existants”. Franche annonce de création d'un parti politique ? Que nenni ! Ahmed Akhchichine est catégorique : “Le Mouvement a le statut officiel d'une association, qui peut donner par la suite naissance à une entreprise, à d'autres associations, ou même à un club de foot”. Ben oui, dans l'absolu, tout est possible…

Les autres démocrates sont heureusement là pour rattraper la saillie très pédagogique du ministre de l'Education. “Nous nous transformerons en parti si cela s'impose”, clament-ils à l'unisson. Pour le moment, la plateforme se définit plutôt comme “une valeur ajoutée aux partis politiques, pas un concurrent”. Les rencontres avec les autres formations politiques se sont d'ailleurs multipliées ces dernières semaines. Douze partis ont déjà accueilli les démocrates d'El Himma. “Certains nous ont écouté par courtoisie. Avec d'autres, nous avons même trouvé des points communs”, nous explique-t-on, avec le sourire affiché des gens heureux. Mais il y a bien un parti non grata pour le mouvement d'El Himma. Celui des islamistes, bien entendu. “Si le PJD est intéressé par notre démarche, de toutes les façons, il le manifestera”. Ce n'est pas (encore) le cas. Les amis d'El Othmani, et ceux de Si Fouad, en sont donc encore au fameux round d'observation…

El Himma au micro
“Notre idée est de proposer des solutions aux dysfonctionnements qui traversent la société marocaine, en suivant les pistes identifiées dans les rapports du cinquantenaire et celui de la défunte IER”, assurent les démocrates. Nobles (et pieux) vœux. Pour la suite, le concret, on verra. Ce qui est sûr, c'est que la plateforme, ou ce que l'on peut appeler le MPD (Mouvement Pour tous les Démocrates), n'est pas un simple club de réflexion. Ses membres prévoient de l'action politique et promettent, cerise sur le gâteau, une forte présence au rendez-vous électoral de 2009. Le mot d'ordre est d'ailleurs tranché : “Couper la voie aux foyers de la déliquescence et aux tendances anti-démocratiques, quelles qu'en soient les manifestations”. Et les moyens d'action, messieurs dames ? “Ce sera au cas par cas. Nous soutiendrons des candidats issus d'autres partis. Au besoin, nous présenterons des candidats dans certaines communes”. Sous la bannière du MPD ?

Vingt questions et deux batteries de caméra plus tard, El Himma prend enfin la parole. Une forêt de micros glisse sur la nappe, les flashs crépitent en rafale. La star, c'est lui. Définitivement. Même s'il n'a choisi d'intervenir qu'à l'évocation du mot magique : Rhamna, la circonscription qui lui a valu un siège au Parlement. Monsieur le président, officieux bien entendu, explique son approche du travail sur le terrain : “Les réponses ne sont pas à Rabat, elles sont dans les provinces. En visitant Rhamna, après une dizaine d'années d'absence, j'ai constaté que ma région n'a pas profité de tout ce qui a été décidé à la capitale”. Une approche participative à la Ségolène Royal, toutes proportions gardées. Et tant pis pour ceux qui n'ont pas compris. Si Fouad annonce une tournée des grands ducs, “pour tendre l'oreille aux soucis des Marocains dans toutes les provinces du royaume”. Interrogé sur les relations entre ses deux “enfants”, le MPD et le groupe parlementaire (Tradition et Modernité), El Himma répond sans détours : “Le deuxième est un prolongement naturel du premier. La démocratie se discute avant tout au Parlement”.

Ce qu'il faut retenir de tout cela ? Le mouvement d'El Himma est officiellement une association, dont le champ d'action couvre tous les domaines politiques et économiques. Et qui compte peser de tout son poids sur (les élections communales de) l'année 2009. Vous vous posez encore mille et une questions ? Nous aussi, comme tout le monde.



Florilège. Entres démocrates…

Devant le doute…
“Il y a toujours eu des doutes sur les intentions d'Al Badil Al Hadari (ndlr : aujourd'hui dissous pour de supposées relations avec le terrorisme). J'ai été moi-même contre la décision d'autoriser le parti. Aujourd'hui, il y a visiblement des preuves que la justice devra examiner”, dixit Fouad Ali El Himma.

L'inspiration de Biadillah
Pour briser le silence, l'ex-ministre de la Santé s'est lancé dans un monologue qu'il a été le seul à comprendre. Dans un arabe classique très relevé où, bizarrement, l'expression “Al himam” (pluriel de “grandeur”… ou d'El Himma ?) est revenue à outrance. Bon, à part cela, Si Biadillah semblait en parfaite santé ce jour-là, merci.

Des journaux dans le pipe ?
Le mouvement d'El Himma devrait s'articuler autour de quatre commissions : intellectuelle, politique, travail de terrain et droits de l'homme. “Mais la dimension médiatique n'est pas à exclure non plus”, assure El Himma. Entendez : le projet de création de journaux qu'on attribue au “hizb” de l'ancien numéro 2 du régime est toujours d'actualité.

La blague du chef
“Oui, je veux être Premier ministre !”. Quand c'est El Himma qui le dit, on ne sait pas sur quel ton le prendre. Même lorsqu'il s'agit d'une blague balancée à Akhchichine, soudain excité comme un élève de primaire. Mais la “blague” a été répercutée plus d'une fois, relevant le déjeuner servi aux convives de ce mercredi-là. Alors…

 
 
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