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Par Selma Mestiri

Cuba. Une nouvelle ère ?

Fidel Castro en compagnie de
son frère et successeur Raul.
(AFP)

Après 49 ans à la tête de Cuba, Fidel Castro, malade, a annoncé qu’il renonçait au pouvoir. Mais son départ n’est pas forcément synonyme de changement pour la petite île des Caraïbes.


Dix présidents américains successifs n’en seront pas venus à bout. Pas plus que l’embargo économique sur Cuba, ni la tentative ratée de débarquement à la Baie des cochons en 1961, et encore moins les nombreux complots visant à l’assassiner, n’ont fait vaciller Fidel Castro. À 81 ans, le dernier champion de la “révolution communiste” a tranquillement, et de son propre chef, annoncé qu’il quittait le pouvoi
le 19 février, mettant un terme à près d’un demi-siècle de présidence sans partage. Cela faisait 19 mois qu’il était affaibli, éloigné du pouvoir par la maladie. “Je n'aspirerai ni n'accepterai - je répète - je n'aspirerai ni n'accepterai la charge de président du Conseil d'Etat et de commandant en chef”, a écrit le Lider Maximo dans “un message à ses compatriotes”, publié dans l'édition électronique de Granma, l’organe officiel du régime. Mais en conclusion de sa tribune, il a pris soin d’ajouter : “Je ne vous fais pas mes adieux. Je souhaite combattre comme un soldat des idées”. Fidel est parti, mais sans vraiment partir : il promet de rester omniprésent tant qu’il sera vivant. Quant aux espoirs de changement suscités par son retrait, ils ont vite été refroidis par les promesses de “continuité” du régime.

Changement ou continuité ?
C’est Raul Castro, 76 ans, qui a succédé le 25 février à son frère Fidel, après avoir été élu sans surprise à la tête de l'Etat cubain par la nouvelle Assemblée, pour un mandat de cinq ans. Raul assurait l’intérim depuis que son aîné a été opéré, en juillet 2006, des suites d'une hémorragie intestinale. Perçu comme un réformateur, partisan de “petits pas”, Raul Castro a promis l'an dernier des “changements structurels” face à l'imposante liste de problèmes légués par la gestion de son frère, source d'impatience croissante dans la population. Le jour de sa désignation, il a ainsi annoncé la prochaine levée de certaines “interdictions” pesant sur l'économie, sans préciser lesquelles, et une réévaluation “prudente” du peso. Mais le nouveau président a tout de suite placé son mandat sous l’autorité de son prédécesseur, conférant à ce dernier un droit de regard, voire de veto, sur tous les rouages du pays. Pour les affaires concernant la défense, la diplomatie et l'économie, les décisions majeures seront prises après “consultation” du vieux leader, a justement prévenu Raul dans un discours le jour de son élection, avant d'en faire voter le principe à main levée par les députés. Malgré sa santé défaillante, Fidel reste donc l'arbitre incontournable de l'évolution du régime. Dans un pays avide de changements, la promotion de José Ramon Machado, vieille figure de l'orthodoxie marxiste cubaine et numéro 2 du régime, promet en outre plus de continuité que d'innovations. Autre signe qui ne trompe pas : Raul s’est bien gardé de s’installer dans le fauteuil beige clair de son frère à la tribune au Parlement. Pendant les longs mois d’absence pour cause de maladie, le siège du Lider Maximo était d’ailleurs resté inoccupé, une bouteille d’eau religieusement posée sur la table, comme si celui-ci, pourtant cloué au lit, allait faire son entrée d’une minute à l’autre.

Réactions mesurées
La communauté internationale ne s’y est pas trompée, la plupart des pays réagissant prudemment à l’annonce du départ de Castro. Les Etats-Unis ont d’abord considéré la nomination de Raul Castro à la présidence comme laissant entrevoir “un potentiel de changement” pour Cuba, avant de se raviser et de minimiser son influence. “La seule chose qui ait changé, c'est qu'un nouveau dirigeant est apparu. Mais rien n'indique qu'on permettra aux Cubains de rechercher un avenir de liberté et de prospérité”, a estimé la porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino. La seule différence, a renchéri avec ironie le porte-parole adjoint du département d'Etat américain, Tom Casey, “c'est que les discours sont plus courts”. La France, elle, a exprimé le souhait “de voir Cuba s'engager sur la voie de la démocratie et du respect des droits de l'homme”.

Mais en dépit de ces réactions peu enthousiastes, Fidel Castro aura tout de même la satisfaction d'avoir laissé la révolution cubaine en héritage dans plusieurs pays d'Amérique Latine, comme le Venezuela de Hugo Chavez. Ce dernier a toujours présenté Castro comme son “père” et le mentor de son régime socialiste. Evo Morales, premier dirigeant indien de Bolivie, ou Daniel Ortega, du Nicaragua, se proclament également fervents admirateurs de Fidel. Même les nouveaux dirigeants de la gauche latino-américaine, qui ont adopté une politique économique plus pragmatique, ne cachent pas leur admiration, le président brésilien Lula qualifiant l’ex-président cubain de “seul mythe vivant dans l'histoire de l'humanité”.

Vaste chantier pour Raul
Toujours est-il que Cuba reste un vaste chantier pour le nouveau président cubain, qui devra s’atteler, s’il veut répondre aux préoccupations de la majorité de ses compatriotes, à combattre la bureaucratie, les sévères pénuries, l’embargo américain et la corruption. En 2007, en tête des soucis quotidiens des Cubains demeuraient l'alimentation et les transports, deux domaines où la pénurie règne toujours. Officiellement, le pays vit toujours dans la “période spéciale en temps de paix”, décrétée par Fidel Castro en 1991 après l'effondrement de l'économie, provoqué par la disparition du camp communiste et de ses subsides. Entièrement administrée, l'économie cubaine est paralysée par une bureaucratie étouffante de type soviétique, en dépit d'atouts réels comme les mines de nickel, la manne du tourisme et une main-d'oeuvre qualifiée. Durant près de 50 ans, Fidel s'est montré un adversaire acharné de toute libéralisation de l'économie, faisant fermer en 1968 les derniers petits commerces privés. Aujourd’hui, Cuba importe près de 85% de ses denrées alimentaires dont, paradoxalement, la majeure partie vient des Etats-Unis, qui ont assoupli sur ce point le strict embargo en vigueur depuis 1962. Au grand dam de la dissidence cubaine qui, laminée par la répression en 2003, est partagée entre l’espoir d’un assouplissement du pouvoir et la méfiance envers le nouveau président. Reste à voir comment ce dernier s’attaquera à cette longue liste de passifs, léguée par son aîné.



Raul Castro. De l’ombre à la lumière

Raul Castro a dû attendre ses 76 ans pour sortir enfin de l’ombre de son aîné. Eternel second, le “frère” n’a pas le charisme ou l’éloquence flamboyante de Fidel, mais il est devenu en cette fin février le numéro 1 cubain. Ce petit homme, au visage barré d’une fine moustache, a la réputation d’être jovial et non dépourvu d'humour, tout en sachant être concis et direct, un style radicalement nouveau pour les Cubains. Ministre de la Défense depuis 1959, le général Raul Castro peut compter sur le soutien de l’armée qu’il a dirigée d’une main de fer. Autrefois connu comme l’exécutant des ordres - et des ennemis - du Lider Maximo, il a mis à profit son long intérim pour travailler son image de militaire endurci, se muant en réformateur prudent, décidé toutefois à n'avancer qu’à petits pas sur la voie du changement et se gardant scrupuleusement de prononcer le terme “réformes”. D’ailleurs, il n’a pas renoncé à cultiver l'art de la diatribe contre “l’Amérique”, tout en donnant récemment des signes d'ouverture. Mais ils ont tous été rejetés par la Maison Blanche, qui qualifie le nouveau président cubain de “Fidel light”.

 
 
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