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Par Wafaa Lrhezzioui
Musique. Le swing du oud
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Karim Kadiri, apôtre du jazz
à lorientale.
(DR)
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Après vingt ans aux Etats-Unis et deux albums, Karim Kadiri, talent caché du paysage musical marocain, revient envahir le royaume de ses mélodies de luth relevées dune touche de jazz.
Au volant de sa Suzuki, Karim Kadiri ne peut sempêcher de fredonner. Les voitures et la musique sont deux domaines que connaît bien ce Casablancais, ex-émigré aux Etats-Unis. À plus de quarante ans, ce grand gaillard a troqué les vrombissements de moteur contre les rythmes du oud, abandonnant son emploi de salesman à Philadelphie, pour revenir conjuguer sa passion au battement de cur de son pays |
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natal. Et lui offrir un melting-pot de jazz et de musiques arabes classiques. Egyptienne, tient-il à préciser. Ses influences, il les égrène comme un palmarès : Oum Kalthoum, Ryad El Sanbati et Mohamed Abdelwahab, découverts et appréciés en famille dès son plus jeune âge. Il poursuit seul son initiation musicale
en bifurquant vers le jazz. Chick Corea, Al Di Meola, Keith Jarrett : mes idoles !. Des noms qui lappellent de lautre côté de lAtlantique. Il senvole alors, à 21 ans, pour la Côte Est. En poche : 300 dollars et un pied-à-terre chez un oncle. En tête : son rêve américain et des artistes de jazz. La désillusion sera rapide. De lAmérique, il garde limage dun pays rongé par le marketing et le business. On ne porte pas attention au talent, lâche-t-il, révolté comme au premier jour. Je pensais être dans le bain, avec des gens qui partageaient mon amour du jazz. Mais jai été surpris que mes héros américains soient si peu reconnus dans leur pays.
De Philadelphie à Casa
Lincompréhension tiraille le jeune homme pendant près de trois ans, avant de rencontrer celle qui deviendra sa femme, puis une amie, et de sintégrer petit à petit. Tour à tour pizzaïolo, livreur puis serveur, il se réfugie dans la musique. À force de répétitions, les cordes du oud nont plus de secret pour lui. Entre-temps, le jeune homme avait atterri chez un concessionnaire Volvo qui le couronnera en 1998 Meilleur vendeur du monde. Je vendais jusquà 75 voitures par mois !, sexclame-t-il, avec la fierté de celui qui na pas fini son cycle secondaire. Lartiste apprécie toujours la marque suédoise et cest dailleurs au volant quil trouve la plupart de ses textes. Son quotidien post-11 septembre, lamour, lamitié et la fraternité inspirent son premier album solo, Shades of Brown. Paroles, chant, composition, arrangements
Karim est sur tous les fronts. Il suffira ensuite dune rencontre pour quune nouvelle aventure commence. Lors dun concert, il interpelle le jazzman Barry Sames. Cest létincelle entre les deux hommes, suivie dune série de répétions. Juste pour le fun. Le duo fonctionne bien : Karim à lartistique, Barry à la technique. Sajoutent au fur et à mesure batteur, bassiste, pianiste et saxophoniste, jusquà la formation du groupe MOud Swing. Départs et arrivées se succèdent, jusquà linteraction parfaite entre les membres et la sortie dun second album, en 2007. Les six acolytes, six parcours de Casablanca à Cuba, se retrouvent autour dune volonté : créer une nouvelle fusion. Le résultat est (d)étonnant : le métissage des sonorités chaudes du luth et le phrasé jazz fait alterner les rythmes énergiques et des mélopées plus mélancoliques. Cest Miles Davis qui rencontre Ryad El Sanbati, tente-t-il de synthétiser. Le groupe parcourt le pays, de concerts en festivals, avant que Karim ne finisse par détester les Etats-Unis et leur fierté mal placée. Lors dun retour au pays, au début des années 2000, il ouvre ses petits yeux marron sur ce Maroc nouveau. Cest le déclic : Jai compris combien jétais malheureux aux USA. Difficile de tirer un trait sur vingt ans de business et damitié, mais la chaleur humaine et la solidarité familiale retrouvées le décident à rentrer. Quelques allers-retours plus tard, histoire de tâter le terrain et organiser ses contacts musicaux, il pose définitivement ses valises et sa musique dans le quartier du Maârif, où il avait commencé à travailler dans la boutique paternelle. Après deux décennies dabsence, pas un soupçon de dépaysement ne pointe. Cest comme si je nétais jamais parti, confie-t-il, tout sourire. Jeans, tee-shirt et lunettes noires, il se plaît à arpenter les trottoirs, entretenant son allure sportive. Mais pas le temps de flâner : lartiste-businessman a un millier de projets. Marketing, marché automobile, musique
mais dabord recréer une même complicité avec un nouveau groupe local. Et sacheter une Volvo ! |
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