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Un dossier de la rédaction
Spécial 8 mars.
Femmes dinfluence. Les 50 qui font le Maroc daujourdhui
Cinquante, ce n'est pas assez. Le chiffre a le seul avantage d'être rond. Mais il n'est pas totalement juste. Ce n'est pas l'action de 50 femmes qui fait le Maroc, mais plus, tellement plus. Alors, pourquoi ce choix, justement, des 50 ? Parce qu'il est intéressant, simplement, de zoomer sur un échantillon réduit de femmes influentes, impactantes, dont l'exemple déteint sur tant d'autres. Avec 50 profils, trajectoires, façons de faire et d'être bien définis, on a une chance de mieux cerner la réalité de 15 millions de femmes. C'est d'autant plus envisageable que, dans les profils retenus, qui ont fait l'objet de longs débats en interne, il y a finalement un peu de tout : la bent chaâb, comme la fille de ou la femme de. La businesswoman et la star du chaâbi. La ministre et la comédienne. Justement ! Touria Jabrane a la singularité de cumuler les métiers d'actrice et de ministre. Au lieu de la ranger paresseusement, voire inutilement, dans la catégorie politique, ou arts, nous avons préféré innover, rafraîchir le procédé, en ciblant, non pas les champs d'activité, mais la personnalité, la courbe d'évolution, la forme du moment, la conjoncture. Dans le Maroc d'aujourd'hui, Touria Jabrane, à nos yeux, est une femme qui dénote. Demain peut-être, et c'est d'ailleurs tout le mal qu'on lui souhaite, elle basculera parmi les femmes qui confirment, ou celles qui sont là.
Les huit catégories retenues par la rédaction de TelQuel reposent |
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d'abord sur un parti-pris de lisibilité. Le but est de cerner au mieux, en en disant le moins, tout en restant clair, simple, précis. Et quelque peu ludique. Les nuances entre celles qui poussent (sans tapage) et celles qui arrivent, celles qui dénotent (par le décalage initial entre leur profil et leur environnement) et celles qui surprennent (par la nature même de leur action), peuvent paraître fines, elles sont pourtant réelles.
Parfois même amusantes. Et surtout, surtout, discutables !
L'exercice auquel nous nous sommes livrés, et que nous vous invitons à partager, n'est pas parfait. Il a pour raison d'être de saluer la moitié de nous : les Marocaines. Sans prétention aucune. Bonne lecture. |
Elles confirment
Lalla Salma. La reine de l'espoir
Tout a été dit d'elle. Et que du bien. Princesse des curs, la First lady du royaume a l'immense avantage d'avoir un visage. Lalla Salma sort dans la rue, sourit, parle. Elle est humaine, réelle dit d'elle l'homme du peuple. Dans un pays qui s'ouvre sur la modernité, son rôle est capital. Son rôle ? Participer à des activités caritatives, s'investir un tant soit peu dans la société civile, vous trouvez que ce n'est rien ?, s'interroge, à raison, cette militante associative. Ce n'est pas que de l'image : en multipliant les apparitions publiques, en s'affichant avec son mari royal comme un couple normal, Lalla Salma bouscule une certaine tradition et restaure l'image, le statut, de la Marocaine. L'exemple vient d'en haut. Et quand, en haut, la Première dame est si humaine, tous les espoirs sont permis pour le Maroc de demain.
Khadija Rouissi . Elle roule pour vos libertés individuelles
Au lendemain des événements de Ksar El Kébir (affaire du pseudo mariage gay), elle a été la première militante associative à se rendre sur place pour soutenir les victimes. Rien d'étonnant de la part de la sur de Abdelhak Rouissi, célèbre disparu de l'ère hassanienne, femme courageuse, dévouée, qui a déjà pris le risque de dénoncer la politique sécuritaire du Maroc avant et après mai 2003. Mais pour qui roule-t-elle ?, s'interrogent ses adversaires, incapables de comprendre que l'on puisse défendre un homosexuel, un gauchiste, ou un islamiste. Ses amis savent que Khadija Rouissi roule simplement pour le Maroc. Mais à sa manière. En organisant, hier encore, un pèlerinage historique vers l'ancien bagne secret de Tazmamart, ou en lançant, aujourd'hui, une association (Bayt Al Hikma) pour défendre les libertés individuelles des Marocain(e)s.
Yasmina Baddou. Plus forte que Zemzmi !
On ne présente plus l'étoile montante de l'Istiqlal. Secrétaire d'Etat à la famille en 2002, elle a gagné du galon en 2007 avec un vrai ministère, celui de la Santé. Et, ce qui ne gâche rien, elle a rassuré ses ouailles en remportant la circonscription disputée de Casa-Anfa. Devant le très populaire Abdelbari Zemzmi himself ! Photogénique, cette juriste de formation et mère de trois enfants, a largement contribué au vent de fraîcheur qui souffle sur le parti de Si Abbas depuis 2002. En fait, la fille de Abderrahmane Baddou, secrétaire d'Etat et ambassadeur sous Boucetta, est un pur produit des familles fassies de l'Istiqlal. Mariée à Ali Fassi-Fihri, DG de l'ONEP, c'est aussi une proche de Abbas El Fassi. Ce qui n'empêche pas ce dernier de tempérer ses ardeurs réformatrices au ministère de la Santé, notamment lorsqu'elle a voulu déboulonner son indétrônable secrétaire général.
Salwa Belkziz Karkri. L'autre patron des patrons
Elle s'est fait un nom en créant, il y a déjà vingt ans, l'une des rares sociétés de services de l'époque. Dans le domaine informatique, en plein boom au Maroc dans les années 90, elle arrive à s'imposer à l'APEBI (Association des professionnels des technologies de l'information) dont elle occupe les fonctions de secrétaire générale et vice-présidente. Féministe convaincue, elle monte l'Association des femmes chefs d'entreprise au Maroc en 2000, une sorte de CGEM féminine, pour la présider pendant 6 ans avant de se lancer dans la politique. Elue sous les couleurs de l'USFP (4ème de la liste nationale), elle représente le parti socialiste dans la Commission des finances au Parlement. Que du bonus pour Salwa Belkziz Karkri qui, en bonne chrifa ouazzania, a fondé une association pour le développement et la culture de sa région natale. Petite précision : c'était en 2006, bien avant qu'un célèbre député des Rhamna ne fasse de la promotion de la région un credo national.
Fatna El Bouih. La militante des prisons
Depuis sa libération en 1982, elle n'a jamais vraiment quitté le monde de la prison. Après avoir passé cinq ans entre Derb Moulay Cherif et les prisons de Meknès et Kénitra, elle est aujourd'hui professeur d'arabe dans un collège à Casablanca. Femme exemplaire, Fatna El Bouih fait partie de ces anciens détenus d'opinion qui sont très actifs dans la société civile, a fortiori depuis la mort de feu Hassan II. Membre de l'Observatoire marocain des prisons, du Forum vérité et justice et de l'Association de soutien aux mères célibataires INSAF, elle a aussi publié un récit de ses années de prison, Une femme nommée Rachid, en 2002. Absente des auditions de l'IER, elle ne renonce pas à faire entendre sa voix, notamment sur le sujet de l'abolition de la peine de mort, et sur les conditions des détenus dans les prisons marocaines.
Neïla Tazi. La culture lui va si bien
S'il devait y avoir une palme pour les meilleurs organisateurs de festivals, elle reviendrait à Neïla Tazi. Depuis bientôt dix ans, on ne compte plus les évènements culturels estampillés A3, l'équipe (presque) 100% féminine qu'elle dirige, et qui, au passage, édite le seul mensuel culturel du pays. A Essaouira comme à Casablanca, ce sont plusieurs centaines de milliers de festivaliers qui se donnent rendez-vous chaque année. Comme quoi, démocratiser la culture, ce n'est pas si impossible. A quand la politique Madame Tazi ? J'ai déjà l'impression d'en faire, dans le sens où je milite pour des idées et des valeurs, et que je les mets en pratique. Cela dit, il n'est pas exclu que je m'y mette pour de bon, un jour. Les sirènes du pouvoir peut-être ? Pas du tout, c'est uniquement pour intégrer des niveaux de décision qui permettent de faire avancer les choses. C'est quand vous voulez, madame.
Selwa Akhannouch. La franchise, c'est elle
La femme de Si Aziz (Akhannouch), patron d'Akwa Holding, a autant le sens des affaires que son mari. Le prêt-à-porter est son royaume. Et la franchise Zara, introduite en 2004 au Maroc, son principal titre de gloire. Ce n'est pas le seul. Tout en essaimant Zara dans tout le Maroc, Selwa Akhannouch a renforcé son ascendant sur le prêt-à-porter en introduisant, en 2006, la marque Massimo Dutti. La reine locale de la franchise bien assumée a ainsi droit aux honneurs du Financial Times, la bible des milieux d'affaires, qui la cite parmi les femmes d'affaires arabes les plus en vue. C'est que Madame Akhannouch voit grand, comme le prouve son dernier projet en date : le Morocco Mall, attendu en 2010 sur la corniche casablancaise, et présenté comme le plus grand centre commercial d'Afrique. Rien de moins.
Nadia Salah. La presse comme modèle d'entreprise
Cofondatrice du groupe de presse Eco-médias (L'Economiste, Assabah, Radio Atlantic), elle figure parmi les signatures les plus respectées (et craintes), dont les éditoriaux sont religieusement lus par les décideurs du pays. Ardente partisane d'une politique économique libérale, ce docteur en économie, diplômée de Sciences-Po Grenoble, qui a fait ses armes à L'Opinion puis à La Vie économique, compte parmi ses amitiés de nombreux grands patrons et peut s'enorgueillir d'avoir les oreilles du gotha économique et politique marocain. Ce qui ne l'empêche pas de conserver une forte implication dans la confection de son premier bébé, L'Economiste. En plus du dernier, la station Radio Atlantic. Celle que l'on surnomme La dame de fer, ou le boss, a de belles leçons de management et de journalisme à transmettre à ses jeunes collaborateurs. |
Elles arrivent
Fatiha Layadi. La ministre de demain
Une baroudeuse-née. La porte-parole du groupe parlementaire Tradition et modernité est une ancienne journaliste de talent (Al Bayane, MAP, etc.), une touche-à-tout dont la maîtrise des langues aurait pu prédestiner à une carrière dans les circuits diplomatiques. I don't like clichés, nous lance-t-elle, pince-sans-rire, dans un anglais quasi parfait. Pas de clichés, donc, juste les bons choix aux bons moments. Ancienne directrice centrale au ministère de la Communication, Fatiha Layadi a fait son entrée en politique durant la dernière campagne électorale où elle faisait partie de la liste du tracteur, conduite par Fouad Ali El Himma. Aujourd'hui parlementaire, elle a déjà le profil d'une ministrable. Rien d'étonnant, tant la députée conduit son affaire avec talent et rigueur.
Asmaa Laraqui et Bassamat Fassi-Fihri. Avocates de choc
Créé en 1989, par Asmaa Laraqui et Bassamat Fassi-Fihri (rejointes, l'année suivante, par Rokia Kettani), le cabinet d'avocats Bassamat est l'un des plus prestigieux de la place. En spécialiste du contentieux, (presque) toutes les banques lui confient leurs opérations de recouvrement. Leur réputation s'est bâtie autour de la rapidité de traitement des dossiers. Elles sont imbattables sur le recouvrement bancaire, confirme ce confrère. Après le départ en 2007 de Rokia Kettani, Me Laraqui et Me Fassi-Fihri sont à la tête d'un cabinet de plus de 130 collaborateurs dont une trentaine de juristes spécialisés. Et elles ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin, une extension de leurs locaux étant prévue en 2009. Branchée NTI, la fille d'une des associées, Zineb Laraqui, a chapeauté le lancement récent d'un portail juridique gratuit, une première dans la profession.
Dounia Tâarji. La gendarme de la Bourse
Dans l'univers des marchés financiers, à connotation plutôt masculine, c'est à une femme qu'il a été décidé de confier la direction du Gendarme de la Bourse. C'est en effet Dounia Tâarji qui chapeaute, depuis l'été 2001, le Conseil déontologique des valeurs mobilières, censé garantir la transparence d'un marché en plein boom. Une nomination qui ne semble rien devoir à une quelconque discrimination positive, tant Tâarji est le stéréotype de la quadra surdiplômée. Et expérimentée, elle qui a créé, dès son retour au Maroc en 1996, la société de Bourse d'une grande banque de la place. Tout le monde reconnaît sa compétence est une phrase qui revient souvent dans son entourage. Une reconnaissance qui dépasse même les frontières marocaines, puisque Dounia Tâarji a été décorée, en 2006, de l'Ordre de la légion d'honneur et de l'Ordre national du mérite par la République française.
Nadia Kadiri. La psy qui vous veut du bien
Professeur de psychiatrie et praticienne au centre hospitalier Ibn Rochd à Casablanca, elle codirige l'un des plus grands centres de soins psychiatriques en Afrique, plus connu sous le nom de 36. Nadia Kadiri est aussi la cheville ouvrière de la première étude nationale sur la santé mentale des Marocains, un travail de qualité qui a porté sur six longues années. Mettre des chiffres sur des mots est une habitude maison chez Nadia Kadiri, qui a défriché de nombreux sujets vierges. Patiente, persévérante, elle est à l'origine des seules études quantitatives existantes sur le ramadan et la santé mentale, la sexualité pendant le mois sacré et les conséquences du jeûne sur les alcooliques, etc. Des exemples parmi d'autres, qui lui valent le respect des chercheurs
et de monsieur et madame tout-le-monde.
Rahma Bourquia. L'universitaire qui monte
Depuis 2002, elle est la seule femme présidente d'université au Maroc. Cette sociologue, spécialiste du monde rural, connaît aussi bien le monde de la recherche que celui de la (haute) politique. Après des études de philosophie et de sociologie, elle a décroché un doctorat à l'Université de Manchester en Angleterre. Récemment, elle a coordonné (avec Mohamed El Ayadi) une étude intéressante sur les jeunes et les valeurs religieuses. Militante féministe, elle a été nommée, en 2003, membre de la commission royale de la réforme de la Moudawana, où elle a tenu tête aux conservateurs. Membre de l'Académie du royaume, elle siège aussi à la Fondation pour l'avenir, le bras financier du projet du Grand Moyen-Orient. On la dit également proche de Meziane Belfqih, avec qui elle a coordonné le rapport du cinquantenaire : tous les atouts pour devenir une des leaders de la réforme de l'enseignement.
Khalida Azbane Belkady. De père en fille
Femme manager discrète, elle est pleine de ressources, toujours prête à porter le drapeau
C'est en ces termes on ne peut plus élogieux que Moulay Hafid Elalamy décrit sa vice-présidente au sein de la CGEM. Et il n'a pas tort. Fille aînée du célèbre parfumeur marocain, Mohamed Azbane, cette chimiste de formation, mère de trois enfants, porte le drapeau de l'entreprise familiale depuis 1984. A l'époque, Khalida Azbane Belkady n'avait pas encore trente ans
Patronne précoce, rigoureuse, humaine, sa réussite est d'avoir su transformer, en douceur, la petite entreprise familiale créée, il y a près de quatre décennies, en véritable leader des produits cosmétiques d'entrée de gamme et de produits d'accueil pour hôtels. A ce niveau, toute la communauté des affaires le sait par coeur, le succès et la longévité ne peuvent être accidentels. |
Elles poussent (sans tapage)
Amina Benkhadra. De l'énergie et du flegme
C'est la révélation féminine du gouvernement El Fassi. Déjà secrétaire d'Etat en 1997, elle a maintenant rang de ministre en charge d'un portefeuille-clé, celui de l'Energie. Cette ingénieure de formation règne désormais sur un petit monde très masculin, qu'elle a l'avantage de bien connaître. Car c'est au sein de ce même ministère de l'Energie qu'Amina Benkhadra a effectué l'essentiel de sa carrière depuis 1982, jusqu'à occuper le poste de directrice de l'Office national de recherche et de prospective pétrolière (ONAREP) en 2000. Récemment, on a beaucoup ri de ses déboires linguistiques (elle maîtrise mal l'arabe), mais son aplomb mêlé d'un zeste d'autodérision lui a aussi valu des sympathies. Très à la page en termes de relations utiles, Amina Benkhadra est quasi autonome à la tête de son ministère, rendant ses comptes directement au roi. Last but not least : célibataire, Amina Benkhadra est peut-être un cur influent à prendre.
Aziza Bennani. Objectif Unesco
Le futur directeur de l'UNESCO pourrait être une femme : Aziza Bennani. A condition de battre son rival égyptien l'année prochaine
Elle a ses chances, soutenons-là, note cet observateur qui insiste sur le profil diplomatique de la Marocaine. Aziza Bennani, docteur en lettres né en 1954, ambassadeur du Maroc au sein de l'institution onusienne dédiée à la culture (dont elle préside le conseil exécutif depuis 2001), ne sera pourtant pas à son premier exploit. En décrochant en 1994 le portefeuille de la Culture dans le gouvernement Filali, elle était déjà l'une des premières femmes secrétaires d'Etat au Maroc. Après un passage au Haut commissariat aux handicapés, elle s'efforce, depuis son arrivée à l'UNESCO en 1999, de plaider le dialogue entre les cultures. La diplomate qui ne dit pas son nom ferait un beau directeur de l'UNESCO. Et pas seulement parce qu'elle est Marocaine.
Ghita Lahlou. La femme de l'ombre
Elle connaît le milieu des affaires comme sa poche, elle, la confidente de Moulay Hafid Elalamy, patron des patrons, qu'elle a connu à l'ONA où elle occupait le poste de directrice des ressources humaines et de la communication. Avec Elalamy, elle a créé Phone Assistance, la société pionnière des call-centers et de toute la vogue offshoring au Maroc. Aujourd'hui directrice du groupe Saham, dont elle est actionnaire, cette centralienne chapeaute les plus importantes affaires de ce holding qui pèse une dizaine de milliards de dirhams. En plus d'être à la tête de la CNIA (3ème compagnie d'assurances du pays) et de plusieurs entreprises du secteur de la distribution, elle est également présidente de l'Association marocaine de la relation client. Malgré toutes ces responsabilités, Ghita Lahlou suit son mentor comme son ombre et elle a son mot à dire sur chacune de ses décisions.
Souad Rezzoug. À nous la culture !
Tous les artistes la connaissent. Souad, oui, bien sûr
. Bien sûr. Directrice des Arts au ministère de la Culture depuis 7 ans, elle coiffe les activités liées au théâtre, aux arts plastiques, à la musique, etc. Et elle fait du bon travail, incontestablement. Nos moyens sont faibles, notre volonté énorme. Conjuguez cela : cela donne du militantisme culturel. Ce n'est pas un hasard si la directrice des Arts a survécu aux remaniements ministériels. Son statut, elle le doit à sa compétence. Docteur en arts du spectacle, revenue au Maroc en 1996, elle a été lune des chevilles ouvrières du Temps du Maroc en France, en 1999, en tant que commissaire chargée de la programmation. Restée fidèle à l'Etat, Souad Rezzoug n'a pas l'âme d'une fonctionnaire. L'art, j'y crois. Le Maroc est un formidable vivier de talents et de créativité. Avec elle aux commandes, oui, on y croit.
Mounia Benchekroun. Madame Zakoura
Intelligente, engagée, passionnée, créative
: le publiciste Nourredine Ayouch, par ailleurs président de la Fondation Zakoura pour le microcrédit, ne tarit pas d'éloges sur sa (seule) conseillère : Mounia Benchekroun. Membre du comité de pilotage de la banques des pauvres (quelque 400 000 porteurs de projets, tout de même !), la bras droit du président est aussi directrice générale de la Fondation Zakoura éducation. Sa mission : Elargir le spectre des perspectives sociales, économiques et culturelles, nous déclare-t-elle. Concrètement, Zakoura éducation, c'est 70 000 adultes alphabétisés dont 99% de femmes, 300 écoles ouvertes, et près de 20 000 enfants scolarisés. Pourtant, rien ne prédestinait Mounia Benchekroun à atterrir dans la société civile. A la fin des années 90, cette financière de formation a enchaîné les postes à responsabilités dans de grandes banques de la place, avant d'opérer en 2005 un surprenant virage. Pourquoi cela ? C'était enrichissant intellectuellement, mais je ne me retrouvais pas dans la finalité du métier de financier. Tandis que là
Souad Lamriki. Le cinéma au cur
Quand je reçois un scénario, je le lis. S'il est bon, je demande à rencontrer l'auteur. Et si le courant passe
. La devise de Souad Lamriki, qui dirige la société de production Agora Films, lui a permis de découvrir, avant tout le monde, un cinéaste de la trempe de Faouzi Bensaïdi, dont elle a produit tous les travaux, courts métrages compris. Bingo ! La productrice a également participé au montage financier de films aussi intéressants que Mektoub de Nabyl Ayouch ou Tresses de Jilali Ferhati, sans oublier les courts métrages de Leila Marrakchi ou le très bon Raja du français Jacques Doillon, dont elle a assuré la coproduction. Des choix éclectiques que la productrice étend à ses trois champs d'investigation : le documentaire, la fiction et la publicité. Bonne continuation, madame. |
Elles bougent
Rachida Benabdellah. La reine de la monétique
C'est la femme qui a su réunir toutes les banques autour d'une table pour se mettre d'accord sur un système monétique commun. Idée alléchante, projet vendeur, mais encore fallait-il user de patience, de tact, pour fédérer les rois de la haute finance. Son dernier fait d'armes : le lancement du paiement par Internet, un projet que Rachida Benabdellah a trouvé sur son bureau dès sa nomination au Centre monétique interbancaire en 2000, après une longue carrière au sein du Crédit du Maroc. Polytechnicienne, diplômée aussi de l'Ecole d'ingénieurs télécommunications de Paris, elle représente au sein de l'organisation Visa International tous les membres Visa des pays de l'Afrique du Nord. Autant dire que les paiements effectués par carte au Maghreb n'ont aucun secret pour elle.
Jacqueline Aluchon. Dar El Beida dans le sang
Son nom reste étroitement lié à Casamémoire, association qu'elle a fondée en 1995 pour la sauvegarde du patrimoine art-déco de la ville blanche. Un combat d'avant-garde que cette architecte, Casablancaise de naissance, continue de mener aux côtés de jeunes Bidaouis contaminés par son amour pour Dar El Beida. Et ils ne sont pas les seuls, ajoute le collectionneur Mohamed Tangi. Jacqueline est une militante sincère, l'une des premières. C'est en grande partie grâce à elle que l'on s'éveille enfin à la mémoire de la ville, et à un certain engouement pour l'art-déco. L'art-déco casablancais, Jaqueline Aluchon en est d'ailleurs devenue une spécialiste. Elle est une source incontournable pour ceux qui préparent des livres sur la ville, les étudiants en architecture, les chercheurs et les réalisateurs de cinéma, etc. Pas mal.
Leïla Rhiwi. Objectif Moudawana
Son principal combat, c'est bien sûr celui de l'émancipation féminine. La fondatrice et présidente du collectif associatif du Printemps de l'égalité, constitué en 2000, est une femme de qualité qui a activement milité pour la réforme de la Moudawana. Elle en est presque la maman. Et sa proximité avec le Palais n'y est probablement pas pour rien. Cette enseignante à l'Ecole Mohammadia des ingénieurs de Rabat (l'EMI, dont elle est aussi diplômée) connaît en effet la princesse Lalla Salma de longue date, depuis l'époque où l'épouse du roi poursuivait ses études d'ingénieur en informatique à l'EMI. On dit que c'est de l'amitié entre les deux femmes que serait née la dernière mouture de la Moudawana. Admettons. Question : sont-elles aussi en charge du suivi ?
Maria Mokrim. Tant qu'il y a de l'enquête
Elle a le goût du risque, elle aime la nouveauté. Et elle est journaliste. Résultat : elle a fait de l'enquête son dada. Maria Mokrim, c'est dix ans de journalisme avec, en accéléré, tous les grands sujets de l'actualité marocaine traités avec le même soin, la même témérité. De Driss Basri aux frères Boureqat, en passant par les réseaux de prostitution en Europe ou les désordres du Maroc sécuritaire, Maria a tout balayé de sa plume acérée. Curieuse, courageuse, talentueuse. La jeune femme a eu, un jour, l'idée de tenter un reportage
au siège de la DGST, pépinière des espions du royaume. Elle a fini au poste de police. Mais avec un vrai-faux reportage passionnant à la clé ! L'hebdomadaire Al Ayyam, où elle officie, lui doit quelques-unes de ses plus belles réussites. Normal, avec Maria, tant qu'il y a de l'enquête, il y a de l'espoir
dans un journalisme meilleur.
Najat Mjid. Au service de l'enfance
À côté de son travail au sein de Bayti, l'association qui l'a révélée au grand public, elle a su étendre son action à d'autres cercles, généralement liés à sa préoccupation majeure : les enfants en situation précaire. Najat Mjid a plusieurs cordes à son arc : consultante pour différentes institutions internationales (Unicef, Banque Mondiale), elle multiplie les collaborations (Europe, ONU, et même l'INDH), avec des enquêtes sur la situation des enfants. Une militante, donc, restée active au niveau local, notamment via le ministère du Développement social et la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus. Médecin de formation, elle a mis en stand-by sa carrière pour mieux se consacrer au champ social. Je n'aime pas les trajectoires rectilignes. Il y a tant à faire sur le plan social et du développement humain. Qui peut prétendre le contraire ?
Hanane Fadili. La surdouée du rire
Avec son incroyable don pour le déguisement, son humour tout terrain, elle arrive à mettre d'accord la ménagère et le jeune cadre BCBG. Talent fou, public extra large. La fille de Aziz Fadili, hilarant Monsieur météo de la télé qui bouge des années 80, a l'humour dans les gènes. Depuis l'âge de 17 ans, elle a appris à dompter les caméras, à apprivoiser les planches. Ses one-man-show, aujourd'hui, sont de véritables moments de bonheur, drôles jusqu'à l'épuisement ! Son seul défaut : elle prend son temps, au point qu'elle donne l'impression de disparaître, résume ce confident. Pas grave. Hanane Fadili vit et, quand elle travaille, elle le fait soigneusement, sans précipitation. A guetter, donc, une réapparition en 2008, via un one Hanane show où la surdouée nous fera rire de sujets aussi sérieux que la Moudawana, la jeunesse, la schizophrénie, etc.
Selma Mhaoud. Les images pour le dire
Après avoir circulé dans les meilleures rédactions de la presse écrite, Selma Mhaoud, au retour d'un séjour aux Etats-Unis, a remis les compteurs à zéro en optant pour la télévision, direction Aïn Sebaâ. 2M, donc, où la jeune femme devient très vite l'un des piliers de l'émission Grand Angle. Selma travaille comme dix (hommes) et multiplie les performances. Elle est ainsi la première journaliste marocaine à mettre le (tré)pied au Liban juste après le cessez-le-feu en 2006, ou encore à s'introduire en caméra cachée à la prison d'Agadir pour interviewer des victimes du tourisme sexuel. Immigration clandestine, terrorisme ou pédophilie
aucun sujet chaud n'échappe à la griffe de Selma, identifiable entre mille. Avec elle, la caméra devient une arme, résume l'un de ses collègues. Que dire de plus ? |
Elles dénotent
Touria Jabrane. Bent chaâb au gouvernement
La surprise de l'année 2007. Quand le roi l'a nommée ministre de la Culture, au lendemain des élections de septembre 2007, beaucoup ont cru à une blague. Stupéfaits, ses adversaires ont cru bon de réduire sa promotion à un simple retour d'ascenseur, Touria Jabrane ayant soutenu de nombreux candidats (aux élections) proches du Pouvoir. En réalité, si Madame Kraytif a tant fait parler d'elle, c'est qu'elle représente une exception. Comédienne populaire, son nom reste d'abord lié à des pièces de théâtre et des sketches à succès. Elle nous faisait rire, pas réfléchir. Il faut nous laisser le temps pour nous habituer
, dit d'elle cet homme de télévision, qui l'a bien connue. En attendant de changer les réflexes, Touria Jabrane s'est entourée d'une équipe dont le travail commence déjà à porter (le dernier Salon du livre à Casablanca, une réussite). La suite, vivement.
Fouzia Imansar. Madame est gouverneur
Le destin des habitants de Aïn Chock est entre ses mains. La formule n'est pas exagérée. Fouzia Imansar est depuis octobre 2006 le gouverneur de cette préfecture, l'une des plus importantes du royaume. Ce n'est pas rien, ses décisions ont sans aucun doute un impact sur le quotidien des centaines de milliers de personnes qui relèvent de cette préfecture, souligne un de ses anciens collaborateurs, qui parle en connaissance de cause. Cette mère de famille, juriste de formation diplômée de l'ISCAE et de l'ENAP, qui a consacré toute sa carrière à la fonction publique, n'est pas à son premier poste à haute responsabilité. Après un passage par le ministère des Finances, elle a été la première femme à se hisser au grade de directrice d'agence urbaine, d'abord à Rabat, ensuite à Casablanca où son passage a marqué tant ses partisans que ses détracteurs.
Meryem Bensalah. La businesswoman
Avec Selwa Akhannouch, elle est l'autre grande figure féminine de la classe d'affaires casablancaise. Après de brillantes études de finances aux Etats-Unis, la fille aînée de Abdelkader Bensalah, héritière du groupe Holmarcom, rentre au pays pour diriger l'entreprise familiale. Très en vue dans les milieux des affaires, il a été question un temps qu'elle succède à Hassan Chami, à la tête de la Confédération des patrons. Cela ne s'est pas fait, et ce n'est pas plus mal. L'héritière Bensalah a rebondi et, en 2005, elle est chargée d'organiser
le premier Festival de Casablanca. La mayonnaise prend et elle est reconduite pour cette golden-woman qui n'hésite pas à poser en tenue rock & roll, loin des clichés de la femme d'affaires. Son dernier combat, par contre, n'a pas été couronné de succès : présidente du comité national de soutien à la candidature de Tanger 2012.
Nawal el Moutawakil. Elle court, elle court
Que de chemin parcouru pour l'ancienne championne olympique du 400 mètres haies, disputé à Los Angeles en 1984
Partie de rien, elle est arrivée tout en haut à force de persévérance. Sa force, c'est le travail et le relationnel, juge ce journaliste sportif, qui a connu l'athlète, ensuite la ministre. Sport et politique, même combat. Déjà ministre sous l'ère de Hassan II, Bent Bourgogne, comme l'appellent encore les habitants de ce quartier très middle-class de Casablanca, s'est retrouvée ministre de la Jeunesse et des sports dans l'équipe Abbas El Fassi sans que personne ne crie au scandale. On connaissait ses compétences dans l'athlétisme, maintenant on verra pour le foot, note encore cet observateur. Avec un football en crise, sans (infra)structures, Nawal El Moutawakil aura fort à faire.
Asmae Chaabi. Mogador, mon amour
La fille de Lhaj Miloud Chaabi est aussi atypique que son milliardaire de père. Elue PPS d'Essaouira, la dame au look bohème est la première et unique femme maire au Maroc. Sous sa houlette, l'ancienne Mogador est la première cité marocaine à obtenir, en 2005, le Pavillon bleu qui distingue les villes côtières répondant à des critères d'excellence pour la gestion globale de leur environnement. En plus, Asmae Chaabi a vu la commune qu'elle dirige devenir la première ville marocaine sans bidonvilles dès 2004
Madame le maire est aussi un acteur majeur de la société civile depuis qu'elle a pris la tête
d'une fondation créées par son père. Miloud Chaabi aime à rappeler que cette institution, qui agit dans le secteur social, est plus puissante que le secrétariat d'Etat à la famille et à la solidarité de Nezha Skalli. Ce n'est pas tout à fait faux.
Chebba Daoudia. La star du Chaâbi
Gamine, elle psalmodiait le Coran. Aujourd'hui, elle met le feu au Zénith de Paris, faisant salle comble, malgré des billets d'entrée à 1500 dirhams. Chebba Daoudia s'exporte désormais mieux que Stati. Son cachet pour un concert à l'étranger est de 90 000 DH, un peu plus que le virtuose aux six doigts. Comble de l'ironie, la jeune femme a appris à jouer de la kamanja, seule dans sa chambre, à l'écoute des disques de Stati, à une époque où elle tapait aussi dans le ballon en tant que numéro 10 de la sélection nationale féminine de football ! Aujourd'hui, Daoudia fait à elle seule l'Union du maghreb arabe, idole des publics algérien et tunisien. Elle fait même l'union arabe tout court, puisqu'elle a conquis les pays arabes du Golfe, où elle se produit souvent. Pourtant, la diva vit encore chez sa mère, dans le quartier populaire de Sidi Othmane à Casablanca.
Samira Zaouli. Folle de foot (et du TAS)
Quand on porte le nom de Zaouli, on ne peut que jouer au foot, aimer le Hay Mohammadi et son club fanion : le TAS mythique. Evidemment. Samira, fille du célèbre Larbi Zaouli, grand mentor du TAS de la grande époque, figure emblématique du Hay, ne pouvait échapper à la règle : Enfant déjà, mon père me poussait à jouer au foot. Mais je m'entraînais la nuit, pour éviter les moqueries et les regards indiscrets !. Comme son père, Samira a aussi dirigé le foot, elle qui a été - événement extraordinaire - présidente du TAS. C'était il y a quelques années. Calmée mais pas guérie (de l'amour du foot), la fille Zaouli, candidate à la Khmissa 2008, se lance aujourd'hui dans le football féminin, auquel elle consacre le plus clair de son temps. Sans compter son Hay. Ça, c'est de l'amour. |
Elles surprennent
Assia Akesbi. Une psychologue de gauche
Figure connue et respectée de la gauche marocaine, elle est, dans le civil, l'une des meilleures psychologues du pays. Son seul problème est de devoir trancher si le Maroc a plus besoin d'une bonne psy ou d'une nouvelle élue au Parlement, plaisante à peine l'une de ses connaissances. Assia Akesbi est déjà une bonne psy, elle qui a fondé 2003 une école devenue référence en la matière. Mais elle n'est pas élue. En 2007, elle a raté l'examen de la députation, elle qui a eu, entre autres adversaires directs, un psychiatre appelé Saâd Eddine El Othmani ! De cet échec relatif, madame tirera un livre, aujourd'hui en préparation. Mais elle ne reniera pas son engagement politique, aujourd'hui sous la bannière PSU, hier USFP, toujours à gauche.
Amina Bouayach. L'image et le contenu
Première femme à la tête d'une organisation des droits de l'homme au Maroc, cette militante de longue date a réussi à décarcasser l'OMDH (Organisation marocaine des droits de l'homme), longtemps victime d'une certaine image pro-makhzénienne. Avec elle, l'association a gagné en tranchant et en visibilité, n'hésitant plus à s'engager clairement sur des sujets souvent épineux comme l'abolition de la peine de mort, la torture, la gouvernance
Ses détracteurs lui reprochent de faire de la communication. Ils oublient que ce n'est pas un tort. Amina Bouayach, devenue entre-temps numéro 2 de la FIDH (Fédération internationale des droits de l'homme), soigne la forme, mais aussi le fond, en nhésitant pas à adopter des positions courageuses sur différentes questions de société. Au point que l'OMDH, hier frileuse, n'a plus de complexe à se faire vis-à-vis de l'AMDH, l'autre association majeure des droits de l'homme.
Latifa Akherbach. Experte es communication
En 2005, TelQuel la voyait ministre de la Communication. Qu'à cela ne tienne ! Les Affaires étrangères aussi avaient besoin d'un petit coup de neuf. C'est chose faite avec la nomination de Latifa Akherbach au poste de secrétaire d'Etat auprès de Taïeb Fassi Fihri. Discrète, la pédagogue qui pratique la communication depuis près de vingt ans n'a pas encore fait parler la poudre. Elle s'est bien coulée dans le silence diplomatique, ironise cet observateur politique. Le commentaire est sévère. Madame Akherbach a donné la preuve de son talent via deux nominations passées : à la tête de l'unique école de journalisme au Maroc (dont elle est aussi diplômée), et à la tête (si compliquée) de la radio nationale. Ces deux mandats stratégiques, gérés sans anicroche, lui ont valu des amitiés fidèles et un gros capital confiance. Cela explique que, pour l'instant, même silencieuse, elle reste dans le tempo.
Zahra Idali. Afoulki, svp !
On la surnomme la Zoulikha Nasri du Haouz. Si, si. Zahra Idali n'a pas le budget de la présidente de la Fondation Mohammed V, ni le parcours d'une conseillère royale. Elle fait sans. Et plutôt bien. La jeune présidente (35 ans) de Afoulki (bien-être en tamazight) a, à son actif, plus de 50 projets de développement dans la région de Marrakech, une centaine de micro-entreprises, plus de 5000 femmes alphabétisées... La native du petit village de Tahannaout n'a pas poursuivi d'études supérieures. Encore femme au foyer il y a quelques années, elle a simplement révolutionné son quotidien, en lançant son propre cabinet de dessin pour le bâtiment. La fibre associative s'est déclarée un peu plus tard... La dernière lubie de la pasionaria du Haouz ? Une salle de sport à Tahannaout ! Vous pensiez quoi, les femmes à la campagne ne font que ramasser du bois ?.
Zhor Raïss. L'ambassadrice du caftan
A défaut de refaire le monde, elle a décidé de refaire la mode. Bien lui en a pris. Zhor Raïss est un label, une référence, tant pour la clientèle moyenne que pour les people. Le caftan mini-jupe, c'est elle. Le seroual pour femme, aussi. Révélée via Caftan, rendez-vous très couru de la haute couture traditionnelle, cette diplômée de l'école de Beaux-arts est une enfant de la balle. Fille d'un tailleur et d'une couturière (on ne se refait pas), Zhor Raïss, la prédestinée, a fait bien du chemin sur près de trente ans de carrière. Aujourd'hui, avec son association De fil en aiguille, elle organise son propre show de fashion beldi. Autopromotion ? Plutôt l'occasion de révéler les métiers artisanaux, aime à répéter l'ambassadrice du caftan marocain. Et encore ? Je dois tout aux maâlems. C'est une manière de leur rendre hommage.
Majda Yahiaoui. La diva du malhoun
Depuis 2005, elle anime sur 2M Chada al alhan, une émission de qualité qui a remis le malhoun, art séculaire confiné aux seuls cercles des initiés, au goût du jour. En plus, elle chante. Le malhoun, évidemment. Et bien. Par sa voix de chanteuse, par son émission à la télévision, Majda suscite des vocations chez les jeunes, commente un féru de Chada al alhan. Le constat est vrai. Si la chanteuse et animatrice plaît tant, c'est qu'elle a su, subtilement, ouvrir l'art du malhoun à d'autres influences musicales. Son nouvel album, le troisième, attendu dans les semaines qui viennent, se veut un croisement entre malhoun, aïssaoua et chbouri, influences de la musique dite moderne. La preuve que, au milieu de la world, de la fusion, de la variété et de la chanson populaire, il y a aussi de la place pour autre chose. |
Elles sont là
Zoulikha Nasri. La conseillère du roi
Elle traîne l'image (injuste ?) d'une bonne soldate, sévère et appliquée, du Makhzen. Même certains de ses collaborateurs n'hésitent pas à lui reprocher, en off, de vouloir tout contrôler. Il faut dire que, dans son domaine, Mme Nasri, qui a largement de quoi voir venir, n'a plus grand-chose à prouver : secrétaire d'État auprès du ministre des Affaires sociales chargé de l'Entraide nationale en 1997, cette Oujdia dirige, depuis 2000, avec fermeté et compétence, la Fondation Mohammed V pour la solidarité, vitrine sociale du nouveau règne. Ses fonctions politiques, son statut de conseillère royale, ont presque fait oublier qu'elle est, à la base, une juriste, spécialiste du droit des assurances, qui a passé une grande partie de sa carrière à la Direction des assurances du ministère des Finances.
Hakima Himmich. A mort le sida !
Dans une autre vie, elle aurait pu être chef d'entreprise. A côté de son métier de chef du service des maladies infectieuses à l'Hôpital Ibn Rochd à Casablanca, l'infatigable patronne de l'ALCS (Association de lutte contre le sida, fondée en 1988) encadre un effectif de plus de trois cents bénévoles répartis dans une vingtaine de villes. Et tout ce beau monde ne chôme pas. Pour l'année 2007, l'ALCS a, entre autres, organisé une campagne de sensibilisation auprès des routiers, ou encore - et c'est une première du genre - une marche contre le sida qui a regroupé plusieurs milliers de personnes. Le Maroc fait figure d'élève modèle dans la région en matière de lutte contre le sida. Et pourtant, on revient de loin : Dans les années 80, on nous disait qu'on allait faire fuir les touristes. Aujourd'hui, l'accès au traitement thérapeutique est généralisé et gratuit. Le combat n'est pas gagné mais, au moins, il est reconnu.
Assia El Ouadie. Une maman de coeur
Mama Assia, c'est le surnom affectueux que lui donnent les jeunes prisonniers de tout le pays. Et pour cause, Assia El Ouadie ne compte plus ses virées dans les prisons du royaume. Membre de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus depuis 2002, la sur de Salah El Ouadie, que l'on dit très proche de Mohammed VI, a été de (presque) tous les combats. Dans les années 80, on la retrouve parmi les fondateurs de l'un des tout premiers centres d'écoute et d'orientation pour femmes battues. Parallèlement, notre Dame des prisons travaille en tant que magistrate au Tribunal de première instance de Casablanca. C'est un chemin difficile, mais si c'était à refaire, je m'engagerais dans la même voie, assure-t-elle. A bientôt 60 ans, Mama Assia ne lâche rien : Si on peut sauver ne serait-ce qu'un prisonnier, c'est que notre travail en vaut la peine. Imparable.
Aïcha Chenna. Au nom de toutes les mères
Souffrante, la fondatrice de Solidarité féminine n'apparaît plus autant dans les locaux de l'association. Mais son aura, elle, demeure. Celle qu'elle a acquise en étant la première, en 1985, à venir en aide aux mères célibataires. L'aura qu'elle a lustrée en portant à bout de bras, sur plus de vingt ans, l'association où des jeunes femmes abandonnées de tous sont soutenues psychologiquement et professionnellement. Devenue la bête noire des esprits retors qui l'accusent, à tort, d'encourager la prostitution, madame Chenna n'a jamais abdiqué. Elle a même gagné une grande bataille quand, en 2005, Lalla Salma a choisi d'inaugurer le centre de beauté de l'association où travaillent des filles-mères. La visite de la princesse était une reconnaissance officielle au formidable travail de terrain de Aïcha Chenna. Un bâton de maréchal pour une femme de poids.
Samira Sitaïl. Des réseaux et des hommes
La directrice d'information de 2M divise. Mais, comme le dit l'un de ses proches, au lieu de bloquer, elle fonce. Femme de réseaux, Samira Sitaïl est une parfaite professionnelle de la télévision qui a fait ses armes à la TVM, avant de prendre le train de 2M pratiquement à son départ. Ses supporters apprécient son intransigeance, sa boulimie du travail, ses adversaires lui reprochent ses amitiés, réelles ou supposées. Et elle ? Elle bosse, tout simplement. Les magazines d'informations, les émissions spéciales, montés avec les moyens du bord, sont une réussite à laquelle elle n'est pas étrangère. Son influence, à l'intérieur et à l'extérieur de la chaîne, son expérience, font d'elle un candidat crédible à la direction de 2M. Demain, peut-être
Latifa Jbabdi. La rescapée de l'USFP
De l'eau est passée sous les ponts depuis ses débuts au PLS, ancien parti communiste. Militante convaincue, Latifa Jbabdi a connu la prison et la torture, lot quotidien de ses autres camarades de gauche. Mais impossible de lui couper les ailes : en 1983, elle préside l'UAF (Union de l'action féminine) et fonde 8 mars, journal féministe avant l'heure. Très engagée, elle a toujours fait de la réforme de la Moudawana l'une de ses priorités. Après un passage par le PSD, parti aujourd'hui dissous dans le cadre de l'USFP, elle a pris part aux travaux déterminants de la défunte IER (Instance équité et réconciliation). Présente au CCDH (Conseil consultatif des droits de l'homme) depuis sa création, Latifa Jbabdi a été, pour finir, l'une des stars socialistes à réussir, en septembre 2007, à l'examen des élections. Et dans la très chaude circonscription de Rabat Océan SVP.
Choumicha . La star des ménages
En cinq années d'antenne, elle a fait presque mieux que le regretté Abderrahim Bargach, vétéran des fourneaux et des plateaux de télévision. En un mot comme en mille, Choumicha Chafaï passe bien, selon la formule consacrée. Plébiscitée star nationale suite au succès fulgurant de son émission Chhiwates Choumicha, cette jeune mère de 36 ans était pourtant destinée à une toute autre carrière. Après des études en chimie, puis un poste de costumière à 2M, je me suis retrouvée sur les plateaux presque par hasard, nous confie-t-elle. La jeune femme écrit également des livres (sur la cuisine), tout en continuant à diriger son magazine Saveurs et cuisine du Maroc. Entre deux bouclages, elle s'en va enseigner les subtilités de la cuisine marocaine dans des pays comme la France, l'Allemagne et l'Italie
Avec elle, le Maroc a enfin trouvé son ambassadrice culinaire ! |
Elles dérangent
Nadia Yassine. La VRP de la Jamaâ
Impossible, pour un journaliste en reportage au Maroc, de ne pas lui demander une interview. La fille de Abdeslam Yassine, super VRP d'Al Adl Wal Ihsane, est devenue en quelques années l'une des figures les plus connues du royaume à l'étranger. Surfant sur la vague médiatique, elle multiplie les sorties polémiques. Dernière en date, une lettre ouverte publiée l'été dernier sous le titre Desperate Makhzen. Nadia Yassine a le sens de la formule, elle qui s'est autoproclamée opposante importante de Mohammed VI. Et qui est capable de le dire en (au moins) trois langues : arabe, français et anglais ! Pour l'instant, dans son bras de fer avec le Pouvoir, elle semble gagner du temps, grignoter des points : son procès pour atteinte au régime monarchique va de report en report depuis 2005, et rien ne semble indiquer un changement de stratégie du Pouvoir face à la fille Yassine.
Aminatou Haïdar. La pasionaria du Polisario
Le Maroc a tout à craindre de la pasionaria du Polisario. Femme d'influence et de combat, Aminatou Haïdar milite depuis le début des années 1980 pour l'indépendance du Sahara. Ce qui lui a valu un passage par les geôles du royaume. Libérée en 1991, elle n'a, depuis, cessé d'arpenter le monde, devenant une des citoyennes marocaines les plus fliquées. Très active lors des débordements de Laâyoune en mai-juin 2005, Aminatou Haïdar passe encore par la case prison. Mais, même graciée par Mohammed VI, elle continue infatigablement sa campagne de promotion de ce qu'elle appelle le Sahara occidental libéré du joug marocain. En 2007, elle n'a rien perdu de sa superbe, glanant même au Parlement européen le prix Silver Rose, décerné par 60 ONG, dans la catégorie lutte pour la liberté et la dignité humaine. |
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