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Par Youssef Ziraoui
Crise. Sauve qui peut (le foot)
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Housni Benslimane, linamovible
président de la FRMF, et son fidèle
lieutenant, Mohamed Aouzal.
(TNIOUNI / NICHANE)
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La Fédération de football sapprête à désigner un nouveau sélectionneur pour léquipe nationale, Marocain cette fois-ci. Mais cet énième arbre ne suffit plus à cacher la forêt.
Dans les terrasses de cafés, hauts lieux de la veille footballistique, la question revient sur toutes les lèvres : qui sera le prochain sélectionneur du onze marocain ? À lheure où nous mettons sous presse, le suspense est encore entier. Mais pour faire patienter les aficionados du ballon rond, la FRMF (Fédération royale marocaine de football) a dores et déjà concocté une petite mise en bouche. Il y a |
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bien eu quelques candidatures étrangères, notamment celle des français Roger Lemerre ou Jacques Santini. Mais létat-major de la Fédé a préféré jouer la carte de la préférence nationale, en (pré)sélectionnant six noms du terroir. Ça se jouera donc entre Rachid Taoussi (MAS), Aziz El Amri (KACM), Mustapha Madih (FAR), Mhammed Fakhir (MAT), récemment sorti par la petite porte, Fethi Jamal, sélectionneur national par intérim depuis le limogeage dHenri Michel, et Baddou Zaki. Un casting digne dune Star Academy du foot, proposé par lAmicale des entraîneurs sur sollicitation de la Fédération.
La Star Ac du foot
Cest bien la première fois que la Fédération se fend dune liste aussi longue. Il ne manquerait plus que de proposer aux Marocains de voter par SMS, plaisante Badreddine Idrissi, rédacteur en chef du bi-hebdomadaire spécialisé Al Mountakhab. Les chances des six entraîneurs sont égales, nous déclare, aussi laconique que prudent, ce membre de la Fédération. Pour autant, certains candidats se détachent du lot. Cest notamment le cas de Fethi Jamal, actuel directeur technique à la FRMF, ou encore de Baddou Zaki, qui pourrait jouir dun retour en grâce. Fethi Jamal part favori, vu sa proximité avec le bureau fédéral actuel. Mais rien nest encore joué. Zaki nest pas en odeur de sainteté au niveau de la Fédération, mais un coup de fil venant den haut pourrait changer la donne, croit savoir cet observateur. Voilà qui est révélateur du fonctionnement de la Fédération
Quant à Mustapha Madih, loutsider, il ne semble plus faire le poids depuis lélimination de son équipe (les FAR) de la Ligue des champions africaine, par une obscure équipe capverdienne. Cest un peu comme si Fqih Bensaleh battait Manchester United, plaisante le journaliste sportif Najib Salmi, qui ajoute : Ceci témoigne de la crise que traverse le football marocain en général, et quon a pu observer lors de la dernière CAN.
Retour en arrière (et à la réalité) : 28 janvier 2008, le onze national est éliminé dès le premier tour de la compétition africaine. Lopinion publique cherche des coupables. Chauffée à blanc par une partie de la presse, elle en veut un peu à tout le monde, et surtout à Henri Michel. Tout se passe comme si ces cabales était orchestrées, sinsurge ce journaliste sportif. La presse ne peut pas encenser un entraîneur un jour, pour le lyncher le lendemain. Et pourtant, elle ne sen privera pas.
Le sélectionneur, éternel bouc émissaire
Mercredi 6 février, Mohamed Aouzal, premier vice-président de la FRMF et homme de confiance du général Housni Benslimane, comme Nawal El Moutawakil, ministre de la Jeunesse et des Sports, sont convoqués par la commission parlementaire des Affaires sociales. Parmi la trentaine de députés qui les attendent, untel disserte sur la mise à lécart dEl Karkouri, tel autre critique le dispositif technique. Cest tout à fait normal : il y a autant de Marocains que de sélectionneurs en puissance dans notre pays, lance ce journaliste sportif. Les plus vindicatifs parmi les parlementaires réclament des têtes dans le bureau fédéral, et vont jusquà pointer du doigt le président-général Housni Benslimane. Mais ce dernier, intronisé depuis 1994 par Hassan II, est un indéboulonnable.
Une fois de plus donc, les fédéraux sen tirent à bon compte. Avec une pirouette en prime : Cette fois-ci, nous porterons notre choix sur un sélectionneur marocain. Cette décision a été prise en concertation avec l'Amicale des entraîneurs et en application d'une recommandation du Parlement, déclarera un dirigeant de la FRMF à lAFP, omettant de signaler que les élus exigeaient également que le ménage soit fait au sein de la Fédération. Il ny aura finalement pas de démission. Henri Michel, le bouc émissaire parfait, endosse toutes les responsabilités. Rien de nouveau. Tous ces entraîneurs sont-ils si nuls ? Pourquoi les a-t-on recrutés alors ? Même si on avait embauché Aimé Jacquet, on laurait viré au premier match nul, ironise Najib Salmi.
Du futur sélectionneur, on exigera donc des victoires
mais aussi des talents de fin psychologue. Car au sein de léquipe marocaine, lambiance nest pas au beau fixe. Un profond fossé sest creusé entre les joueurs du championnat local et les expats évoluant en Europe. Deux clans étaient quasiment en guerre. Certains mouillaient le maillot, dautres sen foutaient totalement. Cela nous coûte cher à chaque fois, nous déclarait récemment linternational Abdeslam Ouaddou
Dans 5 ans, inchallah
Pour Mohamed Aouzal, le foot national va mal, mais il ny a pas de quoi crier au feu : Le diagnostic a été fait depuis quatre ans. Il y a un plan daction établi et négocié à tous les niveaux. Je suis certain quil donnera des résultats. À quelle échéance ? Dans cinq années, en principe. Quoique lointaine, la promesse est belle, surtout quand elle est agrémentée de belles présentations Powerpoint dans les hôtels de la capitale. Et saupoudrée de solutions toutes faites : Mettre à niveau les clubs de la première division et professionnaliser le football marocain, professe Aouzal. Du déjà vu, lu et entendu
On parle de professionnaliser le championnat marocain depuis les années 70, mais on ne voit rien venir, oppose ce commentateur sportif. On aurait pu atteindre cet objectif en 2010, mais vu le retard accumulé, cest désormais presque mission impossible. Dailleurs, ceux qui sy sont essayé on vite jeté léponge. Cest le cas de Mohamed Amor, ancien membre du bureau fédéral, que la fronde des dirigeants de club a poussé à la démission. Pourtant, ses idées étaient novatrices et réalistes, explique cet observateur. Elles consistaient à faire passer les clubs du statut dassociation à celui dentreprise. Avec de nécessaires règles de transparence, pas forcément au goût de tous les dirigeants de club.
Surtout, la Fédération a-t-elle les moyens de ses ambitions ? La sélection se taille la part du lion dans le budget de la Fédération. En face, les seize clubs de la Botola doivent survivre avec les quelque 80 millions de dirhams par an, entre les recettes de sponsoring et les droits télé, fait remarquer un journaliste sportif. À titre de comparaison, le club égyptien dAl Ahly dispose dun budget avoisinant les 200 millions de dirhams ! La Fédération sest lancée dans un projet de réforme qui la dépasse. Si elle arrive à initier une vraie politique de formation, si elle arrive à organiser un championnat digne de ce nom, ce sera déjà pas si mal, conclut un Najib Salmi, pour le moins réaliste. |
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Mythe. Le Maroc, grande nation de football ?
Depuis 2000, la FRMF a fait appel au service de sept sélectionneurs en autant dannées. Un taux de turn-over pratiquement unique dans les annales du football international. Mais si les coachs sautent, le noyau dur de la Fédération, lui, résiste contre vents et marées, malgré des résultats plus que décevants. La preuve en chiffres : les Lions de lAtlas occupent aujourdhui la 48ème place du classement de la FIFA, alors quen 1998, ils avaient réussi à se hisser à la 11ème. Idem sur le plan continental : le Maroc était alors à la tête des pays africains. Aujourdhui, il pointe à une médiocre 9ème position, devancé par le Ghana, le Cameroun et la Côte dIvoire, mais également derrière des petits du foot comme le Mali ou la Guinée. Peut-être plus parlant : depuis 1990, soit le long de dix éditions de la CAN, le Maroc a échoué à trois reprises à se qualifier à la phase finale de la compétition continentale. Et quand il est parvenu à le faire, le onze national a rarement laissé un souvenir impérissable de son passage (cinq éliminations au premier tour). Seule embellie, bien esseulée : la CAN 2004, où les Vert et Rouge ont été finalistes, sous la houlette de Baddou Zaki
qui sera poussé à la démission 18 mois plus tard. |
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