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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Souleïman Bencheikh

Politique. Le PPS se rebelle

Ismaïl Alaoui et
Nabil Benabdellah.
(TNIOUNI / NICHANE)

Entre l’USFP, qui n’en finit pas de se déchirer, et le clan El Himma qui se fait dangereusement séducteur, comment l’ancien parti communiste gère-t-il la période post-électorale ? Eclairage.


C’est une véritable frénésie qui semble avoir gagné le Parti du progrès et du socialisme (PPS). Chaque jour apporte son lot de déclarations et de communications plus ou moins lissées. D’Ismaïl Alaoui, secrétaire général du parti, à Nabil Benabdellah, membre emblématique du bureau politique, en passant par Khalid Naciri, le ministre de la Communication, les interventions par voie de presse se suivent et se
ressemblent, relayant un même appel à “un contrat politique renouvelé”. Simple slogan pour leaders à la recherche d’un deuxième souffle, ou annonce d’une véritable refonte dite programmatique et idéologique ? Comme souvent, la vérité est au milieu du gué.

Parti cherche stratégie
C’est à Bouznika, du 15 au 17 février dernier, que le PPS a officiellement lancé son nouveau mot d’ordre. À l’appel du cinquième conseil national, réuni en novembre, plus de mille militants se sont retrouvés pour débattre du contrat politique que propose le PPS. De l’Istiqlal au RNI, en passant par l’USFP, tous les partis de la majorité étaient invités. Le PSU, pourtant lui aussi convié, a préféré bouder la journée inaugurale, se contentant de se faire représenter à l’atelier économique par Kamal Lahbib. Globalement, les organisateurs de cette conférence nationale ne cachaient pas leur satisfaction. “C’est un succès. Cette conférence a pris des allures de Congrès extraordinaire. Même ceux qui demandaient un changement de direction ont pu s’exprimer, et ils ont pu remarquer qu’ils étaient minoritaires”, jubile un militant chevronné.

Le fait est que, officiellement, le parti de feu Ali Yata n’est pas en crise. Avec 17 sièges obtenus lors du dernier scrutin, il doublait pratiquement le nombre de ses députés. On est certes encore loin de la barre des 25 sièges espérés, mais, avec le renfort des élus du FFD, anciennement parti honni, le PPS a maintenant son groupe parlementaire. Et lors de la répartition des portefeuilles ministériels, la formation a encore marqué des points, avec un deuxième maroquin (le département drivé par Nouzha Skalli) qui lui échoit presque par miracle, suite au désistement du Mouvement populaire. Mais ce tableau globalement souriant est parsemé d’ombres inquiétantes. Ismaïl Alaoui a échoué à se faire élire à Taounate et Nabil Benabdellah a mordu la poussière à Témara. Le parti a gagné des voix lors du dernier scrutin, mais ses leaders ont été désavoués par les urnes : le PPS n’en est pas à une contradiction près.

Dès lors, la teneur réelle du “nouveau pacte politique” pose plus de questions qu’elle ne propose de solutions. S’agit-il pour le parti de retrouver une nouvelle légitimité à travers un discours plus offensif ? En pointant du doigt la responsabilité collective dans la désaffection du politique, en appelant à redéfinir l’alliance avec la monarchie, Ismaïl Alaoui et Nabil Benabdellah cherchent-ils avant tout à gagner du temps, dans un moment politique difficile ? De fait, ce discours offensif ne prête pas à grand risque : la conférence nationale n’avait qu’un rôle consultatif et ne faisait que déblayer le terrain avant la réunion du comité central, prévue pour le 12 mars.

C’est le même Benabdellah qui, dès le lendemain du scrutin de septembre, lançait les premiers ballons d’essai. Il appelait alors à la construction d’une gauche moderne et rénovatrice. “Parallèlement au gouvernement et indépendamment de lui, il va falloir que des initiatives transversales aux forces de gauche enclenchent un profond mouvement de progrès dans la société, une sorte de projet alternatif rassemblant toutes les composantes de la gauche”, nous déclarait le ministre de la Communication, quelque temps avant de quitter son maroquin. Aujourd’hui, il semble avoir revu ses fondamentaux : “Ne nous trompons pas de combat. Vouloir unifier la gauche, c’est aller droit dans le mur. Ce serait un échec cuisant”. En fait, le PPS veut maintenant ratisser bien plus large : clins d’œil aux partis de gauche, et sourires à “tous les démocrates”.

La faute au roi ?
Pour la formation d’Ismaïl Alaoui, le dilemme est de taille : se satisfaire de son statut de parti d’appoint au gouvernement, ou prendre la mesure de dix ans au pouvoir qui tardent à payer ? Car, même si la réponse ne fait guère de doute, la question de la participation au gouvernement est bel et bien posée. Dans un document interne, le PPS joue la partition d’un diagnostic sévère. Pointant du doigt la faible participation aux dernières élections, le parti y trouve plusieurs raisons, dont “l’incapacité des partis politiques à influer sur le cours des événements”. Toujours dans le registre de l’inefficience des formations politiques, le document rappelle que “la présence forte et continue du roi sur le front économique et social (…) induit le sentiment que la gouvernance politique est conduite par la seule institution monarchique. Ce sentiment contribue à marginaliser l’action des partis, voire à la dévaloriser aux yeux des citoyens”.

La faute au roi donc ? Bien évidemment, le PPS ne va jamais aussi loin. Mais le diagnostic est là, et le remède est semble-t-il trouvé : un nouveau contrat politique, entérinant l’échec du “compromis historique” de 1998 qui avait mené le PPS au gouvernement. Youssef Belal, politologue et membre du comité central, est catégorique : “Il faut tirer les leçons du taux de participation calamiteux. La formation du gouvernement a elle aussi livré ses enseignements : on ne peut plus accepter en l’état l’interventionnisme du Palais”. Ainsi, quatre mois après la formation du gouvernement, le PPS hausse le ton. Pour calmer une base finalement pas si remuante ?

La réponse est en fait à chercher en dehors du parti, dans un environnement immédiat dangereux pour le PPS, qui risque de perdre sa singularité de parti clairement progressiste, tout en étant plutôt conciliant envers le Pouvoir (les adversaires du PPS vont jusqu’à accuser le parti d’être “clairement makhzénien”). À sa gauche d’abord, le PPS ne peut que pâlir de la comparaison avec l’USFP.

Mais, plus que le grand frère de gauche, la menace pour les camarades de Alaoui vient de la droite, de ce “Mouvement pour tous les démocrates” lancé par Fouad Ali El Himma. L’ex-numéro 2 du régime et le PPS se retrouvent paradoxalement à chasser sur les mêmes terres, celles d’un vaste rassemblement aux contours encore flous. “La logique d’El Himma n’est pas politique, c’est un simple message de mobilisation, un peu comme 2007 Daba. Au contraire, le PPS appelle à un contrat politique qui passe par une réforme constitutionnelle”, nous explique un fin connaisseur des arcanes du PPS. Après les violentes charges d’Ismaïl Alaoui contre l’initiative d’El Himma, le vent de panique est en tout cas retombé. Et les grands esprits du PPS se disent rassurés : la transhumance vers la Haraka d’El Himma n’a pas eu lieu. Pour le moment !



Zoom. Quel “nouveau contrat” avec le Palais ?

Le contrat politique renouvelé que prône le PPS vise à replacer le politique au centre du débat. En d’autres termes, selon le politologue et (jeune) membre du bureau politique du PPS, Youssef Belal, “le discours sur la priorité économique et sociale n’a plus lieu d’être”. La participation au gouvernement serait-elle conditionnée par la réussite de ce contrat politique ? Au PPS, on n’écarte officiellement aucune option. On constate simplement que l’alliance avec la monarchie doit être renouvelée, en prenant acte de l’échec du “compromis historique” trouvé en 1998. En définitive, le PPS s’engage sur une voie qui est loin d’être nouvelle, celle d’une réforme constitutionnelle qui devra délimiter les prérogatives de la monarchie, avec un souci principal : éviter que ne se répètent les couacs de la formation du dernier gouvernement. Car “le taux de participation dérisoire est le résultat d’un manque de clarté dont tous les acteurs politiques, y compris le Palais, portent la responsabilité”, explique un cadre du PPS. Et d’ajouter : “Les Marocains ont manifesté leur besoin de transparence”. Seul hic à ce beau projet : le manque de persévérance, qui a toujours accompagné les revendications de réforme constitutionnelle.

 
 
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