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Par Souleïman Bencheikh
Congrès.
Ingénieurs. Laffaire Mourtada divise
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Sit-in de lAMDH en soutien
à Fouad Mourtada à Rabat.
à gauche, lemblématique
vice-président de lassociation,
Abdelhamid Amine.
(AFP)
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Treize ans après leurs dernières retrouvailles, les ingénieurs marocains se sont réunis pour un 6ème congrès qui sannonçait très politique. Au programme, des islamistes revanchards et un slogan qui revient en boucle : Libérez lingénieur Mourtada !
Dimanche 2 mars, Rabat. Il est 9 heures du matin et lEcole mohammadia des ingénieurs (EMI) est désertée par ses gardiens habituels. Le temps dun week-end, les militaires qui encadrent les élèves-ingénieurs ont en effet cédé la place à des pèlerins venus des quatre coins du royaume. Ce sont près de 750 ingénieurs qui se |
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réunissent à lappel de lUnion nationale des ingénieurs marocains (UNIM). Dans les allées verdoyantes de lEMI, les participants à ce 6ème congrès national évoluent par petits groupes. Les plus désorientés suivent le parcours fléché, qui les guide vers la salle de conférences. Dans quelques instants, elle sera le théâtre dun spectacle très attendu, pour lequel tout ce beau monde sest déplacé : lélection des dirigeants de lUNIM. Beaucoup nauraient manqué lévénement pour rien au monde. Et la plupart ont dailleurs assisté à la quasi-totalité des débats depuis lavant-veille au soir. Après treize ans de silence, nos ingénieurs ont décidément envie de faire entendre leur petite musique et ils veulent sorganiser pour peser dans le débat politique.
Car cest bien de cela quil sagit, de politique. Il suffit dailleurs de scruter lassistance pour sen rendre compte. Ce sont en fait deux clans qui saffrontent jusque dans les regards, parfaitement silencieux : 200 combattants du progrès font face à 150 barbes et quelques voiles. La bataille est équilibrée, mais tout sauf civilisée. Petit aperçu : On en a marre de vous entendre parler de changement alors que vous êtes au pouvoir, à lUNIM comme au gouvernement, et que vous vous en mettez plein les poches, ségosille un jeune cravaté à la barbe déjà fleurie. Réponse du tribun offensé : Je gagne 30 000 DH après 35 ans de carrière ! De quoi maccusez-vous ? Vous, à moins de 30 ans, combien gagnez-vous ?. Silence gêné et puis, dans un souffle : 15 000 DH. Des débats houleux, on vous disait
Réseaux et dissensions
Dans les travées de lamphithéâtre, les commentaires vont bon train et aucun nest dénué darrière-pensées. Je ne sais pas ce que veulent les islamistes. Nous sommes des scientifiques. La religion na rien à faire ici, se plaint un ingénieur encarté à lUSFP. Et dajouter : Au lieu de présenter des livres de mécanique ou de génie civil, les militants dAl Adl Wal Ihsane nont avec eux que des ouvrages qui traitent de religion. Comment peut-on former des ingénieurs performants et ouverts sur le monde avec ce genre de démarche ?. Depuis le 5ème congrès national, tenu en décembre 1994, le rapport de force entre islamistes et progressistes a bien évolué. Comme il a gagné le reste de la société, lislamisme na pas épargné les écoles dingénieurs. Lhistorien Pierre Vermeren, auteur dune thèse sur les élites maghrébines, va même plus loin : Les écoles d'ingénieurs de second rang, peuplées par les éléments des classes moyennes, ont été le premier terreau des mouvements islamistes en milieu universitaire. Elles produisent aujourd'hui une contre-élite politique et sociale qui piétine aux portes du vrai pouvoir.
Comme en réponse, un sympathisant dAl Adl wal Ihsane confie son malaise : Il nest pas normal que les diplômés décoles dingénieurs françaises trustent tous les postes, avec la complicité de lélite francophone socialiste. Lingénieur marocain est avant tout musulman. Dailleurs, les valeurs de lislam sont dun grand secours pour tous ces ingénieurs qui travailent dur sans espoir de reconnaissance. Car ce serait le réseautage qui ferait défaut aux ingénieurs diplômés des écoles nationales. À ce niveau, les témoignages abondent et les rancoeurs semblent tenaces : tel cadre du ministère de lEquipement se souvient des vagues de nettoyage qui touchent épisodiquement les EMIstes, au profit des diplômés décoles dingénieurs françaises. Tel autre insiste sur labsence remarquée, lors de ce 6ème congrès national, des polytechniciens, centraliens et autres pontistes : Pourquoi ne sont-ils pas là ? Cest quils ont presque tous leurs propres réseaux, ils se font repêcher à tel ou tel poste grâce à leurs connexions.
Soudain, Amine !
Ce 6ème congrès national a particulièrement mobilisé, et Abdelhamid Amine y est pour beaucoup. Car lomniprésent vice-président de lAMDH est aussi lorganisateur de ce conclave dingénieurs. En fin stratège, Amine a su capitaliser sur tous les registres : samedi 1er février, devant les portes de lEMI, avait lieu le sit-in de soutien à Fouad Mourtada. Organisé à lappel de lAMDH dans le cadre de la campagne de mobilisation en faveur du faux prince de Facebook, ce sit-in est un franc succès. En une demi-heure, ce sont plus de 200 militants qui serrent les rangs en scandant des slogans tous plus évocateurs les uns que les autres : Non à la justice aux ordres !, Liberté pour lingénieur Mourtada !, Non aux condamnations politiques !
Avec un Fouad Mourtada diplômé de lEMI en 2005, loccasion de faire dune pierre deux coups était trop belle. Abdelhamid Amine a ainsi battu le rappel de toutes ses troupes, au risque dentretenir la confusion. Car ce nest pas la très consensuelle EMI, ni dailleurs lUNIM, qui se mobilisent en faveur de leur fils emprisonné. Linitiative dAmine nétait dailleurs pas du goût de tous les congressistes. Je suis contre la confusion des genres. Nous ne sommes pas ici pour parler dun cas particulier, mais pour évaluer le rôle de lingénieur dans la société, argumente un syndicaliste de lUMT.
Jusquau prochain congrès, lUNIM a quatre ans pour faire avancer ses idées. Mais lesquelles ? Car avec une petite quarantaine délus pour les progressistes et une grosse trentaine pour les islamistes (sur les 75 représentants élus le 2 mars), la voie est loin dêtre tracée. La bataille promet dêtre rude et de longue haleine. En attendant, les élèves-ingénieurs ont repris leur paisible routine, encadrés par des militaires très policés, qui regrettent presque que leur école ait, pendant trois jours, focalisé lattention des médias. Ici, personne ne se souvient plus de rien : loin des malheurs de Fouad Mourtada, les étudiants en uniforme préfèrent garder un silence gêné. |
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