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Par Abdeslam Kadiri,
avec agences

Russie. Un tandem au Kremlin

Dimitri Medvedev, le nouveau
président russe, et son mentor
et (futur) Premier ministre,
Vladimir Poutine.
(AFP)

La Russie vient d’élire son nouveau président, Dimitri Medvedev. Sa première mission, de loin la plus ardue : tenter d’exister dans l’ombre de son mentor et Premier ministre, Vladimir Poutine.


Sans surprise, Dimitri Medvedev a remporté haut la main l’élection présidentielle russe, avec plus de 70% des suffrages, devançant largement ses rivaux, le communiste Guennadi Ziouganov et l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski. Le scénario de ces élections était en fait connu d’avance, Medvedev étant le dauphin désigné de son prédécesseur, Vladimir Poutine,… qui était déjà assuré d’occuper le
fauteuil de Premier ministre. Et un tour suffit à faire élire le nouveau président, en dépit de la colère des opposants russes, des protestations des capitales européennes sur la transparence du scrutin et de l’appui timide de Washington.

Poutine a tenu parole. Il part, comme il l’avait promis, pour mieux rester en tant que chef du gouvernement. Car loin de passer le relais, Poutine a opté pour un “plan B” inédit dans un régime présidentiel fort : un tandem au sommet de l’Etat, où il entend bien rester aux commandes en tant que Premier ministre. N’a-t-il pas lancé le 14 février que le gouvernement était “l’exécutif suprême” ?

Dans un premier temps, Poutine est assuré de garder l’ascendant sur un successeur qui lui doit tout, jusqu’à son élection. Medvedev s’est en outre contenté d’incarner, tout au long de sa campagne électorale, la continuité du plan de Poutine.

Le pouvoir en partage
Poutine et Medvedev vont donc échanger leurs places et deux centres de décision vont apparaître le 7 mai, date de la passation de pouvoir. La situation n’est pas inédite, mais suffisamment rare. Le tsar Nicolas II s’était retrouvé dans le même cas avec son Premier ministre Stolypine. Comment va fonctionner ce tandem ? Comment les deux hommes vont-ils se répartir les prérogatives ? Qui sera chargé des principales structures (services de sécurité, ministères de la Défense et de l’Intérieur) ? Qui représentera le pays dans les grandes rencontres internationales ? Interpellé au cours d’une conférence de presse, Dimitri Medvedev s’est borné à répéter que sa politique serait “une continuation directe de celle de Vladimir Poutine”. Ce dernier a, de son côté, laissé entendre qu’il ne souhaitait pas être un Premier ministre de pacotille, dévoilant (déjà) un plan économique s’étendant jusqu’en 2020, que le gouvernement sera chargé d’appliquer.

Medvedev sait qu’il n’aura pas la tâche facile. Les défis qui l’attendent sont colossaux. Dans le domaine économique, le risque de la stagnation guette. Les systèmes de santé et des retraites sont délabrés. Une nouvelle accélération de l’inflation (11,9% l’an dernier), lorsque les prix des produits alimentaires seront libéralisés, est également prévisible. Quant à la croissance (autour de 8% en 2007), elle demeure étroitement dépendante des cours du pétrole, matière première dont la Russie est le deuxième exportateur mondial.

Et que fera Medvedev dans la sphère sociale, après voir été chargé ces deux dernières années, au sein du gouvernement, des “projets nationaux”, destinés à améliorer les conditions de vie de ses compatriotes (logement, éducation, santé, etc.) et à inverser le déclin démographique ?

Sur le plan international, Dimitri Medvedev a pris soin de répéter que “c’est le président qui détermine la politique extérieure, en vertu de la Constitution”. Mais il ne sera vraisemblablement pas tenté d’infléchir la marche de la diplomatie russe, facteur important de la popularité de Poutine.

L’héritage de Poutine
Car Medvedev sait que son mentor jouit d’une cote de popularité inégalée (80%). L’héritage est lourd. Poutine incarne le retour à la stabilité et à une certaine prospérité économique, après le chaos post-soviétique et deux guerres de Tchétchénie qui ont traumatisé une partie de la population. Pour convaincre l’électeur de voter pour son dauphin, Poutine n’a cessé de marteler ses vérités : l’homme de la stabilité, du rétablissement de l’unité de l’Etat et du retour de la Russie sur la scène internationale, c’est lui. L’homme qui a tourné la page des années eltsiniennes, c’est aussi lui. Et voter Medvedev, c’est voter la continuité du régime poutinien.

Sous Poutine, les retraites ont commencé à être payées, le salaire moyen mensuel a été multiplié par six (375 euros) et l’économie carbure avec près de 8% de croissance annuelle. La dette extérieure a été remboursée dans sa totalité. Et les caisses de l’Etat croulent sous les pétrodollars. Pour les défenseurs du régime, cette “stabilité” justifie la reprise en main musclée de la société et l’étouffement de tous les contrepouvoirs russes. Les opposants sont arrêtés et brutalisés, réduits à faire de la figuration (Garry Kasparov). Les droits de propriété ne pèsent pas et la justice est téléguidée. Certains opposants critiquent ce mirage russe. Quid de la stabilité politique et économique ? Les investissements étrangers ont été orientés vers la consommation massive au lieu de la production. Le pays est toujours autant gangrené par la corruption (la Russie se place au 163ème rang mondial dans le classement de Transparency International).

En restant au pouvoir, Poutine préserve aussi les intérêts de son clan, comprenant les anciens du KGB, originaires de Saint-Pétersbourg, qui occupent des postes-clés au sein de l’administration présidentielle, du gouvernement ou à la tête des grands groupes publics.



Bio-express. Le poulain de Poutine

En apparence, tout sépare Dimitri Medvedev de son mentor, Vladimir Poutine : visage poupin et réserve pour le premier, regard sévère et déclarations fracassantes chez le second. Fils de professeurs et juriste de formation, Medvedev a enseigné le droit à l’Université de Saint-Pétersbourg. C’est là qu’il fit la rencontre de Poutine, au début des années 90. Il rejoint plus tard le “Comité des relations extérieures” de la mairie, berceau de l’élite russe des années 2000, alors dirigé par Poutine. Il y reste cinq ans, et s’y fait remarquer en apportant des solutions juridiques dans des affaires qui auraient pu éclabousser son mentor. Il touche aussi au monde des affaires, entrant au conseil d’administration d’une entreprise de bois et de papier. Après le départ de l’équipe réformatrice du maire Anatol Sobtchak, Medvedev reprend sa carrière d’enseignant jusqu’en 1999, quand Poutine le rappelle à Moscou, pour en faire son directeur de campagne lors des élections présidentielles de mars 2000. Dans la foulée, Medvedev prend la tête de l’administration présidentielle ainsi que celle du conseil d’administration du géant gazier Gazprom, gravissant les marches du pouvoir en toute discrétion. À partir de 2005, sa nomination comme vice-Premier ministre chargé des grands projets nationaux fait de lui l’un des dauphins de Poutine. Sa désignation marque la victoire des “libéraux” sur les “siloviki”, les anciens du KGB et de l’armée. Depuis, il n’a qu’un credo : la fidélité à Poutine.

 
 
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