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N° 314
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Pour Zakaria Boualem, la conclusion est claire : plus rien ne veut rien dire.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem fait comme si de rien n’était. Il simule l’indifférence, la joue tranquille. Mais au fond de lui, il sent bien que tout est en train de partir de travers. Il vit les derniers instants d’un système de plus en plus bancal. Et il est ici question d’un système mondial. Oui, oui, ce n’est pas la modestie qui l’étouffe, le Boualem, il n’a pas peur de parler de l’avenir du monde, comme ça, discrètement. Comment en est-il arrivé à cette étrange conclusion, lui qui demeure d’ordinaire scotché à son quotidien comme Khalid Labied à la ligne de touche ? Une série d’éléments, un faisceaux d’indices qui, mis bout à bout, deviennent clairs.

Cela a commencé avec la Chine. Soudain, ils sont devenus partout. Oui, ce n’est pas français mais c’est très clair, alors on va le réécrire : les Chinois sont devenus partout. Un exemple tout de suite. Zakaria Boualem a appris qu’en février dernier avaient eu lieu les championnats d’Europe féminins de tennis de table, du ping-pong pour les nostalgiques. C’est une Néerlandaise qui a gagné, après avoir battu successivement une Luxembourgeoise, une Allemande et une Polonaise. C’est très bien, Zakaria Boualem est content pour elle. Après une enquête minutieuse, il est apparu que la Néerlandaise s’appelait Li Jiao, la Luxembourgeoise Ni Xia Lan, l’Allemande Wu Jiaduo et la Polonaise Li Qian. La même enquête, toujours financée par cet estimable magazine, permet d’affirmer que la championne
d’Afrique de tennis de table est elle aussi née en Chine. Les keffiehs palestiniens, ceux qu’aiment porter les altermondialistes pour montrer leur engagement courageux envers les opprimés, sont fabriqués en Chine, les coupe-ongles du monde entier aussi et même les poupées à l’effigie de Saddam Hussein. En Algérie, les maçons sont devenus chinois et au Maroc, les femmes de ménage philippines. Autrement dit, on s’attaque même au savoir-faire ancestral des pays du Tiers-monde, on ne respecte plus rien, et même les guerraba en rouge sont menacés. On est obligés d’arrêter la liste, parce qu’il n’y a plus de crédit pour continuer cette investigation.

Ce mardi, Arsenal a battu le Milan AC sur son terrain en Champion’s league. Rappelons qu’Arsenal, à la base, c’était l’équipe des ouvriers londoniens qui travaillaient dans les usines d’armement. Dans cette équipe, il n’y a plus d’ouvriers, il n’y a plus de Londoniens. Il n’y a même plus de Britanniques. Il a fallu attendre la seconde mi-temps pour voir un joueur anglais entrer sur la pelouse. Il s’appelle Walcott, retenez son nom.

Pour Zakaria Boualem, la conclusion est claire : plus rien ne veut rien dire. Tout est partout et vice-versa. Il n’y a plus que Nicolas Sarkozy qui continue de parler de frontières et d’immigration choisie. Juste une parenthèse pour rendre hommage au génie de cet homme, qui a réussi à faire croire aux Français qu’avant qu’il n’arrive, il suffisait de vouloir aller en France pour y être invité à coups de marhba bik, allah ya ouddi… Si cette période a jamais existé, Zakaria Boualem ne l’a jamais connue. Revenons au sujet : les frontières ne veulent plus rien dire, elles vivent leurs derniers jours. C’est l’argent qui fait la loi.

Donc Zakaria Boualem se prépare à cette nouvelle donne. Maintenant, tout est désormais possible pour lui, à part sans doute de se retrouver ailier gauche à Arsenal ou joueuse de ping-pong chinoise. Il s’attend à être viré de son boulot et remplacé par un Chinois dix fois plus efficace. Un type redoutable, qui, pour un bol de riz par semaine et un week-end de congé par an, pourra abattre le boulot de toute une banque, syndicat compris. Mais il peut aussi profiter de l’offre des Canadiens, qui lui proposent une maison et un boulot dans une zone désertique avec l’engagement d’y rester jusqu’à ce qu’on vienne le chercher. Ça ne lui fait pas peur, les zones désertiques - il a grandi à Guercif. Après, c’est juste une question de thermostat. Oui, l’étendue des possibles s’est brutalement agrandie. Préparez-vous, vous êtes prévenus.

 
 
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