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Par Youssef Zeghari
BD. Des bulles pour le dire
Avec une première bande dessinée dédiée au troubadour soussi Lhaj Belaïd, Larbi Babahadi défend, à sa manière, la mémoire amazighe.
La bande dessinée serait-elle la meilleure manière de revenir sur lhistoire occultée du Maroc ? Oui, répond sans hésiter Larbi Babahadi, enseignant retraité reconverti dans les bulles. Les Marocains ne lisent plus et la BD peut les réconcilier à la fois avec la culture littéraire et leur mémoire. Lhomme aux cheveux grisonnants et au sourire figé vient de publier, aux éditions Sapress, sa première uvre du genre, |
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sobrement intitulée Lhadj Belaïd et dédiée au célèbre poète et chanteur berbère du début du 20ème siècle. Pourquoi donc le dessin, et pourquoi Lhaj Belaïd ?
Né à Safi en 1949, Babahadi (Babs pour les intimes) se souvient davoir toujours dessiné. Dabord enfant, sur les créations des potiers de sa ville natale, ou sur les pupitres de son école primaire à Agadir, où sa famille est revenue à sa terre originelle. Un retour aux sources douloureux, puisque Larbi perd 8 frères et surs dans le tremblement de terre de 1960, avant que sa famille ne se retrouve parquée dans un bidonville. Plusieurs années et quelques bêtises plus tard (Il a fallu que je devienne un voyou pour survivre dans mon quartier), le jeune Larbi senvole pour lHexagone suivre des études de lettres, financées par une foule de petits boulots (chauffeur de poids lourds, dessinateur sérigraphe
). Tout en préparant son doctorat, lhomme tâte du marxisme, goûte à la vie de bohème et dessine même des T-shirts pour un certain Bob Marley, suite à une rencontre lors dune soirée enfumée. De retour au Maroc au début des années 80, Babs forme les futurs professeurs de français du pays
et travaille dans la conception demballages alimentaires pour joindre les deux bouts.
Une histoire à revisiter
Cest finalement une hospitalisation qui poussera Larbi Babahadi à replonger dans ses racines amazighes et à laisser derrière lui autre chose que des dessins sur des boîtes de conserve. Lidée de mettre en dessins la vie de Lhaj Belaïd mest venue pendant un séjour en clinique. Ma réelle thérapie, cétait les chansons de ce troubadour, qui tournaient en boucle dans ma chambre, explique-t-il. Le résultat : un album de 41 pages, en noir et blanc, avec un dessin au trait volontairement simple (Ça parle mieux à la majorité des Marocains, explique lauteur), relatant le parcours extraordinaire dun homme devenu une légende. Le tout accompagné des textes écrits par le raïss, en caractères latins, tifinaghs et arabes, dans les langues française et amazighe. Des écrits qui chantent la passion de lamour et la beauté des femmes. Berger, acrobate puis enseignant dans une médersa, Lhaj Belaïd a longtemps tu ses talents de musicien. La BD raconte comment il fit son coming out, criant à ses collègues : Dieu a autorisé les gens à vendre leurs biens. Mon unique bien est ma musique : laissez-moi vendre ma musique !. Ainsi démarra la carrière du chanteur, apprécié par le Maréchal Lyautey et ami du maestro égyptien Mohamed Abdelwahab, qui fit la fierté de Mohammed V lorsquil enregistra ses premiers 45 tours avec le label français Pathé Marconi. La mort en 1946 du maître de la chanson soussie na pas signé la disparition de son uvre. Aujourdhui encore, il nest pas rare de tomber sur des reprises de ses tubes, en version reggae ou salsa : le groupe gadiri Amarg Fusion avait dailleurs largement puisé dans ce legs matière à ses chansons. Un héritage que Larbi Babahadi brandit aujourdhui comme un étendard : Lhistoire du Maroc ne commence pas avec larrivée des arabes. Il est nécessaire de revenir sur les pages du passé berbère, du Maroc à la Tunisie, et récupérer chez les historiens européens les aventures dHannibal et de Juba (Ndlr, rois berbères de lAntiquité), sinsurge-t-il.
Prochaine étape : une nouvelle bande dessinée, confectionnée à quatre mains avec son frère Hafid et intitulée Les racines dArgania. Une fresque retraçant la partie marocaine de la mythologie grecque, où lon retrouve Hercule déambulant dans le Jardin des Hespérides, près de Larache, où les pommes dor ne sont que de vulgaires oranges. En attendant, rendez-vous est donné à LInstitut français dAgadir, pour une séance de dédicace le 28 mars. Avis aux fans
de Lhaj Belaïd. |
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