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Par Hicham Smyej
Agriculture. Des labels pour le terroir
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Le safran de Taliouine aura bientôt
droit à une appellation
dorigine protégée.
(MATROP)
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Des produits emblématiques de lagriculture marocaine bénéficieront bientôt de labels certifiant leur origine et leur qualité. Objectif : développer le marché à lexport et donner une impulsion au développement des zones rurales.
La France a son camembert de Normandie, lItalie ses noisettes du Piémont et lAngleterre sa bière brune de Newcastle. Bientôt, le Maroc aura aussi son safran de Taliouine, son huile dolive de Ouezzane ou encore sa sardine de Safi. En effet, en vertu du projet de loi relatif aux signes distinctifs d'origine et de qualité des denrées alimentaires |
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et des produits agricoles et de la pêche, différents produits du terroir marocain pourront bénéficier dun label dindication géographique (IG) ou dappellation contrôlée (AO), permettant leur identification et, surtout, la certification de leur provenance et de leur méthode de fabrication.
Lesprit de cette loi est tout sauf une nouveauté. Sa genèse remonte en réalité aux années 80, avec un texte plus ou moins similaire, inscrit dans le cadre de la valorisation des produits agricoles par le ministère de lAgriculture. Mais il faudra plus dun quart de siècle pour quil prenne corps, sous la forme dun projet de loi déposé fin 2006 au Secrétariat général du gouvernement. Adopté le 23 janvier dernier par la Chambre des représentants, le projet de loi est actuellement en discussion au sein de la Chambre des conseillers. À lorigine, ce texte devait également inclure des dispositions relatives aux produits de lagriculture biologique, avant dêtre scindé en deux parties à la demande du département de Abdessadek Rabiî.
Un circuit commercial plus équitable
La loi concernera différentes catégories de produits : les produits animaux (viandes, poissons, lait
), les produits végétaux (fruits et légumes, plantes médicinales
) et les produits transformés (huiles, fromages
). Et chacune de ces catégories pourra prétendre à trois types de signes distinctifs : lindication géographique (IG), lappellation dorigine (AO) et le label agricole (LA). Seule exception dans cette liste : les produits de vitiviniculture, qui disposent déjà dun arsenal de classification spécifique (lire encadré).
Question : à quoi servira la création de ces labels ? Réponse de Abderrahmane El Hilali, directeur de la protection des végétaux, des contrôles techniques et de la répression des fraudes au ministère de lAgriculture : La labellisation des produits du terroir permettra de certifier leur origine et leur qualité. Cela aura pour effet de valoriser certains produits issus de lagriculture. Et de poursuivre : Des produits dont la typicité ou la qualité méritent dêtre protégées, pour éviter quun savoir-faire soit exploité par des personnes peu scrupuleuses, au détriment des populations qui en sont les vrais détenteurs. Objectif : améliorer lorganisation de la production et favoriser la création de richesses en zone rurale, dans le but de booster le développement économique local. Aujourdhui, ce sont surtout les intermédiaires qui profitent de laura des produits du terroir, au détriment des producteurs, explique Abderrahmane El Hilali. La labellisation permettra la mise en place dun circuit de commercialisation structuré, transparent et plus équitable.
Sur le plan pratique, le projet de loi détaille les conditions de reconnaissance, denregistrement, dutilisation et dexploitation des signes distinctifs dorigine et de qualité. Ainsi, pour obtenir un label, les producteurs (regroupés en association ou en coopérative) devront se conformer à un cahier des charges préparé par une Commission nationale spécifiquement créée à cet effet. Composée par des scientifiques et des représentants des professionnels, elle sera la seule habilitée à décider de lacceptabilité dun enregistrement.
Et une fois une appellation dorigine ou une indication géographique accordée à un produit, elle fera lobjet dun double enregistrement auprès du ministère de lAgriculture (avec publication au Bulletin officiel) et de lOffice marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC). Et selon les cas, lOffice transmettra lenregistrement et le cahier des charges y afférents au réseau international de lOrganisation mondiale de la propriété industrielle (OMPI), pour obtenir une protection des appellations au niveau international, précise Abderrahmane El Hilali.
Des amendes de 500 000 DH !
Sur le terrain, tout groupement de producteurs dun produit labellisé, dans laire géographique concernée par lidentification géographique, peut utiliser lappellation, mais après le passage dun organisme de certification et de contrôle. Le ministère assurera lencadrement des petits producteurs et des coopératives qui nont pas les moyens de payer un organisme de certification. On peut aussi penser à un financement par le biais des communes rurales, ajoute El Hilali. Quant aux contrôles de conformité, ils seront assurés par des agents de la division de la répression des fraudes. Et gare aux fraudeurs : le projet de loi prévoit en effet des sanctions plutôt sévères. Ainsi, les utilisateurs de labels déjà déposés sont passibles damendes pouvant atteindre les 50 000 DH. Cette amende peut culminer à 500 000 DH dans le cas dune personne utilisant un label ou un signe se référant à une appellation dorigine sans avoir lautorisation de la Commission nationale.
Mais pour saisir lintérêt de la labellisation, il faut plutôt chercher du côté des marchés à lexport, notamment européens, friands de produits typiques. Le Maroc possède des atouts agronomiques, gastronomiques et géographiques qui méritent d'être exploités pour la valorisation des produits agricoles et alimentaires sur le marché international, fait remarquer El Hilali.
Et qui sait ? Avec un peu de chance, lors dune prochaine escapade parisienne, vous pourrez probablement vous offrir des dattes Majhoul de Tafilalet, dans une jolie boîte métallique estampillée Hédiard. |
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Exception. Le vin, précurseur des AO
Dans la longue liste des produits agricoles qui pourront bénéficier des labels dindication géographique et dappellation dorigine prévus par la loi 25/06, un seul produit, largement diffusé, manque à lappel. Il sagit des produits de la viniculture. Le vin aurait-il été victime dun ostracisme législatif ?
Que nenni ! En réalité, le secteur de la vitiviniculture dispose depuis 1977 de ses propres textes relatifs à lindication géographique et aux appellations dorigine. Les indications géographiques et les appellations dorigine font partie du cur de métier des viticulteurs. Cest pour cela que les textes ont été mis en place depuis une trentaine dannées, indique Mehdi Bouchaâra, directeur général adjoint des Celliers de Meknès. Dautant que lenjeu dépasse la question de limage ou du prestige : sur le marché français, les vins marocains bénéficiant dappellation dorigine sont commercialisés en franchise de droits de douane, alors que les vins sans label y sont soumis. Le Maroc compterait ainsi près dune douzaine dappellations dorigine garantie (les mieux exportés étant les Gerrouane et Béni Mtir), alors que les Coteaux de lAtlas reste le seul vin marocain bénéficiant dune appellation dorigine contrôlée. Lattribution et le contrôle de ces labels est confiée à une commission dédiée (Commission nationale de la vitiviniculture), présidée par le ministre de lAgriculture et comprenant des représentants de lassociation professionnelle ASPRAM (Association des producteurs de raisins au Maroc) et de différents départements du ministère des Finances.
Et si les vins nont pas été intégrés dans la nouvelle loi, cest aussi parce que leur classification est bien plus complexe que celle (bientôt) appliquée aux autres produits agricoles. Si la loi avait repris les modalités propres aux appellations vinicoles, elle serait devenue une véritable usine gaz, ironise Mehdi Bouchaâra. |
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