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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Donner l’exemple

Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)

Pour donner l’exemple, il faut d’abord être exemplaire. Et ça, le Palais ne l’a pas encore compris.


Mohamed Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi, a donc repris le FUS (Fath union sport). Il ambitionne d’en faire un club de niveau européen avec stadium et business center, joueurs aux maillots griffés, produits dérivés et supporters par centaines de milliers (à fort pouvoir d’achat de préférence). Pour cela, il a mis sur pied un comité directeur frisant l’idéal : un banquier de haut vol, un ministre, un expert en marketing et télécoms… Objectif : rentabiliser le FUS, bien sûr (et
plutôt dix fois qu’une !), mais aussi “donner l’exemple” afin qu’à l’avenir, d’autres investisseurs audacieux prennent d’assaut d’autres clubs, et fassent du football marocain une industrie moderne, productrice de rêve, de grand spectacle et de centaines de millions de dirhams.

De son côté, Fouad Ali El Himma, ami intime du roi, a lancé un parti politique (ne jouons pas sur les mots, c’est ce que ça va devenir assez vite). Il ambitionne d’en faire une formation moderne, ouverte sur tous les talents et les compétences, avide de servir le Maroc à coups de mémorandums démocratiques, de programmes chiffrés et de pôles d’excellence (peuple des Rhamna, debout !). Pour ce faire, il a réuni autour de lui une dream team dont le parti démocrate américain n’aurait pas à rougir. Objectif : remporter les élections, bien sûr, (2012, si ce n’est 2009), mais aussi “donner l’exemple” afin qu’à l’avenir, les autres partis se mettent à niveau, se regroupent – ou disparaissent – transformant ainsi le champ politique marocain en une arène saine et compétitive au service du roi, du peuple, de la croissance économique et du développement humain.

Pourquoi pas, après tout ? Si tout cela marche comme prévu, ce serait le rêve. Seuls quelques mauvais coucheurs continueraient à déplorer, par principe, que le mouvement vers le haut ait été initié par le Palais. Et alors ? Ça vaut mieux que pas de mouvement vers le haut du tout, non ? Le Palais, d’ailleurs, n’en est pas à son coup d’essai. Il y a deux décennies, Hassan II avait décidé de faire du poussiéreux Omnium nord africain un holding ancrée dans la modernité, dirigé par de jeunes loups bien nés et hautement diplômés (avec à leur tête, son gendre). Objectif : faire de l’argent, évidemment, mais aussi (et déjà) “donner l’exemple”, afin d’encourager les capitalistes marocains à bâtir les grands groupes qui feront notre économie de demain. 20 ans plus tard, l’ONA est ce qu’elle est, mais il y a aussi Finance.com, les groupes Chaabi, Akwa, Addoha, etc. Bravo ! Sauf que…

Sauf que, pour qu’un exemple soit suivi, il doit être… “suivable”. Les initiateurs de “l’exemple” le veulent-ils vraiment ? S’il n’avait pas eu autant de démêlés avec le Palais, Chaabi aurait pu aller beaucoup plus loin, beaucoup plus haut. Peut-être même plus haut que l’ONA. C’est aussi pour avoir rêvé au leadership (quoi de plus légitime, pour un entrepreneur ?) que Othman Benjelloun s’est retrouvé, un temps, en guerre ouverte avec le Palais – avant d’être contraint, par lucidité, à minorer ses ambitions. Ne parlons pas des autres, dont les (gros) intérêts sont intimement liés à ceux de la Cour. Et pour en revenir à Majidi et El Himma… évidemment, que leur “exemple” est impossible à suivre ! Qui d’autre peut mobiliser, uniquement sur son nom et sa proximité avec qui vous savez, autant d’atouts pour réussir ? Qui d’autre peut mater, comme par miracle, cet ogre malfaisant nommé administration, ennemi résolu de l’initiative et de la prise de risque ? Qui d’autre peut bénéficier d’une “prime au vote”, parce que les électeurs sont convaincus d’avoir affaire à un lieutenant de Dieu plutôt qu’à un candidat “normal” ? Personne, évidemment…

Donner l’exemple, c’est bien, très bien, même. Mais cela ne sert à rien si ceux qui le donnent ne partent pas à égalité avec ceux qui sont censés le suivre. Cela ne sert à rien non plus, si les plus talentueux et les plus autonomes des “suiveurs” savent d’avance que jamais, jamais on ne les laissera dépasser, ni même atteindre le niveau des “suivis”. Pour donner l’exemple, il faut d’abord être exemplaire, en tous points. Et ça, le Palais ne l’a pas encore compris.

 
 
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