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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“Un pédophile, ça peut être n’importe qui”

Najat Anouar, Présidente de
Touche pas à mon enfant
(DR)

Antécédents

1966. Naissance à Sidi Kacem.
1990. Licence en droit à Fès.
2004. Fonde l'association Touche pas à mon enfant.
2006. Lance www.touchepasamonenfant.org
2008. Est nominée pour Khmissa.

Smyet Bak ?
Allal Al Boukari Dlimi.

Smyet Mok ?
Drissia Ida Bidda.

Nimirou d’la carte ?
Je ne suis pas folle pour vous le donner.

Ah bon, pourquoi donc ?
Nous traitons d’un sujet sensible qui est la pédophilie. Si nous étions en tête-à-tête, je vous en aurais même donné une photocopie. Mais là, non, désolée.

Vous avez peur de quoi au juste ?
Je vous rappelle que mon mari est agent d’autorité, je ne veux pas le mettre en difficulté.

Ah oui, c’est vrai, c’est le pacha d’Agadir. Ça consiste en quoi exactement ?
Je pense que tout le monde sait...

Rien n’est moins sûr, madame...
Eh bien, c’est le grade en dessous de celui de gouverneur.

Et un bacha, ça mène une vie de pacha ?
Oh non, ça c’était avant. Mon mari est un pacha moderne, un fonctionnaire en somme.

C’est quoi le féminin de pacha ?
Je ne sais pas, je ne pense pas que ça existe.

Vous venez d’être nominée pour Khmissa. Vous êtes heureuse ?
Oui, car c’est une sorte de reconnaissance de notre combat et une occasion de plus de parler de notre cause.

Vos trois enfants sont nés à l’étranger, alors que vous y passiez des vacances. Entre nous, vous le faites exprès ?
Oui et je ne m’en cache pas. C’est pour leur permettre d’avoir une carte en plus. Peut-être que le jour où ils seront en âge d’étudier, je ne serai plus là, ou bien je n’aurai pas les moyens de financer leurs études. Or, avec une nationalité canadienne ou américaine, je sais qu’ils auront l’opportunité d’étudier dans un pays qui délivre des diplômes reconnus.

Vous êtes pessimiste pour l’avenir de votre pays ?
Non, du tout, mais je ne veux pas les priver d’un atout supplémentaire dans la vie.

Combien de cas avez-vous traités depuis la création de Touche pas à mon enfant ?
Nous n’avons pas comptabilisé le nombre exact, mais nous avons recensé plus d’une centaine de plaintes.

Pourtant, il doit y avoir beaucoup plus de cas que ça. Vous avez l’impression que votre travail sert à quelque chose ?
Oui, car chaque jour de nouveaux membres frappent à notre porte. Aujourd’hui, Touche pas à mon enfant compte plus de 500 membres. Pour nous, c’est une réussite.

Que prévoit la loi en cas de crime pédophile et qu’en pensez-vous ?
Le Code pénal punit ce crime de 2 à 10 ans de prison. Il y a quelques années, une personne reconnue coupable de pédophilie écopait seulement de deux ans de prison, comme un simple pickpocket. Mais depuis quelques années, les juges appliquent mieux la loi. Mais il reste encore beaucoup à faire.

Comme quoi par exemple ?
Le Maroc doit appliquer les conventions internationales des droits de l’enfant. L’article 34 en particulier, qui stipule que les témoignages d’enfant sont recevables. Au Maroc, quand une famille porte plainte pour pédophilie, les juges lui demandent souvent s’il y a des témoins du crime, ce qui est une aberration.

La pédophilie vient-elle de l’étranger ou bien existe-t-elle chez nous ?
Les deux. Certains touristes profitent de l’indigence des mineurs pour abuser d’eux. Mais chez nous aussi la pédophilie est presque inscrite dans la culture. Prenez le cas des ghoulams, c’est une tradition qu’on traîne depuis des siècles.

Existe-t-il un profil type du pédophile ?
Pas vraiment. Cela peut être n’importe qui. Votre voisin, un membre de votre famille, votre patron.

Vous êtes bénévole. Comment faites-vous pour vivre ?
Hamdoullah, j’ai un mari qui travaille et qui subvient aux besoins de la famille. Le bacha paie pour ses enfants... (rires).

Est-ce que vous aimez les flashs et les projecteurs ?
Sincèrement, non. Je préfère travailler dans l’ombre. Ce n’est qu’un an après la création de Touche pas à mon enfant que j’ai commencé à communiquer via la presse, pour ne pas laisser certains journalistes commettre des erreurs.

Votre travail a de quoi démoraliser un dinosaure. Pourtant, vous avez toujours la pêche. Vous faites comment ?
Cela me sert à recharger les batteries. Sans quoi, je ne pourrais pas continuer.

 
 
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