|
Propos recueillis par
Karim Boukhari
Politique.
Mohamed Elyazghi. LUSFP a besoin dun numéro 1
|
Mohamed Elyazghi
(TNIOUNI / NICHANE)
|
Le zaïm démissionnaire revient sur les élections 2007, son rôle de ministre dEtat, son pèlerinage à la Mecque, ses rapports avec le roi, etc. Edifiant.
Monsieur le ministre dEtat, nous ne nous sommes pas vraiment habitués à vous appeler Haj Elyazghi
Vous devriez. Beaucoup ignorent que jai effectué trois fois la Omra, par le passé. Le Haj, le vrai, je my suis rendu récemment (ndlr : quelque temps après les législatives de septembre 2007) sur invitation du roi.
|
|
Si lon se fie à une certaine tradition protocolaire, les expéditions à la Mecque sont plutôt le lot des leaders en difficulté. Quen pensez-vous ?
Il ne faut pas suranalyser les situations. Je répète que cest le roi qui ma désigné à la tête de la délégation officielle qui a conduit le dernier moussem dh Haj. Pourquoi devrais-je refuser une telle sollicitation ? Il ny a strictement aucune conclusion à tirer de mon voyage à la Mecque.
En quoi consiste le boulot dun ministre dEtat sans portefeuille ?
Mon travail touche à tous les secteurs de lactivité gouvernementale. Jassiste à toutes les commissions interministérielles. Je touche à tout. Le statut de ministre dEtat est tout le contraire dune planque. Il est accordé à des hommes dexpérience, dont le gouvernement et le pays ne peuvent que tirer profit. Un ministre dEtat, cest un numéro 2, après le Premier ministre.
Cétait votre choix, dhériter de ce statut de ministre dEtat (sans portefeuille) ?
Je nai jamais dit cela. Ce statut, comme vous dites, cest la réponse du roi au conseil national de lUSFP, tenu dans la foulée des élections, et par lequel le parti réclamait une participation gouvernementale à la hauteur de son poids réel, historique, sur léchiquier politique national, pas seulement de son dernier score électoral.
Est-ce que vous avez envisagé, à un moment ou à un autre, de ne pas participer à lactuelle mouture gouvernementale ?
personnellement, et en tant que Premier secrétaire du parti, jai exposé toutes les hypothèses devant le conseil national du parti. Y compris lhypothèse dun retour de lUSFP à lopposition. Cest le parti qui a tranché, par le vote, pour la participation.
Le parti na-t-il pas perdu en influence depuis quil a quitté lopposition, avec lavènement de lAlternance en 1998 ?
Nous sommes aujourdhui dans une période où lon sinterroge. On se pose des questions sur le parti, son organisation, sur ses relations avec le peuple. Mais on ne perd pas de vue nos engagements, dont celui de la Koutla que lon forme avec lIstiqlal et le PPS. Et je vous fais remarquer que la Koutla, en tant quensemble, est arrivée en tête des dernières élections.
Septembre 2007 na-t-il pas été un échec pour lUSFP ?
Le parti a désigné une commission interne qui a fait le tour de la question, relevant même les grandes interrogations qui sont les nôtres en ce moment. À titre personnel, ce qui ma le plus frappé, cest le très faible taux de participation. Cela interpelle tout le monde. Jen ai fait part au roi : Vous avez vous-même lancé un appel aux citoyens (daller voter). 63% au moins des citoyens ont dit non. Cest grave et dangereux à la fois. Cela met en péril toute notre construction démocratique.
Cest un échec pour tout le monde, la monarchie comprise ?
Echec, le mot est fort. Mais il y a problème.
Avec le recul, que faut-il retenir de la manière dont a été composé le gouvernement au lendemain des élections ?
Je retiens dabord que le roi a appliqué la logique démocratique (en désignant un Premier ministre parmi le parti vainqueur). Le Premier ministre a mené toutes ses consultations, il a eu le soutien du roi pour constituer le gouvernement. Il y a eu un problème, peut-être un malentendu, avec le Mouvement populaire, qui a fait basculer ce parti dans lopposition.
Et les ministres estampillés USFP, qui les a proposés ?
Cest moi. Mais je répète que le bureau politique était mis au courant pour toutes les réunions consultatives que jai pu avoir avec le Premier ministre.
On dit que vous avez refusé certains ministres
On nous a proposé que Touria Jabrane devienne ministre (de la Culture) au nom de lUSFP, nous avons dit non, parce quelle était sans appartenance politique. On nous a également suggéré Mohamed El Gahs comme ministre, nous avons refusé parce que ce nest pas le parti qui lavait choisi.
Abbas El Fassi a dit, lors dune rencontre avec la presse, que les numéros 1 des partis devaient se présenter aux élections. Et quils devaient démissionner en cas déchec. Ne vous êtes-vous pas senti visé, au même titre quun Ismaïl Alaoui, votre autre partenaire de la Koutla ?
Abbas El Fassi ne peut pas démissionner à la place des autres. Ce quil a dit lengage et le concerne. Mais je me rappelle quil mavait dit, à la veille des élections : Si jéchoue, je démissionne (du parti).
Vous avez gardé un contact avec Abderrahmane Youssoufi, votre prédécesseur à la tête de lUSFP ?
Si Abderrahmane a fait le choix de se mettre en retrait par rapport à la vie du parti. Mais le contact est maintenu, bien entendu. On se rencontre, comme lors de mon retour du pèlerinage à la Mecque.
Comment jugez-vous lhomogénéité supposée du gouvernement El Fassi, par rapport à celle de léquipe Jettou ?
On est pratiquement dans la même situation.
LUSFP est-il encore supérieur, dans le Maroc daujourdhui, à un parti comme le PJD ?
LUSFP est grand par son présent, son avenir, mais aussi son passé. Si le Maroc a acquis des avancées, notamment dans le domaine des libertés publiques, cest en grande partie grâce aux combats menés par le parti depuis plus de 30 ans. LUSFP appartient au peuple marocain et à son histoire, il a pu influer sur les décideurs de ce pays, jusquà leur plus haut niveau, celui du roi. Le parti a occupé une grande place, hier dans lopposition et depuis 1998 dans les rangs du gouvernement.
En septembre 2007, lUSFP est arrivé derrière le PJD, sans que cela ne surprenne personne
Septembre 2007 nest pas un repère suffisamment significatif. La faiblesse du taux de participation relativise beaucoup de choses. Nous, à lUSFP, nous aurions été clairement catastrophés si notre score avait été le même mais avec un taux de participation normal. Ce nest pas le cas
Pour revenir au PJD, beaucoup ont oublié que le parti a perdu près de 100 000 voix entre les scrutins de 2002 et 2007.
LUSFP a perdu encore plus de voix que le PJD, de 2002 à 2007
Oui, mais tout est relatif. Et puis, dans labsolu, le rapport de forces entre les uns et les autres nest pas une donnée figée. Cela évolue en fonction de la règle démocratique.
Quels sont vos rapports avec le roi, vous que la rumeur politique qualifie de peu proche du souverain ?
Mes rapports avec le roi sont très bons, tout simplement. Il ne faut pas prêter loreille aux rumeurs.
La gauche, USFP en tête, a toujours milité pour des réformes constitutionnelles, avec lidée de réduire les larges prérogatives royales. Mais on a limpression que le discours nest clairement revendiqué que dans les moments de faiblesse, de frustration, quand les rapports de forces sont défavorables au(x) parti(s). Quen pensez-vous ?
Cest faux, complètement. Ce genre de discours est erroné. Pour ne parler que du passé récent, ces revendications étaient clairement les nôtres en 1991, ou encore en 2007, avant les élections. Cela ne correspond à aucune faiblesse de notre part.
Vous êtes toujours le numéro 1 de lUSFP ?
Jai quitté mon poste de premier secrétaire, je suis toujours membre du bureau politique même si je mabstiens de participer à ses réunions. Mais je prends part aux réunions du conseil national, qui est le Parlement du parti.
Est-il possible que vous soyez reconduit à la tête du parti à lissue du prochain congrès, prévu avant lété 2008 ?
Je ne suis pas candidat.
Le parti est aujourdhui sans numéro 1. Vous avez un favori pour votre succession ?
Jai fait des propositions, qui sont entre les mains de mes camarades. Il peut y avoir jusquà trois candidats. Si vous voulez mon avis, je pense quil serait bien que les candidats éventuels se manifestent, se déclarent, bien avant le congrès.
Y a-t-il un profil idéal, selon vous ?
Cest à la commission préparatoire (au congrès) délaborer ledit profil. Sil y a lieu, bien sûr. Dans tous les cas, je ne crois pas à une direction collective pour le parti. |
 |
Casting gouvernemental. Ce que le roi nous a dit
Mohamed Elyazghi a édité un surprenant DVD, avec lenregistrement, sur une quarantaine de minutes, de son intervention lors du congrès national de lUSFP du 11 janvier 2008. Il y explique, dans le détail, la composition de la dream team gouvernementale de Abbas El Fassi. Morceaux choisis :
(
) Quand jai dit au Premier ministre désigné que lUSFP revendiquait sept portefeuilles ministériels, le roi a appelé Abdelouahed Radi : Elyazghi pose des conditions rédhibitoires à une participation gouvernementale. Il ne veut pas de lUSFP au Parlement ?. Jai alors indirectement répondu au roi que ce sont, là, des consultations, des négociations. Et que cest au Premier ministre de nous dire ce quil accepte, et ce quil refuse, de nos revendications.
(
) Il y a des ministères dont le bureau politique ne voulait pas, comme lEducation et des Finances. Mais un jour, Driss Jettou, Premier ministre sortant, a dit à Abbas El Fassi, en présence de Fathallah Oualalou : Il nest pas normal que Oualalou et moi (Jettou) nous nous retrouvions tous les deux en dehors du gouvernement, alors que nous avons planché sur le budget de lEtat. Etant donné que je quitte le gouvernement, Oualalou doit y rester. Le bureau politique sest alors de nouveau réuni, et il a décidé de changer de position, en revendiquant cette fois le portefeuille des Finances. Le roi en a décidé autrement
(
) Quand le Mouvement populaire avait officiellement basculé en dehors du gouvernement, je sortais de chez Abbas El Fassi. Il devait être minuit, et le roi ma alors appelé au téléphone pour mannoncer que les ministères qui allaient revenir au MP allaient échoir aux autres partis de la coalition. LUSFP devait récupérer deux ministères, dont celui de lEmploi, qui devait initialement revenir au secrétaire général du MP, en plus dun autre ministère. Mais les positions que je défendais tout au long des négociations, et le fait que jai toujours refusé, contrairement aux autres partis, que lon nous dicte les noms de nos ministres, cest ce fait-là qui nous a valu de récupérer un seul ministère (ndlr : celui de lEmploi, échu à Jamal Aghmani) ont fait que nous navons récupéré quun ministère de plus, au lieu des deux promis.
(
) Contrairement à ce que certains prétendent, le ministère dEtat, dit sans portefeuille, nest pas un sac à dos, cest la réponse du roi au conseil national, qui avait exigé que lUSFP soit traité en fonction de son poids politique et historique, pas de son score électoral.
(
) Il est vrai que jassume personnellement la responsabilité dans le choix des ministres USFP. Jassume. Mais si je nai pas discuté des noms dans le cadre du bureau politique, ou du conseil national, cest pour éviter des débats néfastes au sein de ces instances, étant donné que beaucoup de ministrables y siégeaient.
(nb : le choix et la traduction des extraits sont de la responsabilité de TelQuel).
|
|
|