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Par Majdoulein El Atouabi
Criminalité. Retours à la case prison
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En prison, il est aussi possible
détudier. Mais peu de
détenus sautent le pas.
(AFP)
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Véritable fléau des prisons marocaines, la récidive enfle, enfle. Société civile et administration pénitentiaire redoublent pourtant defforts pour combattre le phénomène.
Depuis 1998, date de sa première condamnation, Mohamed B. a séjourné à huit reprises en prison, soit une moyenne dune détention par an. Motif invariable de ces incarcérations à répétition : des vols à larraché. Et tout semble indiquer que sa prochaine sortie sera suivie dun énième passage par la case prison.
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Comme Mohamed, ils sont des milliers de Marocains à faire le va-et-vient entre la rue et la prison. Dans le jargon juridique, cela sappelle la récidive. Il nexiste pas de statistiques sur halat al aouda (cas de récidive) au Maroc. Cest un phénomène certes assez répandu, mais qui ne concerne essentiellement quune catégorie précise de délinquants : des jeunes, condamnés à des peines légères dans des affaires liées à lusage et au trafic de drogues, ainsi quà des délits comme la prostitution et les vols mineurs, explique Mohamed Lididi, directeur de ladministration pénitentiaire. Même son de cloche du côté de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus. Créé en 2002, cet organisme ne dispose pas non plus de chiffres sur la récidive. Ce nest pas notre rôle de dresser de telles statistiques, se contente dopposer lun de ses dirigeants
avant de se lancer dans une longue énumération du travail accompli par la Fondation dans la réintégration des détenus dans le tissu social. Ne restent alors que les estimations de certaines ONG spécialisées, telle lAssociation relais prison-société, montée il y a deux ans par Youssef Madad, ancien cadre de lObservatoire marocain des prisons : Il nexiste guère de données officielles sur la récidive, mais nous estimons son taux entre 50 et 65%, variable en fonction des villes et des prisons.
Un taux de récidive de 65% !
Lévaluation de Youssef Madad est largement partagée dans les milieux de la justice et, surtout, de la police. Il nous arrive fréquemment darrêter des voleurs que nous venions de coffrer quelques mois plus tôt. Au moment de leur arrestation, nombre dentre eux gardaient encore en poche le fameux permis de sortie de prison de couleur orange, nous confie un inspecteur de la brigade criminelle de Casablanca. Cest surtout fréquent au lendemain des fêtes religieuses et nationales, où des milliers de délinquants sont graciés et relâchés dans la nature. Les rubriques des faits-divers des quotidiens nationaux rapportent régulièrement les cas de délinquants arrêtés
le jour même de leur libération, parfois à quelques centaines de mètres du pénitencier quils venaient de quitter.
Colportées par la rumeur, ces anecdotes ont fini par installer une certitude : si on ne craint plus dy revenir, cest que la prison ne fait plus aussi peur quauparavant. Faux, rétorque le sociologue Jamal Khalil, auteur dune étude sur le milieu carcéral au Maroc. La prison est toujours cette inconnue qui inspire peur et crainte au commun des mortels. Les criminels, eux, sont des gens qui vivent déjà dangereusement en liberté. Même sils appréhendent la prison, celle-ci ne change finalement presque rien à leur mode de vie. Ce qui ne réduit en rien leur souffrance, notamment psychologique, derrière les barreaux.
Mohamed Lididi voit les choses différemment : Dans le passé, la prison avait un rôle de châtiment. Une fois derrière les barreaux, le prisonnier devait y subir un traitement dégradant, physiquement et psychologiquement, de manière à le dissuader dy retourner. Et quen est-il aujourdhui ? Cette conception punitive de la prison est révolue. Nous sommes plutôt dans une logique de rééducation des détenus. Et ce nest pas évident pour ceux qui sont condamnés à une courte peine, ajoute-t-il.
La prison, moins dissuasive ?
Des prisons mythiques comme Lâalou à Rabat, Aïn Ali Moumen à Settat ou Lâader à El Jadida agissaient en effet comme des épouvantails. Les conditions de détention qui y sévissaient suffisaient pour dissuader les plus impénitents des prisonniers. Actuellement, certaines de ces prisons ont été fermées, tandis que dautres ont été réformées pour accueillir leurs pensionnaires dans des conditions plus décentes. Mais de là à comparer les prisons marocaines à des pénitenciers modèles, il y a un pas que lon ne saurait franchir. Nos prisons sont loin dêtre parfaites, reconnaît Mohamed Lididi. Des dérapages existent toujours. Les besoins sont énormes et les problèmes sont légion. Parmi ces derniers, lexiguïté des locaux et son corollaire, la surpopulation carcérale, sont constamment épinglés par la société civile. Certains y voient même à la fois une cause et une conséquence de la récidive. Le Maroc compte 59 prisons, qui hébergent environ 60 000 détenus. Dans ces pénitenciers, lespace imparti à chaque prisonnier ne dépasse pas les 2 m2, loin de la norme internationale qui est de 4,5 m2. Comment voulez-vous, dans ces conditions, que ladministration pénitentiaire joue son rôle de rééducateur des détenus ?, sinterroge Youssef Madad.
En plus des campagnes de grâce régulières, dont le but inavoué et de soulager les pénitenciers, cette surpopulation incite les juges à prononcer des peines demprisonnement de plus en plus courtes. Résultat : au lieu de profiter des programmes de formation et de réinsertion prévus par ladministration pénitentiaire, des milliers de détenus marocains séjournent en prison
juste le temps daffûter leurs compétences criminelles. Comment donc sortir de ce cercle vicieux ? Tout simplement en évitant que les peines privatives de liberté soient prononcées de façon systématique, répond Jamal Khalil. Amorcée depuis plusieurs années déjà, la réforme du Code pénal tarde toujours à venir. Parmi les dispositions révolutionnaires quelle devrait introduire : les peines alternatives, comme les travaux dintérêt général, voire le port du bracelet électronique. Longtemps axée sur lexclusion, la politique pénale au Maroc a changé dorientation durant les dernières années, argumente Youssef Madad. Malgré le manque de moyens et la résistance de certaines mentalités, on sachemine vers une politique carcérale prenant davantage en considération le côté humain. Ce qui contribuera certainement à réduire le taux de récidive. Il ne coûte rien dêtre optimiste... |
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Réinsertion. Lécole des barreaux
Lieu demprisonnement, les prisons marocaines sont aussi des centres de formation et dapprentissage. Chaque année, des centaines de détenus, formés dans diverses disciplines professionnelles (de la plomberie à la menuiserie, en passant par la mécanique, lagriculture ou la chaudronnerie), y décrochent des diplômes reconnus. Ces diplômes ne portent de surcroît aucune mention de leur origine carcérale. Selon les dernières statistiques établies par ladministration pénitentiaire, le nombre des diplômés dans les prisons marocaines a atteint en 2006 un total de 1759 personnes. Seulement huit prisons sont équipées pour délivrer une formation professionnelle. Nous souhaitons les étendre à lensemble des prisons, mais les moyens manquent, explique Mohamed Lididi. Le coût dun seul atelier peut atteindre les 6 millions de dirhams, sans compter les consommables qui avoisinent les 8000 DH par an et par détenu. Ladministration pénitentiaire mise également sur la scolarisation et, surtout, lalphabétisation. En 2006, 3500 détenus ont profité de programmes dalphabétisation, mais seulement 1623 (dont 118 femmes), ont pu obtenir leur diplôme. En haut de léchelle, 56 prisonniers ont réussi à décrocher des diplômes universitaires. |
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