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Par Abdeslam Kadiri,
avec agences

Espagne. Viva Zapatero

José Luis Zapatero, saluant les
militants du PSOE après la victoire
du parti aux législatives.
(AFP)

Les socialistes ont remporté les élections législatives face au Parti populaire. Mais faute de majorité absolue, José Luis Rodriguez Zapatero devra nouer des alliances pour constituer son gouvernement.


Les socialistes espagnols peuvent pousser un ouf de soulagement. Le PSOE est sorti vainqueur des élections législatives, tenues dimanche 9 mars, avec 43,64% des votes contre 40,12 % pour le Parti populaire. Le parti de José Luis Zapatero a même amélioré son score, en obtenant 169 sièges de députés, cinq de plus qu’en 2004.

Pour autant, le chef du gouvernement sortant n’aura pas les coudées franches, puisqu’il lui manque sept sièges pour atteindre la majorité absolue. Il faut dire que le PSOE avait face à lui une droite revancharde, qui a musclé son discours. En outre, les alliés les plus stables des socialistes pendant la dernière législature, les écolo-communistes d’Izquierda Unida et les nationalistes catalans de gauche d’ERC, ont été laminés. Et c’est précisément le report de ces voix sur le PSOE qui explique la victoire de Zapatero. “Zapatero repasse et le PP échoue, mais les deux sont contraints à entamer une sérieuse réflexion”, analysait dans son éditorial El Pais, le premier quotidien espagnol.

Même s’il a jugé prématuré de parler d’alliances, Zapatero va devoir ménager les nationalistes catalans de Convergence et Union (CiU) et les Basques du Parti nationaliste basque (PNV) pour pouvoir former son gouvernement. Mais le patron du PSOE s’est montré par le passé très habile pour négocier au coup par coup ou de façon plus formelle.

Attendu au tournant
Comme en 2004, c’est sous le choc que l’Espagne a voté. Deux jours avant le scrutin, Isaias Carrasco, ancien conseiller municipal socialiste, a été assassiné au Pays Basque, acte attribué à l’ETA par la droite comme par la gauche. Dans un contexte d’émotion, les Espagnols ont refait confiance à Zapatero, l’homme arrivé au pouvoir par surprise en mars 2004 au lendemain des attentats de Madrid. Les Espagnols se rappellent qu’en l’espace de quelques années, Zapatero a changé le visage du pays, balayant l’Aznarisme. D’abord par une batterie de lois progressistes qu’il a promulguées : mariage homosexuel, égalité des sexes, pénalisation des violences conjugales, simplification du divorce… Une claque pour une Espagne encore engoncée dans une certaine pudibonderie. Le chef du gouvernement a aussi relancé l’économie du pays, avec un taux de chômage réduit à 8% et trois millions d’emplois créés en quatre ans. Et sur le plan international, il a pris ses distances avec l’atltantisme d’Aznar, pour mieux se renforcer au sein de l’UE.

Mais la situation a évolué. Aujourd’hui, Zapatero sait qu’il est attendu au tournant. Même s’il reste très populaire, la seconde partie de son mandat l’a légèrement, mais incontestablement, affaibli. La droite lui reproche ainsi les négociations infructueuses avec l’ETA et la réforme du statut de la Catalogne (et plus largement l’autonomisation des régions). L’Eglise, quant à elle, avait appelé les électeurs, de manière implicite, à se détourner des socialistes.

La politique d’ouverture de Zapatero envers les nationalistes n’a pas été remise en question, loin de là. Et ses priorités restent les mêmes : les jeunes, les femmes, les retraités et les démunis. Mais il devra surtout faire face à de grands défis économiques. Inflation galopante, chômage en progression, moteur du bâtiment grippé, déficit commercial accentué… le tableau de bord de l’Espagne économique vire depuis quelques mois au rouge. “Cette législature aura pour principal objectif l’impulsion économique”, a d’ailleurs reconnu Zapatero. C’est que l’Espagne est en train de flancher sous l’effet conjugué du contexte international et de la fin du boom de l’immobilier. La croissance devrait s’essoufler (2,7 %), alors que l’inflation est plus élevée que dans le reste de la zone euro. Les prix ont grimpé, suscitant la grogne de ménages déjà très endettés par leurs emprunts immobiliers. “Le principal défi est la croissance, il va y avoir moins de création de richesses”, explique à l’AFP José Villacis, professeur d’économie à l’université San Pablo CEU, à Madrid.

PP, la remise en question
Après quatre ans d’opposition rageuse et systématique contre le chef du gouvernement socialiste, le PP s’est avéré incapable de convaincre au-delà de sa base conservatrice. Le grand parti de droite a cependant obtenu le deuxième meilleur score de son histoire (40,12 %) et a fortement progressé, recueillant plus de 10 millions de voix. Son groupe parlementaire s’agrandit (153 sièges au total). Lors de sa campagne, Mariano Rajoy a misé sur des thèmes “électoralement” payants : immigration contrôlée, pouvoir d’achat et insécurité. Il a aussi accusé le PSOE de briser l’unité du pays et de capituler face à l’ETA. “Un triomphe en termes de soutien populaire, un échec en termes de conquête de pouvoir. Voilà l’équation à résoudre pour le PP”, déclare à l’AFP le sociologue Ricardo Montero, jugeant probable “l’ouverture d’une période de tensions au sein du parti”.

Pour le sociologue de gauche Fermin Bouza, le PP va devoir se réformer s’il veut un jour revenir au pouvoir. “Il doit chasser en terrain ennemi, au centre gauche. Mais cela exige un changement de modèle d’opposition et de stratégie politique, car l’électorat de centre gauche est beaucoup plus laïc, ouvert et moins radical”, ajoute-t-il. La presse espagnole de droite plaide d’ailleurs à demi-mot pour un recentrage de la droite. Le journal ABC estime que le PP a su fidéliser sa base avec “une politique d’opposition dure, sans ménagement et quelquefois très antipathique. Mais il n’a pas été capable de construire une plateforme gagnante”.

Mariano Rajoy pourrait être le premier à payer la facture. Certains cadres du PP n’ont pas attendu ce revers et se livrent depuis plusieurs mois une sourde et furieuse guerre de succession. Ce Galicien débonnaire avait promis qu’en cas de défaite, il se mettrait à la disposition de son parti. D’après Fermin Bouza, “il se pourrait qu’il retarde un peu la décision (de partir), pour ne pas aggraver le sentiment de défaite”.

Il faut surtout retenir de ce scrutin la forte bipolarisation de la vie politique espagnole. À eux deux, le PP et le PSOE raflent 84% des voix ! Un record qui illustre la permanence de l’affrontement entre deux Espagnes aux visions diamétralement opposées : l’une conservatrice, défendant les valeurs traditionnelles et le centralisme de l’Etat, l’autre moderniste, qui prend le parti de la laïcité et de la décentralisation.



Profil. L’enfant prodige du PSOE

Socialiste modéré et réformateur hardi, José Luis Rodriguez Zapatero a réussi son pari de conquérir dimanche un second mandat à la tête de l’Espagne, confirmant que sa victoire surprise de 2004 ne fut pas “un simple concours de circonstances”. Petit-fils d’un républicain fusillé par les franquistes en 1936, Zapatero avait pris le pouvoir au PSOE en 2000, face à José Bono. Il avait adhéré au parti à 18 ans, avant de devenir en 1986 (après une courte carrière de professeur de droit) député de Leòn (nord) et longtemps le plus jeune parlementaire espagnol. Cet ex-avocat de 47 ans, marié à une chanteuse lyrique et père de deux enfants, s’est imposé comme le porte-parole d’un socialisme européen en berne. Optimiste, il a pris de gros risques, pas toujours appréciés au sein des franges centristes de son propre camp, en élargissant le statut d’autonomie de la Catalogne et en tentant, comme ses prédécesseurs, une négociation finalement stérile avec les indépendantistes de l’ETA. Cela restera son plus grand échec. Zapatero a toutefois su convaincre les Espagnols de voter pour sa formation grâce à des points-phares de son programme : augmentation de 26% des pensions de retraite d’ici à 2012, création de 2 millions d’emplois, réduction du taux de chômage à 7% et construction de 150 000 logements sociaux avant fin 2008.

 
 
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