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N° 315
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB considère que pour chaque situation de la vie, il existe une métaphore footballistique.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Exceptionnellement, cette semaine, nous allons parler de football dans cette page. Ceux qui s’en foutent peuvent donc directement tourner la page et gagner un temps précieux pour travailler d’arrache-pied à l’édification du Maroc moderne. Ceux qui, comme Zakaria Boualem, considèrent que pour chaque situation de la vie il existe une métaphore footballistique vont se régaler. Parce que l’histoire que Zakaria Boualem va vous raconter est incroyable, et bien entendu véridique. Ça se passe en Amérique centrale, lors d’un tournoi qui ressemble un peu à la Coupe arabe et qui regroupe les clubs de la région. Les organisateurs du tournoi - la Shell Carribean Cup - décident d’inventer une règle : ils suppriment le match nul, imposent systématiquement des prolongations avec but en or à la clé. Ledit but en or comptera double lors du goal-average. Cette étrange règle était censée favoriser le jeu offensif, mais il n’est pas exclu qu’elle soit le résultat de l’orgueil d’un législateur local, vexé de devoir laisser au Maroc le monopole de l’absurde législatif.

Jusqu’ici, tout va bien. Le match dont il est question oppose La Barbade à la Grenade. Pour se qualifier, La Barbade devait gagner par deux buts d’écart, et ils mènent un à zéro à quelques minutes du coup de sifflet final. Ils ont le choix entre deux options. Soit ils essayent de marquer le deuxième but pendant les dernières minutes, soit ils laissent la Grenade égaliser, obtiennent les prolongations et disposent alors d’une pleine demi-heure pour marquer un but en or… qui compte
double. Ils optent pour la seconde option, et - histoire de ne rien laisser au hasard - marquent contre leur camp, tout seuls, comme des grands. Mais la Grenade, dès la remise en jeu, se dit qu’elle aussi peut marquer contre son camp pour éviter la prolongation et le risque de but en or qui compte double. Alors les joueurs de la Grenade se ruent vers leurs propres buts pour marquer. La Barbade se précipite pour protéger le but de ses adversaires. La Grenade n’arrive pas à marquer contre son camp, alors elle essaie de marquer dans l’autre but et on regrette vraiment de ne pas avoir les images de cette fin de match.

Je ne sais pas combien de lecteurs courageux sont encore avec nous. Je ne sais pas si vous avez tout compris, je ne sais pas si c’est clair, je ne sais pas si cette chronique participe à la construction du Maroc moderne, et je ne sais pas si il y a une construction du Maroc moderne. Mais je sais qu’en imaginant la scène, celle d’une équipe qui essaie de marquer dans n’importe quel but, opposée à une autre équipe qui protège les deux buts en galopant comme des chèvres de l’Atlas, Zakaria Boualem a rigolé comme un bossu. Finalement, la Barbade décroche la prolongation, marque le but en or, et les dirigeants de la Concacaf modifient le règlement. Voilà, l’histoire est finie, et les connaisseurs auront apprécié. Ceux qui souhaitent plus d’absurde footballistique peuvent se ruer sur l’excellent site sofoot.com. Et, puisque cette chronique n’a ni queue ni tête, Zakaria Boualem souhaite vous conseiller un autre blog, excellent lui aussi : fhamator.blogspot.com. Il n’y a aucun rapport avec le début de la chronique, mais je ne vois pas pourquoi on serait les seuls à essayer de faire quelque chose de logique. La preuve : la Fédération marocaine vient apparemment de nommer Baddou Zaki à la tête de la sélection nationale. Partant de là, on ne voit pas pourquoi on devrait faire des efforts de cohérence. Zaki, anciennement viré, redevient soudain efficace et il prend la relève d’Henri Michel, récemment viré et anciennement efficace. Ceux qui virent les entraîneurs et qui les trouvent ensuite efficaces, avant de faire l’inverse, eux, sont toujours là. D’un seul coup, on n’a plus envie de se moquer des dirigeants du foot en Amérique centrale. Ils ont encore du boulot pour arriver à notre niveau.

 
 
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