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Par Souleïman Bencheikh
Affaires. La deuxième vie de Fouad Filali
Lancien patron de lONA fait un retour remarqué dans le monde des affaires. Après un projet à Marrakech en cours de finalisation, il se lance désormais dans le développement durable à Essaouira.
Peut-il y avoir une vie après lONA ? Peut-il y avoir une vie après le Palais ? Cest à cela sans doute que se résume léquation Fouad Filali. Lhomme a connu très jeune les ors de la gloire et les honneurs du pouvoir. Mais cela faisait presque dix ans quil avait quitté les circuits officiels et quil avait disparu de la scène médiatique. Plus de vingt ans |
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après sa nomination à la tête de lONA, lhomme, 54 ans, porte toujours beau. Une élégance discrète, beaucoup plus british quitalienne (la nationalité de sa mère). Lenfant terrible de la finance sest semble-t-il rangé. Mais il croit toujours en son flair. Dans les années 1980, comprenant la manne financière que pouvait représenter la grande distribution, il lançait le premier Marjane. Aujourdhui, Marjane et Acima sont devenus les vaches à lait de lONA. Des erreurs, jen ai fait, et jen ferai encore, concède-t-il pourtant, modestement. Mais cest avec lassurance du visionnaire et le sourire du conquérant quil présente son nouveau projet : Je pense que lavenir est à léconomie du développement durable. Et le Maroc a une carte à jouer.
Le projet de la discorde
Situé au sud dEssaouira, en plein cur de la forêt darganiers et en front de mer, le projet Al Maaden Argana porte sur 300 ha. Pour loccasion, Fouad Filali sest associé au groupe Alliances, dirigé par Alami Lazrak. Mais quand on linterroge sur le montant des investissements, Fouad Filali se fait fuyant : La presse a avancé un montant de 4 milliards de dirhams. Il sagit dune estimation de ce que pourrait rapporter Al Maaden Argana sur dix ou quinze ans, et non pas de mon apport personnel. Dailleurs, on peut bâtir un projet de 20 milliards sans y mettre un sou. Ce qui compte, cest la capacité à attirer les investisseurs. Voilà qui est dit : Fouad Filali a un nom, une histoire et des connexions. Plus quil nen faut pour attirer des capitaux qui se bousculeraient déjà au portillon. De son règne de treize ans à lONA, il a conservé des amitiés solides : le même Alami Lazrak, qui était alors directeur de pôle au sein du holding royal, ou Moulay Hafid Elalamy, que lon dit son ami le plus fidèle, ou encore Hamid Kadiri, lindétrônable empereur casablancais de la com. Si Fouad Filali entretient le mystère sur le montant de son apport personnel, il ne fait aucune difficulté pour reconnaître lampleur du projet Al Maaden Argana. À partir de 200 millions de dirhams, il est nécessaire dobtenir laval des autorités centrales à Rabat (ministères des Finances et du Tourisme), précise-t-il. Et cest là que réside pour linstant la difficulté : Nous avons eu des discussions avec les acteurs régionaux (wali, gouverneur, techniciens des Eaux et Forêts, population locale
) et tous ont semblé intéressés par notre projet. Mais cest maintenant à Rabat que tout va se décider : la Commission des investissements doit départager les concurrents avant juin. Car Fouad Filali nest pas le seul à convoiter lancienne Mogador. Les propositions dinvestissement sont légion. Lancien gendre de Hassan II tiendra-t-il la corde pour simposer sur un marché très concurrentiel ? Lappui dun André Azoulay, très regardant sur tout ce qui touche à sa ville natale, pourrait peser lourd dans la balance. Car, outre la société Etre (plus de 500 ha), le groupe espagnol de tourisme Unico est aussi sur les rangs, avec un besoin de près de 750 ha dans la même région. Autre paramètre à prendre en compte : un parc déoliennes de lOffice national de lélectricité près dEssaouira. Si on y ajoute la station balnéaire Mogador, ce sont cinq projets, privés ou publics, qui devraient se partager un même terrain de jeu. Gare aux voisinages difficiles ! La Commission des investissements devra trancher, mais tous les concurrents partent-ils avec les mêmes atouts ? Quand on connaît limportance quaccorde le roi au dossier de lénergie, lambition de Fouad Filali pourrait bien être sacrifiée sur lautel du besoin électrique, ou du moins être revue à la baisse. Certaines sources bien informées laissent d'ailleurs filtrer que Filali devra proposer un projet sur une superficie plus réduite.
Je suis un vieux renard
Al Maaden Argana est pourtant un projet qui se veut consensuel, un projet touristique éco-environnemental. Il est tellement important quil a besoin du soutien des autorités, argumente Filali. Les quelque 300 ha dinfrastructures sont prévus dans des zones déjà déboisées. Et les promoteurs dAl Maaden Argana proposent de réhabiliter 800 ha dune forêt darganiers en péril. Le constat de Fouad Filali est simple : en visite dans lune des régions les plus pauvres du Maroc, il est frappé par lexploitation à outrance de la principale ressource régionale qu'est larganier. De ses discussions avec les responsables locaux des Eaux et Forêts et avec Françoise Hélène Jourdain, architecte de renom dont les travaux sur larchitecture écologique font référence (par ailleurs conseillère du ministre français Jean-Louis Borloo), Fouad Filali se forge une conviction inébranlable : le développement durable est un secteur davenir. Je ne suis pas un philanthrope. Je ne suis pas non plus une fondation caritative. Mais je crois au développement durable en tant que secteur économique viable et rentable. Je minscris en fait dans une logique de rentabilité durable, résume le businessman, qui a définitivement le sens de la formule. Et dajouter : Le Maroc détient une richesse mal entretenue et qui risque de sépuiser, alors quil existe de véritables débouchés. Il est quand même dommage que les multinationales étrangères vantent les mérites des cosmétiques à base dhuile dargan, sans que nous en profitions à plein, alors que nous en sommes le premiers producteur. La loi sur les appellations dorigine contrôlée, récemment votée au Parlement, a en tout cas ouvert une brèche dans un secteur appelé à se développer. Expliquant son souci de préserver lidentité humaine et culturelle de la région et vantant les mérites dAl Maaden Argana, Fouad Filali va même plus loin : À léchelle mondiale, il nexiste aucune expérience de développement durable aussi importante. Grâce à nous, le Maroc pourrait acquérir une expertise internationale et être cité en exemple. Alors Fouad Filali, le grand retour ? Lex-gendre de Hassan II naime pas quon parle de lui comme dun revenant et le fait savoir : Je nai jamais disparu. Je nai dailleurs jamais quitté le Maroc. Jai vécu comme nimporte quel père de famille. Peut-être plus discrètement quavant, mais tout simplement parce que je navais plus les immenses responsabilités qui étaient les miennes. Et dajouter dans un clin dil rieur : Vous savez, je suis un vieux renard !. Si même lui le dit
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Profil. Le gendre idéal ?
Lancien patron de lONA est le fils de Abdellatif Filali, diplomate de carrière, ministre et Premier ministre de Hassan II. Mais cest sans doute de sa mère, dorigine italienne, que Fouad Filali tient son cachet tellement européen. En 1983, le jeune Fouad est un banquier prometteur de Wall Street, lorsque Hassan II le choisit, pratiquement sur fiches, pour devenir le mari de sa fille aînée, Lalla Meriem. La cérémonie a lieu l'année suivante et, en 1986, Fouad Filali est propulsé à la tête de l'ONA. Aux commandes de vingt mille salariés, Fouad ne se montre pas maladroit : l'ancien comptoir colonial devient un petit empire, présent dans l'agroalimentaire, les mines, la banque et la distribution. En quelques années, la valeur de l'action ONA est multipliée par dix. Fouad Filali, qui pilote lui-même les quatre jets que possède le groupe et bichonne avec amour sa collection de Cadillac, est alors au sommet de sa gloire. Mais au fil des années, des rumeurs veulent que le couple qu'il forme avec la princesse (ils ont deux enfants) commence à battre de l'aile. Au cours de l'été 1997, c'est le choc : Lalla Meriem obtient de son père qu'il consente au divorce. Convoqué, Fouad Filali sentend prononcer la sentence de la bouche du chambellan Brahim Frej. Il ne s'y oppose pas. Tout le monde spécule alors sur son prochain départ. Le roi maintient pourtant son ex-gendre à la tête de l'ONA jusqu'en avril 1999. Mais avec lavènement de Mohammed VI, la page du Palais est pour lui définitivement tournée. |
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Al Maaden Argana. Fiche technique
Le projet
Infrastructures touristiques (hôtels, résidences, villas, équipements sportifs) sur 300 ha, et un atelier dédié à la production et la transformation de larganier.
L'investissement
4 milliards de dirhams attendus dici 10 à 15 ans.
Les promoteurs
Fouad Filali en son nom propre et le groupe Alliances présidé par Alami Lazrak.
Lapport écologique
800 ha de forêts darganiers réhabilités, en partenariat avec le Haut commissariat aux Eaux et Forêts. |
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