Abdelaziz Laâfora. Un homme (de Si Driss) libre
Fouad Mourtada. "Je ne regrette rien"
Sahara. Le dialogue de sourds
Reportage. L'école de la deuxième chance
Tibet. Silence, on réprime
Affaires. La deuxième vie de Fouad Filali
Musique. Rap non grata
N° 316
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Maria A. Daïf

La semaine.

Raïss L’hajj Belaïd
et son ensemble.
(DR)

Evénement. Imazigh all the people


L’Institut français d’Agadir a réussi, en 2004, le périlleux pari d’adapter Les Justes, pièce de théâtre d’Albert Camus, en tachelhit. L’espace de plusieurs représentations, le carcan “folklorique” dans lequel la langue des Imazighen est encore enfermée a été brillamment brisé. Les Gadiris, pour remettre ça, ont concocté cette fois-ci tout un programme en l’honneur de la culture amazighe. Pas question ici de regard condescendant sur le sujet, encore moins d’un événement réducteur comme on en voit tant. De la musique d’abord. Des “rwaïss” (poètes
et chanteurs) contemporains reprendront des perles du répertoire de quelques-uns de leurs prestigieux aînés ; la diva Rkia Demsiria reprendra l’immortelle Fatima Tagourramt et Lhoucein Amentag, icône vivante, redonnera vie à L’haj Belaïd, lors d’un concert à l’IF le 27 mars. Une expo ensuite, celle de Rachid Fassih, professeur d’arts plastiques, autour du signe et du symbole amazighss (du 25 mars au 5 avril). Au menu également, Fragments, une pièce de théâtre en tamazight, darija et français, écrite et mise en scène par une universitaire qui planche sur son devoir depuis presque une année (le 25 mars). Cerise sur le gâteau, le 27 mars sera projeté Trésor de scopitones, documentaire sur ces juke-box à images prisés dans les années 60-70, et qui, dans les cafés des travailleurs immigrés, passaient en boucle les stars maghrébines et arabes de l’époque. Pour compléter le tout, une kyrielle de spécialistes discuteront de l’identité et du patrimoine amazighs (le 25 mars à la faculté de Lettres d’Agadir, partenaire de l’événement). Sans oublier la soirée contes, le 26 mars.


Cinéma. Quand on aime le cinéma...

L’intrigue tient à un fil (un tueur-fou traque un homme “normal”, qui a dérobé une valise d’argent), mais le scénario est riche et aussi bien réglé qu’une horloge suisse. Tout est envoyé au millimètre près, avec le cocktail d’humour et de cruauté qui a fait la réputation des frères Coen. Les fans sont en droit de penser au premier film des brothers in arms, Sang pour sang, pour la narration, la construction dramatique, qui avance, lente mais implacable, comme une lourde fatalité que rien ne peut enrayer, ni détourner de sa destination finale. Sans oublier la froideur de la lumière, le minimalisme des dialogues et ce côté Amérique profonde aussi débile qu’inquiétant. Les aficionados peuvent également sourire, au tout début, au clin d’œil appuyé (la voix off) à un autre chef-d’œuvre des Coen, The Big Lebowski. No country for old men est un must. Nous avions déjà dit tout le bien que nous pensions de ce diamant pur (TelQuel n°309). Ce rappel est destiné aux retardataires qui ont l’amour du cinéma et des acteurs (Javier Bardem et Tommy Lee Jones, exceptionnels) dans le sang.

No country for old men, au Mégarama.



Danse. L’aura capoeira

Association socio-culturelle installée à Rabat, Matissa organise dans la ville même, du 2 au 4 mai, la troisième Rencontre internationale de capoeira. Héritée des esclaves africains exploités sur les plantations brésiliennes, la capoeira est à la fois art martial, musique, histoire et éthique de vie. Respect, égalité, écoute, créativité, énergie de groupe : les valeurs qu’elle transmet en font un outil pédagogique efficace et peuvent transformer la vie d’un adolescent en difficulté. Rassemblant plus de 150 capoeiristes, dont trente percussionnistes d’Afrique, d’Europe et du Brésil, la rencontre, entre Villa des Arts et rive gauche du Bouregreg, sera dédiée au respect de l’environnement.


Peinture. Mahi sévit

Après Rabat, à la galerie Bab Rouah en novembre dernier, Mahi Binebine sévit cette fois-ci à Paris. Avril sera son mois, puisque trois prestigieuses galeries exposent quasi simultanément ses travaux récents. Un exploit pour un artiste-peintre marocain, qui a fêté en 2007 ses 20 ans de carrière picturale, couronnés par un beau-Livre qui cartonne et bientôt une consécration parisienne. Ainsi, du 16 avril au 16 mai, la prestigieuse galerie Enrico Navarra montrera ses dernières peintures et ses dessins récents seront doublement exposés à la galerie d’art contemporain Loft du 17 avril au 17 mai et à la galerie Bailly, du 2 avril au 2 mai. Mahi Binebine, qui, à peine revenu de Chine, est actuellement au Brésil pour une exposition mettant 15 artistes peintres marocains à l’honneur dont lui-même, Mohamed Mourabiti et Mohamed Bennani (le tout dans le cadre d’un événement culturel à l’honneur du Maroc, à Sao Paulo).
L’artiste, prolifique et siégeant honorablement au panthéon des artistes marocains les plus cotés, boucle la boucle, met Paris et le monde dans sa poche et figurera bientôt parmi 5 artistes marocains contemporains triés sur le volet, dans un livre sur l’art contemporain dans le monde arabe, édité par la galerie Enrico Navarra.


Docu. Folie’s marrakchies

“Il n’y arrivera jamais !”, s’était dit Rim Mathlouti, en apprenant que Claude Thomas, meneur de revues lillois, voulait créer le premier dîner spectacle marocain, avec boas et paillettes. Un Français débarquant au Maroc, dans un pays sans école de danse et à la pudeur chevillée au corps social ? C’est pourtant cette aventure, finalement menée à bien, que la réalisatrice franco-tunisienne a choisi comme sujet de son premier documentaire. “Les trente-sept artistes des Folie’s représentent autant de visages de la société marocaine. J’en ai choisi trois”. Du 24 mars à l’ouverture du cabaret, fin avril, Mathlouti suivra une femme qui a payé ses cours de danse avec des ménages, le rôle principal qui, priant parmi les plumes, trouve son équilibre entre sa religion et la scène, et un timide orphelin, dans son apprentissage à gérer l’argent qu’il gagne. Retenu au FIPA (Festival international de productions audiovisuelles) de Biarritz, cet intimiste 52 minutes a déjà été acheté par la télé belge RTBF.


Humour. Franche poilade en perspective

Le Dernier Comique est de retour. Et change de nom pour l’occasion : “On a décidé d’appeler ça le Meilleur Comique”, nous déclare Ali Bennani, à l’origine de ce spectacle de stand-up comedy, qui souffle sa deuxième bougie. Pourquoi cette mue Si Bennani ? “Ce show est un spectacle marocain, qui laisse une grande place à la darija. La traduction du Dernier Comique en arabe, ça ne veut pas dire grand-chose. Ahssan Comique en revanche est plus parlant”. Changement de lieu aussi au programme- du fait de la forte affluence du public lors de la première édition, mais toujours le même concept : “6 comiques qui se produiront sur scène et qui seront départagés par l’applaudimètre”, nous confirme Ali Bennani. Rendez-vous donc Samedi 29 décembre au Punjab. Juste une petite précision pour les retardataires : c’est premier arrivé premier servi.


Atelier. Clownerie en marche

Le rire, remède à tout ? Ce n’est sûrement pas Hernan Gené qui vous contredira. Cet habitué du cinéma, de la télévision et des scènes est devenu un spécialiste de l’art d’être clown. Et c’est à Casablanca que ce professeur d’anthropologie théâtrale atterrit, pour distribuer des nez rouges à la faculté de médecine de Casablanca en animant un “atelier de clown”, organisé par l’Institut Cervantes. Dans le cadre du Forum de la créativité de l’étudiant, la formation d’Hernan Gené se veut constructive par le rire : spontanéité, connaissance de soi, confrontation aux autres, improvisations…Le tout dans le but d’ouvrir les esprits à ce mode théâtral souvent associé, à tort, exclusivement aux enfants. De quoi égayer les plus grognons !

Du 26 au 30 Mars, Faculté de médecine de Casablanca.



Expérimental. Ô le beau Labo !

Un mouvement pour repenser l’art contemporain : c’est ce qui mijote dans les éprouvettes du Labo Factory. Lancée fin janvier, mais à l’œuvre depuis huit mois déjà pour confronter différents corps artistiques et intellectuels - plasticiens, vidéastes, poètes, peintres, danseurs, sociologues, écrivains… - l’association veut porter un regard neuf sur la société d’aujourd’hui. “Il ne faut pas rester dans son coin, seul avec son ego. Comme l’Inde, le Maroc a une culture de l’art contemporain à exporter”, encourage Véronique Engels, initiatrice du projet avec le poète Mohamed Hmoudane, la styliste Salima Abdel Wahab, la chorégraphe Bouchra Ouizgen et le peintre Abbassi. Une première création, Poésie et consommation, est en chantier. En recherche de lieux et de subventions, le Labo Factory projette des exhibitions itinérantes pour 2009.


Expo. C’est le Pérou !

Il n’y a pas que des lamas au Pérou. La Caisse de dépôt et de gestion, à Rabat, et l’Ambassade du Pérou le démontrent, en organisant une exposition collective de “peintres péruviens au Maroc”. Une flopée d’artistes, donc, qui viennent avec un regard certes contemporain, mais imprégné d’un bagage patrimonial haut en couleurs et cultures. Aux côtés de Joselito Sabogal, José Luis Alfaro, Tania Castro, Victor Zuniga, Jaime Antillaque ou encore de Vidal Bedoya, seront exposées les œuvres tout en finesse de Cuco (José Antonio Morales), les ombres travaillées de Carlos Leon et les toiles troublantes du très primé Jean-Paul Zelada. Un patchwork bigarré qui fait office de trace imagée d’un patrimoine culturel encore méconnu.

Jeudi 3 avril, Espace Expressions CDG, Place Moulay El Hassan, Rabat.




Humeur.
L’esprit des lois

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Driss Basri doit rire sous cape six pieds sous terre. Dans le cas de l’affaire Belliraj, il est cité en exemple par un avocat de la défense. L’ex-ministre de l’Intérieur de Hassan II serait un bon juriste, a sous-entendu en substance l’homme de loi. S’il avait été au gouvernement, Basri aurait conseillé à Abbas El Fassi de ne pas dissoudre Al Badil Al Hadari, aurait ajouté l’avocat des membres du parti passé à la trappe. C’est faire flèche de tout bois pour la défense. Mais c’est de bonne guerre face à un cadre juridique taillé sur mesure pour l’attaquant par l’ex-marionnettiste de la vie politique marocaine. Gepetto Basri était capable de faire pousser des partis champignons en période de sécheresse. Face à ce miracle de la météo, que vaut un hizbicule perdu entre Marx et Allah ? Basri t’aurait réconcilié les deux extrêmes en les atomisant, le doigt sur la couture de son Code pénal. Et l’arbitre aurait remis la balle au centre, avec l’air innocent de celui qui respecte le droit au pied de la lettre. De très belles lois qui reconnaissent même le vice de forme. Le pare-feu ultime des droits de l’accusé. Celui qui a protégé, la semaine dernière, Laâfora, un obligé de Driss Basri. L’avocat de la défense a sans doute raison, tout compte fait. Si Driss est un excellent juriste. Avec lui, même d’outre-tombe, aux innocents les mains pleines…



Talent de ouf
Vous respirez par les oreilles, chantez sous l’eau, transformez du cérélac en pain bénit ? Le concours “talent de ouf” est pour vous ! Jusqu’au 13 avril prochain, vous pouvez envoyer vos vidéos les plus folles sur le site
fayrouzmaroc.com. Le premier prix est fixé à 30 000 DH.


“Le pain nu” de Shabka
Et un single pour Shabka, un ! Le jeune groupe de rap a lancé sur les ondes de radio 2M Sawt, petit prélude de leur album L’khoubz l’7afi. Hommage à Choukri et à son œuvre, bien sûr, et une volonté de décrire un Maroc “vrai”. Un opus de quatorze titres, prévu pour mai si tout se passe bien.


Appel à candidature
Vous êtes photographe marocain habitant au Maroc ? Envoyez vos travaux (autour des droits de l’homme) au mail florencedarsi@yahoo.fr. Un artiste sera choisi pour intégrer une expo collective intitulée Moving Walls : A Documentary Photography Exhibition, qui sera montrée du 15 mai au 14 juin à l’Ecole des Beaux-Arts de Casa. soros.org/initiatives/photography/focus_areas/mw/international

 
 
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