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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Taïa, une mélancolie marocaine

Abdellah Taïa a publié son dernier livre, Une mélancolie arabe (éditions le Seuil), qui donne à voir et à sentir le corps possédé et poétique de ce grand auteur qui n’arrête pas de se distinguer par la qualité de son écriture. Un livre, donc, où Abdellah “tombe” quatre fois : à Salé, ville spirituelle par excellence, à Marrakech, ville riche en histoire, à Paris, ville de liberté et de lumière(s), et au Caire, centre et cœur du monde arabe. Il meurt. Il ressuscite. Avec ses propres images, il construit pas à pas son destin : sa vocation de créateur, le mystère des origines.
Égal à lui-même, Abdellah Taïa dresse à nouveau un pont entre l'intime et la fiction. Sa brutalité douce, son intelligence et sa sensibilité permettent à la littérature de s'emparer de manière sereine et précise de certaines réalités sexuelles et sociales dans notre pays et surtout dans le monde arabe, à travers le filtre d'un individu à la fois lucide et sentimental, qui a un rapport naturellement poétique avec le monde, et qui joue de l'écriture avec une liberté qui n'interdit pas la rigueur de la pensée. Taïa invite aussi à regarder différemment la culture d’un monde arabe qui, comme lui, tombe et renaît. L’auteur, dont les publications sont diffusées aujourd’hui à une moyenne minimale de 10 000 exemplaires, est appelé à grandir. Il vient d’être traduit en espagnol, en néerlandais. Ses écrits sont loin d’être vulgaires, au contraire, c’est dans un style simple et clair que l’écrivain transmet sa pensée. Cet homme frêle, timide, pudique, tellement humble, est aux antipodes du monstre décrit dans les délires de ses adversaires. Son potentiel commercial et sa marge de progression sont énormes puisque, contrairement à ce que pensent ses nombreux adversaires, il n’a jamais capitalisé sur son homosexualité. Son coming out, selon l’expression consacrée, n’a été opéré que via ses propres écrits. Je pense qu'au Maroc, nous avons un besoin énorme de nous libérer de nos tabous et d'affronter nos réalités avec courage et transparence.

Idir Ouguindi, Casablanca.



Maroc–Algérie : l’économie à la rescousse

Je reviens sur l’article “Sahara : le dialogue de sourds” (TelQuel n°316) pour dire que la politique n’a pas réussi à régler le problème (du Sahara) à ce jour. Aujourd’hui, il faut laisser l’économie faire son chemin. Je pense aux projets lancés par les hommes d’affaires, qu’ils soient marocains, algériens ou tunisiens, et ma pensée va particulièrement à un Othman Benjelloun dans le domaine des finances (projet de monnaie maghrébine unique) ou à un Moulay Hafid Ellamy (échanges bilatéraux avec le patron des patrons algérien). L’économie parviendra à imposer l’ouverture des frontières avec une vraie volonté populaire. Les échanges dont il est question l’exigeront, car personne ne peut se passer durablement de l’eau, de l’électricité ou du gaz de l’autre. Et de sa chaleur humaine non plus. Si personne n’ose barrer la route à ce projet “naturel”, si on donne sa chance au facteur économique, alors oui, les frontières (maroco-algériennes) pourront être ouvertes dans les meilleurs délais. Et pour de bon, cette fois.

Allal Boughalem, Laâyoune.

 
 
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