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N° 317
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Plaisanterie

Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)

Le dossier Belliraj s’enlise, la justice fait obstruction, on nous cache des choses… et on nous demande encore d’avoir “confiance” !


L’affaire Belliraj s’enlise. Voilà plus d’un mois que cet homme, accusé de visées terroristes sur le Maroc ainsi que de plusieurs meurtres en Belgique, a été incarcéré avec 33 personnes dans sa foulée, et que l’instruction suit son cours. A l’heure où ces lignes sont écrites, la justice refuse toujours de communiquer le dossier de l’enquête (plus de 1500 pages, selon nos sources !) aux avocats des inculpés. Cela ne
dérange apparemment pas Me Ziane, le truculent homme politique et avocat en charge de la défense de Abdelkader Belliraj. Il a ainsi déclaré à notre confrère Al Ayam : “en ce qui me concerne, je n’ai pas besoin du dossier d’enquête, car je conteste d’emblée son sérieux et sa crédibilité”. Curieuse approche, tout de même… Les avocats des 6 “politiques” accusés de complicité avec Belliraj (dont les 3 leaders islamistes Mustapha Moâtassim, Amine Regala et Mohamed Merouani) ne l’entendent pas, eux, de cette oreille. “Tant que nous n’aurons pas pu consulter le dossier à charge contre nos clients, nous ne pourrons pas les défendre correctement” affirment d’une seule voix les hommes de droit. Du coup, leurs clients refusent, jusqu’à présent, de répondre aux questions du juge d’instruction. Tant pis, l’instruction se poursuit sans eux, malgré le flagrant déni de droit dont ils sont l’objet…

Pourquoi ce dossier n’a-t-il toujours pas été communiqué à la défense ? Son contenu serait-il insuffisant pour prouver la culpabilité des inculpés, ou au moins d’une partie d’entre eux ? D’accord, Belliraj a reconnu, par la voix de son avocat, avoir introduit des armes au Maroc “pour les acheminer en Algérie” (comme si c’était une excuse). Lui est clairement mal parti, dans cette histoire. Mais quid des politiques ? N’oublions pas qu’un parti a été dissous sur instruction du Premier ministre, parce que ses leaders auraient été au courant, pour les armes, sans prévenir les autorités ! Faire exploser une telle “bombe” devant une opinion publique tétanisée et, après, laisser le dossier s’enliser parce que le juge d’instruction a une approche toute personnelle du droit est, pour le moins, léger.

Mais il y a pire, encore : il y a quelques semaines, Ahmed Herzenni a lâché une autre “bombe”, en direct à la télévision : en 2005, a dit le président du Conseil consultatif des droits de l’homme, Moâtassim l’avait prévenu que des armes étaient en circulation au Maroc dans le but de servir des projets terroristes. Moâtassim avait même donné un nom à Herzenni, qui, selon son propre aveu, avait “transmis l’information à qui de droit”. Alors ? “Qui de droit” n’a rien fait, et Moâtassim n’a pas été disculpé, ni même libéré à titre provisoire, malgré l’énormité de l’info. Ce qui interpelle, là encore, c’est la légèreté avec laquelle elle a été traitée. Voilà un témoin clé, officiel de premier plan de surcroît, qui disculpe un inculpé d’envergure… et pas l’ombre d’un commentaire officiel sur cette incroyable révélation ! La justice doit impérativement demander davantage de précisions à Herzenni : que lui a dit Moâtassim, exactement ? Qui est ce “qui de droit” à qui il a passé le message ? Pourquoi n’a-t-il rien fait ? Pourquoi Moâtassim n’a-t-il pas été interrogé, à l’époque, déjà ? On parle de terrorisme, ici, et d’un complot pour “déstabiliser le royaume”, selon les propres mots du ministre de l’Intérieur ! On ne plaisante pas !!

Eh bien si, on plaisante. Et c’est impardonnable, quand on prétend instaurer l’Etat de droit. Comme les nombreuses affaires de cellules terroristes démantelées par le passé, celle-ci risque fort de sombrer dans l’oubli avant qu’un jour, les siècles de prison pleuvent, sans preuves, et dans l’indifférence d’une opinion publique lasse de se faire mener en bateau. Et avec tout ça, le ministre de la communication accuse les médias d’antipatriotisme, parce qu’ils osent faire part de leurs doutes ! Une fois de plus, on se moque de nous. Jusqu’à quand ?

 
 
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