Plaisanterie
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Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)
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Le dossier Belliraj senlise, la justice fait obstruction, on nous cache des choses
et on nous demande encore davoir confiance !
Laffaire Belliraj senlise. Voilà plus dun mois que cet homme, accusé de visées terroristes sur le Maroc ainsi que de plusieurs meurtres en Belgique, a été incarcéré avec 33 personnes dans sa foulée, et que linstruction suit son cours. A lheure où ces lignes sont écrites, la justice refuse toujours de communiquer le dossier de lenquête (plus de 1500 pages, selon nos sources !) aux avocats des inculpés. Cela ne
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dérange apparemment pas Me Ziane, le truculent homme politique et avocat en charge de la défense de Abdelkader Belliraj. Il a ainsi déclaré à notre confrère Al Ayam : en ce qui me concerne, je nai pas besoin du dossier denquête, car je conteste demblée son sérieux et sa crédibilité. Curieuse approche, tout de même
Les avocats des 6 politiques accusés de complicité avec Belliraj (dont les 3 leaders islamistes Mustapha Moâtassim, Amine Regala et Mohamed Merouani) ne lentendent pas, eux, de cette oreille. Tant que nous naurons pas pu consulter le dossier à charge contre nos clients, nous ne pourrons pas les défendre correctement affirment dune seule voix les hommes de droit. Du coup, leurs clients refusent, jusquà présent, de répondre aux questions du juge dinstruction. Tant pis, linstruction se poursuit sans eux, malgré le flagrant déni de droit dont ils sont lobjet
Pourquoi ce dossier na-t-il toujours pas été communiqué à la défense ? Son contenu serait-il insuffisant pour prouver la culpabilité des inculpés, ou au moins dune partie dentre eux ? Daccord, Belliraj a reconnu, par la voix de son avocat, avoir introduit des armes au Maroc pour les acheminer en Algérie (comme si cétait une excuse). Lui est clairement mal parti, dans cette histoire. Mais quid des politiques ? Noublions pas quun parti a été dissous sur instruction du Premier ministre, parce que ses leaders auraient été au courant, pour les armes, sans prévenir les autorités ! Faire exploser une telle bombe devant une opinion publique tétanisée et, après, laisser le dossier senliser parce que le juge dinstruction a une approche toute personnelle du droit est, pour le moins, léger.
Mais il y a pire, encore : il y a quelques semaines, Ahmed Herzenni a lâché une autre bombe, en direct à la télévision : en 2005, a dit le président du Conseil consultatif des droits de lhomme, Moâtassim lavait prévenu que des armes étaient en circulation au Maroc dans le but de servir des projets terroristes. Moâtassim avait même donné un nom à Herzenni, qui, selon son propre aveu, avait transmis linformation à qui de droit. Alors ? Qui de droit na rien fait, et Moâtassim na pas été disculpé, ni même libéré à titre provisoire, malgré lénormité de linfo. Ce qui interpelle, là encore, cest la légèreté avec laquelle elle a été traitée. Voilà un témoin clé, officiel de premier plan de surcroît, qui disculpe un inculpé denvergure
et pas lombre dun commentaire officiel sur cette incroyable révélation ! La justice doit impérativement demander davantage de précisions à Herzenni : que lui a dit Moâtassim, exactement ? Qui est ce qui de droit à qui il a passé le message ? Pourquoi na-t-il rien fait ? Pourquoi Moâtassim na-t-il pas été interrogé, à lépoque, déjà ? On parle de terrorisme, ici, et dun complot pour déstabiliser le royaume, selon les propres mots du ministre de lIntérieur ! On ne plaisante pas !!
Eh bien si, on plaisante. Et cest impardonnable, quand on prétend instaurer lEtat de droit. Comme les nombreuses affaires de cellules terroristes démantelées par le passé, celle-ci risque fort de sombrer dans loubli avant quun jour, les siècles de prison pleuvent, sans preuves, et dans lindifférence dune opinion publique lasse de se faire mener en bateau. Et avec tout ça, le ministre de la communication accuse les médias dantipatriotisme, parce quils osent faire part de leurs doutes ! Une fois de plus, on se moque de nous. Jusquà quand ? |