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Par Youssef Ziraoui,
envoyé spécial à Sidi Ali Ben Hamdouch
Scandale. La nouvelle chasse à lhomo
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La longue file de pèlerins de
dirigeant vers le
sanctuaire de Sidi Ali.
(YZ / TELQUEL)
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À Sidi Ali Ben Hamdouch, la fête bat son plein, pendant que la Gendarmerie royale fait le ménage, traquant ce qui ressemble de près ou de loin à un homosexuel. Reportage.
Niché sur une montagne à une trentaine de kilomètres de Meknès, Sidi Ali Ben Hamdouch est un village de quelque 4000 habitants. Visible depuis la cité ismaélienne, la petite bourgade célèbre, comme chaque année, son moussem. Un étrange pot-pourri de fête religieuse et de rituels païens, dont le coup denvoi est donné au lendemain de Aïd Al Mawlid.
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Pour loccasion, quelque 150 000 personnes (selon une source préfectorale) se sont déversées sur cette agglomération de la commune de Mghrassyine. Venus de la ville comme de la campagne, les festivaliers rendent hommage aux saints locaux : Sidi Ali Ben Hamdouch et Sidi Ahmed Dghoughi (lire encadré). Les pèlerins sagglutinent dans les sanctuaires, les célibataires endurci(e)s viennent implorer la légendaire Lalla Aïcha, les malades désespérés (ou pas) y cherchent un hypothétique remède. La plupart des touristes empruntent un circuit balisé et cèdent au rites locaux : sacrifices de poules, immolation de boucs, de moutons et autres camélidés. Le temps dun moussem, Sidi Ali Ben Hamdouch sort de sa torpeur.
Tenue correcte exigée
Mais si, aujourdhui, le petit village est sous les projecteurs, cest avant tout à cause des évènements qui y sont survenus en fin de semaine dernière : quarante-six personnes ont été interpellées par la Gendarmerie royale. Dans le lot des arrestations, des prostituées, des personnes en état débriété sur la voie publique, et, surtout, une vingtaine dhomosexuels, selon un élément des Renseignements généraux.
Pour ce faire, les hommes en gris nont pas lésiné sur les moyens. Sur le chemin escarpé qui mène au village, les troupes de Housni Benslimane sont présentes en nombre, dressant pas moins de trois points de contrôle. Cest au niveau de ces checkpoints que les gendarmes ont procédé à une bonne partie des arrestations
en jouant aux physionomistes en chef, puisque le délit de faciès et de manières a prévalu pour identifier les suspects. Comment nous avons reconnu les homosexuels ? Baynine ! Ils ne sont pas comme nous, ils se comportent dune manière étrange, nous a déclaré, sûr de son fait, un gradé de la Gendarmerie. Ceux qui ont réussi à passer entre les mailles de ce premier filet nont pu échapper à la (ma)traque des gendarmes. Nous avons aussi effectué des descentes dans les domiciles loués à loccasion du moussem. Cétait pour constater la chose de visu, poursuit lhomme en uniforme. La chose en question ? Des hommes aux cheveux (trop) longs, aux ongles vernis et limés et aux doigts ornés de bagues
Certains dentre eux portaient même des takchitate, surenchérit notre interlocuteur, spécialiste des signes extérieurs de virilité.
À lheure où nous mettons sous presse, les gendarmes sont toujours aussi assidus et poursuivent les interpellations. Les personnes arrêtées sont passées en comparution immédiate devant le procureur du roi. Une dizaine dentre elles sont en liberté provisoire, en attendant dêtre jugées le 27 juin, dautres ont été relâchées pour manque de preuves, nous apprend un membre de la section locale de lAssociation marocaine des droits humains (AMDH).
Réaction de Khadija Ryadi, dirigeante de cette ONG : Jusqu'à nouvel ordre, la takchita est une tenue traditionnelle marocaine. Depuis quand la loi en interdit le port ? Mais revenons au plus important dans cette affaire : on ne peut pas arrêter une personne pour son identité sexuelle. Mais les textes de lois ne sont pas aussi progressistes que Madame la présidente : en droit marocain, lhomosexualité est un délit passible dune peine de 6 mois à trois ans de prison. En décembre dernier, dans laffaire du présumé mariage gay de Ksar El Kébir, la justice avait d'ailleurs condamné six personnes à des peines allant de quatre mois à un an de prison. Des procès pour homosexualité, il y en a tous les jours dans les tribunaux marocains, fait remarquer ce militant associatif. Mais dans le cas de Sidi Ali Ben Hamdouch, les autorités ont craint que les émeutes de Ksar El Kébir se reproduisent, dautant quune partie de la presse a une nouvelle fois jeté de lhuile sur le feu. Autre différence de taille avec laffaire de Ksar El Kébir, les personnes inculpées ont été poursuivies pour atteinte à la pudeur, et non pour homosexualité. Confirmation de ce responsable de la Gendarmerie royale : Nous avons procédé à cette vague darrestations par mesure préventive. Cest à la justice de déterminer le chef dinculpation. Notre travail consiste à faire régner le calme. Si nous avions laissé faire, nous risquions des troubles durant le moussem.
À Sidi Ali Ben Hamdouch, les gendarmes ne cachent pas leur satisfaction. Nous avons nettoyé le village. Les homosexuels nont pas disparu mais ils se font plus discrets. Certains, quand ils nous voient, se redressent et adoptent une position virile !, senorgueillit, sourire aux lèvres, ce gendarme. Même son de cloche auprès de la responsable dune antenne de lOrganisation panafricaine de lutte contre le sida (OPALS), ONG qui a pris place dans un local du Croissant rouge : Contrairement aux autres années, dans ce moussem, je nai pas vu beaucoup dhomosexuels.
Des instructions en haut lieu
De fait, tout se passe comme si le moussem de Sidi Ali Ben Hamdouch entamait une mue forcée. Cette semaine, le petit-fils de Cheikh Hamza, chef spirituel de la très influente Zaouiya boutchichiya, aurait fait le déplacement pour assister à la remise de la traditionnelle hadiya (cadeau) royale. À tout seigneur tout honneur, le descendant du leader soufi aurait été accueilli par un certain Hassan Aourid, wali de la région de Meknès-Tafilalet et ancien porte-parole du Palais. Lhomme aurait donné des instructions on ne peut plus claires. Avant le lancement du moussem, Hassan Aourid a organisé une réunion où il a convoqué les élus et les responsables sécuritaires de la région et leur a expressément demandé de faire leur travail, nous a déclaré Aboubakr Belkora, président du Conseil municipal de la ville de Meknès. Jai applaudi cette décision de lautorité, poursuit lélu pjdiste.
Pourtant, ce nest pas le parti islamiste, spécialiste de la bien-pensance et de la morale, qui a lancé le débat sur la question de Sidi Ali Ben Hamdouch. Cest en fait Driss Radi, député de lUnion constitutionnelle (UC) à Kénitra, qui a jeté un pavé dans la mare lors dune session parlementaire lannée dernière, peu après la tenue du moussem. Jai appris ce qui se déroulait à Sidi Ali Ben Hamdouch dans la presse. Je ne pouvais pas rester les bras croisés devant des pratiques qui sopposent à lislam, nous a-t-il déclaré. Les habitants du village ont même créé une association pour exprimer leur mécontentement, poursuit le député UC. Apparemment, ce nest pas tombé dans loreille dun sourd
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Zoom. Le moussem, le mythe
et la poussière
Coupé du monde le reste de lannée, le village de Sidi Ali Ben Hamdouch ne désemplit pas durant la période de son moussem. À lentrée du village, la route seffrite, lair semplit de poussière, comme pour accueillir le visiteur dans un autre monde. Parquées par centaines dans un terrain vague, faisant office de parking, les voitures immatriculées aux quatre coins du pays témoignent de la notoriété du lieu, autant que le va-et-vient des grands taxis qui obstrue la sortie du village. Parmi la foule de visiteurs, beaucoup décident de séjourner quelques jours à Sidi Ali Ben Hamdouch. Comme il ny a pas dhôtel dans la petite bourgade de larrière-pays meknassi, les plus nantis logent chez lhabitant, moyennant rétribution. Les petites bourses, elles, saccommodent de tentes plantées à même lartère principale. Dans un brouhaha indescriptible, des hauts parleurs saturés crachent en alternance discours religieux et musique chaâbi. Un curieux contraste, à limage de ce moussem où les psalmodies du Coran côtoient les rites païens. Dans le dédale des ruelles, des fakirs à lallure impassible se frayent un chemin, branche de cactus en bandoulière, alors que les pèlerins, venus par milliers, ne semblent pas faire cas de leur présence. La marée humaine sachemine vers les sanctuaires de Sidi Ali Ben Hamdouch et de Sidi Ahmed Dghoughi. Autre point de rencontre des pèlerins : la grotte de Lalla Aïcha. Là, femmes et hommes se rendent par dizaines, implorant laide de la sainte locale. Après avoir accroché leurs sous-vêtements sur un grillage prévu à cet effet, les visiteurs prennent un bain dans une sorte de hammam à lhygiène plus que douteuse. Dautres se contentent dallumer une bougie en hommage à Lalla Aïcha. Daprès une légende qui a la peau dure, la patronne des lieux serait la fille dun roi du Soudan, enlevée par Sidi Ahmed Dghoughi, lun des saints très prisés par les pèlerins. Il aurait agi ainsi sur demande expresse de son maître, Sidi Ali Ben Hamdouch, fondateur de la Tarika hamdouchia. De retour au pays, Sidi Ahmed Dghoughi, apprend la mort de son maître. Entre-temps, Lalla Aïcha sest évaporée dans la nature, cédant place à un mythe, toujours aussi vivace cinq cents ans plus tard
Aujourdhui, Sidi Ali Ben Hamdouch nest pas quun lieu de recueillement. Le business y est florissant. Les vendeurs de bétail, venus de toute part, y écoulent des bêtes par centaines. Entre deux bouibouis, des chouwafate et autres tireuses de cartes accostent le chaland. Les échoppes étalant des produits utilisés dans des rites de sorcellerie sont légion. On y trouve peaux de hérisson, caméléons séchés, plomb, bougies
Dautres choisissent un commerce plus classique. Cest le cas des vendeurs de cassettes ou de henné
Mais tous saccordent sur un point : la baraka de Sidi Ali Ben Hamdouch est bonne pour les affaires. |
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