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Par Souleïman Bencheikh
Politique. Et si on (re)jugeait lAlternance ?
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Le pacte conclu entre Hassan II
et Abderrahmane Youssoufi,
instituant lAlternance,
garde encore tous ses secrets.
(DR)
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En mars 1998, après quarante ans dopposition, la gauche faisait enfin le choix du changement de lintérieur et Abderrahmane Youssoufi formait le premier gouvernement dalternance. Souvenirs, souvenirs.
Il y a très exactement dix ans, Abderrahmane Youssoufi, irréductible opposant de Hassan II, acceptait de diriger les affaires du pays, même encombré de lomnipotent Driss Basri et de quelques ministres de souveraineté. Mais aujourdhui, la mémoire collective ne semble garder aucune trace dun événement qui avait alors soulevé beaucoup |
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despoirs et presque autant de doutes. La presse est restée quasiment muette sur cet anniversaire, les partis politiques de gauche nont prévu aucune commémoration officielle et Youssoufi lui-même, grand artisan de cette alternance, refuse toujours de sortir de son mutisme. Tout ou presque a été écrit sur lavènement du gouvernement dalternance, sur ce quon a baptisé, peut-être un peu vite, transition démocratique. Mais dix printemps plus tard, à lheure du bilan, il ny a pas grand monde pour prendre linitiative du souvenir. Le grand élan de 1998 serait-il déjà brisé ?
Youssoufi, le dernier rempart
Quand les acteurs de la tumultueuse histoire des années de plomb se penchent sur le passé, cest presque avec soulagement quils abordent les années 1990. Lex-ministre des Finances, Fathallah Oualalou, explique ainsi que Hassan II a eu lintelligence du moment, il a compris que la disparition de lURSS et le nouvel ordre mondial impliquaient pour le Maroc des mesures de libéralisation politique. De fait, les années 1990 sont porteuses de mauvais présages pour le royaume : déjà en 1991, Gilles Perrault fustigeait le régime de Notre ami le roi, engendrant une longue brouille avec la France. Cest aussi lépoque où la crise économique couve, où le spectre de la guerre civile algérienne hante les esprits (marocains). La révision constitutionnelle de 1992 prend la mesure de cette nouvelle donne politique : Hassan II, qui était entré dans une logique douverture à partir de la Marche Verte en 1975, concrétise enfin ses intentions. En 1993, les élections sont favorables à lUSFP. Mais tout a buté sur Youssoufi, qui a choisi de quitter le Maroc plutôt que de cautionner les irrégularités électorales qui ont entaché le scrutin, se souvient Oualalou. Boucetta et Bouabid, eux, étaient daccord pour entrer au gouvernement. Youssoufi restera deux ans en France avant de revenir au Maroc pour négocier la deuxième tentative dalternance. À ce moment, la maladie de Hassan II était connue de tous. Lurgence était de préparer le changement de règne et de sauver le Maroc de la faillite, explique un proche de lancien Premier ministre. LHistoire retiendra le fameux pacte conclu, la main sur le Coran, entre Hassan II et Youssoufi. Les yeux étaient alors déjà tournés, non plus vers une alternance politique à portée de main, mais vers la transition dynastique qui sannonçait. De fait, la révision constitutionnelle de 1996 réunit un large consensus. Pour la première fois, la Chambre des députés est entièrement élue au suffrage universel. Mais, comme pour compenser, une Chambre des conseillers est instituée. Or, de par son mode délection au suffrage indirect avec renouvellement par tiers, cette dernière est peu susceptible de retirer sa confiance au gouvernement. LAlternance de 1998 sest ainsi établie sur les bases dune Constitution qui institutionnalise le déséquilibre entre légitimité monarchique et légitimité électorale : le Parlement nest pas encore en mesure de participer aux grands choix du pays et le régime na alors de représentatif que le nom.
Dailleurs, même si les esprits étaient prêts, lUSFP a laissé planer le doute jusquau bout quant à sa participation au gouvernement. Juste après le scrutin du 14 novembre 1997, Mohamed Elyazghi fustigeait encore les autorités qui ont supervisé lopération, responsables selon lui dun formidable gâchis. Les termes du pacte entre Youssoufi et Hassan II ne sont devenus clairs quavec la nomination des ministres. En fait, avec des pans entiers du pouvoir exécutif qui lui échappent, à travers les ministères de souveraineté, Youssoufi est presque devenu la caution du règne hassanien.
Et pourtant, lespoir dun Premier ministre puissant et maître de son gouvernement était crédible. Abraham Serfaty, alors en exil, écrivait en février 1998, quelques semaines avant la nomination du gouvernement dalternance : La Constitution permet au Premier ministre de composer son gouvernement et de ne pas accepter Driss Basri, mais cest aussi une question de rapport de forces. À mon avis, il pourrait le refuser
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Dix ans après, non seulement les ministères de souveraineté nont pas disparu, mais leur champ sest encore élargi. Et au gré des ambitions et des affinités de Mohammed VI, ce sont tous les ministres qui échappent au contrôle du chef du gouvernement. De nouveau, le roi règne et gouverne.
Parenthèse ouverte, refermée
Hassan II était prêt à aller très loin avec Youssoufi. Il aurait de toute façon lâché Basri. Ce nétait quune question de temps, témoigne ce proche collaborateur de lancien Premier ministre. Quand alors le coche a-t-il été raté ? Abderrahmane Youssoufi aurait-il conclu un pacte avec Hassan II que naurait pas respecté son fils ? À chaque règne son roi et à chaque roi son style, résume un fin connaisseur de cette période charnière. Avec Mohammed VI, cest une nouvelle génération qui émergera, avec la ferme volonté de solder les comptes du passé et de rapidement satteler à la construction d'un nouveau Maroc. Le premier gouvernement Youssoufi en est encore à prendre ses marques que lopération séduction commence déjà. Cest Fouad Ali El Himma qui prend attache avec la presse pour lui vanter les mérites de ce que sera le nouveau règne.
Une fois roi, donc, Mohammed VI sattelle à la définition d'un nouveau concept de lautorité. Et peu à peu, les dinosaures des partis politiques, même les rois de lAlternance, cèdent du terrain aux quadras du Palais. On parle alors de transition plus que dalternance et, quelle soit dynastique ou démocratique, lopacité du concept est encouragée : le Maroc est simplement en transition. Le politologue Youssef Belal est catégorique : Il ny a tout simplement pas eu dalternance. La simple entrée de la gauche au gouvernement na pas constitué en elle-même un apport démocratique. Lerreur a été de dire que la transition démocratique est en marche, parce que lopposition est arrivée au gouvernement. Et le jeune cadre du PPS denfoncer le clou : Une occasion a été manquée au début du règne de Mohammed VI. Il y avait alors une vraie marge pour porter très loin la revendication démocratique. Cela na pas été le cas. Cest comme ça, les déçus nont plus que leurs yeux pour pleurer. |
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Bilan. Les arguments de Oualalou
Même sil risque de se retrouver bien seul, Fathallah Oualalou, ancien ministre des Finances, continue dapplaudir fort
lexpérience de lAlternance. Il est indéniable quen dix ans, limage du Maroc sest nettement améliorée, argumente léminence grise de lUSFP. Celui qui a été, au moment de lAlternance, le premier argentier du royaume, confirme : Que Youssoufi ait pu tenir cinq ans est déjà une victoire. Souvenez-vous du gouvernement Abdellah Ibrahim (1959), qui na pas vécu plus de deux ans. La méthode démocratique na certes pas été respectée en 2002 avec la nomination dun Premier ministre apolitique, mais la logique des réformes économiques a perduré.
Rappelons, pour la petite histoire que, jusquaux années 90, Fathallah Oualalou était connu, voire apprécié, pour ses diatribes agressives, qui fustigeaient le capitalisme de rente institué par Hassan II. Mais depuis, leau a coulé sous les ponts et lintellectuel socialiste est devenu le chantre dune alternance qui a permis à la logique des réformes économiques de sinstaller. Pour les réformes politiques, il faudra repasser
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