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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri,
correspondante au Moyen-Orient

Irak. Le chaos, encore et toujours

Depuis le début de la guerre, 4000
GI’s et plus de 100 000 civils
irakiens ont trouvé la mort.
(AFP)

Cinq ans après son invasion par la coalition conduite par les Etats-Unis, l’Irak est toujours en proie aux violences anti-américaines et interconfessionnelles. Et c’est la population qui en paie le lourd tribut.


Cinq ans déjà. Cinq ans que l’Irak se débat dans les violences quotidiennes. À l’aube du 20 mars 2003, les premières bombes secouaient Bagdad. En trois semaines, ce qui restait de l’armée de Saddam Hussein était défait par la plus puissante machine militaire de l’histoire. Le 9 avril, Bagdad tombait, devenant la première capitale
arabe à passer sous occupation américaine. Saddam, lui, était en fuite. Il sera arrêté le 13 décembre 2003, puis exécuté le 30 décembre 2006. Mais si son départ du pouvoir signa la fin d’une dictature sanguinaire, le temps est loin où des Irakiens saluaient les troupes américaines dans Bagdad.

La mort au quotidien
Aujourd’hui, les 25 millions d’Irakiens vivent chaque instant dans la précarité économique et la peur de cette violence qui a fait des dizaines de milliers de morts civils. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) donne une fourchette de 104 000 à 223 000 morts irakiens entre mars 2003 et mars 2006. D’après le Comité international de la Croix-Rouge, la situation humanitaire en Irak reste “l’une des plus critiques au monde”. “À cause du conflit, des millions d’Irakiens ont difficilement accès à l’eau potable, aux installations sanitaires et aux soins de santé”, déplore le CICR. Et dans un rapport intitulé “Carnage et désespoir, l’Irak cinq ans après”, Amnesty international affirme que l’Irak est toujours l’un des pays les plus dangereux au monde. “Des centaines de personnes sont tuées chaque mois dans la violence omniprésente, tandis qu’un nombre incalculable de vies sont menacées chaque jour par la pauvreté, les coupures d’électricité et d’approvisionnement en eau, les pénuries en nourriture et en produits médicaux, et la violence croissante contre les femmes”, relève l’organisation. Selon celle-ci, les attentats et meurtres perpétrés par les milices confessionnelles, la torture et les maltraitances par les forces irakiennes et la détention, souvent sans inculpation ni procès, de milliers de personnes par les troupes irakiennes et américaines ont eu “un effet dévastateur, provoquant le déplacement de plus de quatre millions d’Irakiens”. “Des millions de dollars ont été dépensés pour la sécurité mais, aujourd’hui, trois Irakiens sur quatre n’ont toujours pas un accès sécurisé à l’eau potable et près d’un tiers de la population dépend de l’aide d’urgence pour survivre”, poursuit Amnesty. “L’administration de Saddam Hussein était un symbole du non-respect des droits de l’homme, mais son remplacement n’a apporté absolument aucun répit au peuple irakien”, souligne l’ONG.

Pas de regrets ?
Malgré tout, le président irakien Jalal Talabani a estimé que l’invasion américaine avait mis fin à une période “brutale de torture et de tyrannie” et marqué “le début d’une nouvelle ère d’espoir et de démocratie”. Le Premier ministre, Nouri Al Maliki, s’est quant à lui félicité de “la liberté de parole dans le nouvel Irak”. Même satisfaction chez le président américain George Bush. Car rien n’y fait, ni les chiffres sans appel ni l’opposition à la guerre au sein même des Etats-Unis n’ont infléchi la vision du président américain, qui dit toujours ne rien regretter. Son argument reste le même : les Américains doivent affronter Al Qaïda en Irak pour ne pas la combattre aux Etats-Unis. Se retirer trop rapidement sèmerait le “chaos”, renforcerait les “terroristes” et l’Iran voisin. “Chasser Saddam Hussein du pouvoir était la bonne décision”, assure-t-il, faisant toujours miroiter la perspective d’une “victoire stratégique majeure dans la guerre plus large contre le terrorisme”, tout en reconnaissant que les gains en Irak sont “fragiles et réversibles”. Le vice-président Dick Cheney, lui, ne prend pas autant de précautions. “Et alors ?”, avait-il simplement répondu, après avoir été interrogé sur un sondage de la chaîne américaine CBS, selon lequel 64% des Américains estiment que la guerre n’en valait pas la peine.

Les forces américaines en sont aussi pour leurs frais. Elles, qui pensaient rentrer rapidement aux Etats-Unis, sont toujours déployées en Irak avec un contingent de 158 000 soldats. Dans leurs rangs, plus de 4 000 tués et 30 000 blessés. L’armée américaine reste quotidiennement visée par des attaques et est impliquée depuis des mois dans des opérations dans le nord du pays, où les groupes affiliés à Al Qaïda en Irak concentrent leurs efforts. Pour marquer le coup, le chef du réseau et ennemi public numéro 1 des Etats-Unis, Oussama ben Laden, a appelé les musulmans à combattre en Irak, meilleur moyen selon lui de soutenir les Palestiniens. “Le champ de bataille du jihad le plus proche pour soutenir notre peuple en Palestine est celui de l’Irak”, a-t-il déclaré.

L’Irak et l’élection présidentielle américaine
Aux Etats-Unis, la guerre en Irak devrait être un enjeu majeur de la campagne présidentielle. Les candidats démocrates à la Maison Blanche, Barack Obama et Hillary Clinton, ont marqué le cinquième anniversaire de la guerre en soulignant leur volonté de mettre fin au conflit. Obama a estimé que cette guerre avait rendu “l’Amérique moins sûre” et isolée de ses alliés, tandis que Clinton a promis d’entamer le rapatriement des GI’s dans un délai de 60 jours après sa prise de fonction, si elle est élue. Le républicain John McCain a, en revanche, insisté pour maintenir des troupes jusqu’à la victoire. “Les Américains devraient être fiers de ce qui a été accompli en Irak”, a-t-il affirmé. Pour lui, un retrait précipité du pays “signifierait une victoire d’Al Qaïda”, allant jusqu’à déclarer que “l’Iran entraînait Al Qaïda en Irak”. Les Etats-Unis estiment officiellement que l’Iran chiite entraîne des groupes extrémistes chiites en Irak, mais pas Al Qaïda, qui est d’obédience sunnite. Interrogé à plusieurs reprises par des journalistes à propos de ses allégations, McCain a maintenu que des membres d’Al Qaïda s’entraînaient en Iran jusqu’à ce que, d’après la presse américaine, un sénateur qui l’accompagnait lui glisse quelques mots à l’oreille. “Je suis désolé, a alors dit M. McCain, les Iraniens entraînent des extrémistes, pas Al Qaïda”. “Nous avons entendu le sénateur McCain confondre sunnites et chiites, l’Iran et Al Qaïda. Peut-être que c’est pour cela qu’il a voté pour la guerre dans un pays qui n’avait pas de liens avec Al Qaïda”, a ironisé le rival démocrate Obama. Pendant que les candidats se lancent des piques, les Irakiens, eux, attendent toujours les dividendes de la “bonne décision” du président Bush.



Chronologie. Cinq ans de guerre

20 mars 2003. Début des raids américains sur Bagdad et entrée des forces américano-britanniques dans le sud du pays.
9 avril. Chute du régime de Saddam Hussein.
3 septembre. Premier gouvernement de l'après-Saddam.
13 décembre. Saddam est capturé près de Tikrit.
28 avril 2004. Diffusion d'images de prisonniers irakiens humiliés et torturés par des militaires américains dans la prison d'Abou Ghraib.
28 juin. Transfert du pouvoir au gouvernement irakien.
30 janvier 2005. Premier scrutin multipartite depuis 50 ans, boycotté par les sunnites. Les chiites obtiennent la majorité absolue.
30 décembre. Pendaison de Saddam Hussein, après avoir été condamné à mort.
10 janvier 2007. Bush annonce un renfort de troupes américaines en Irak.
12 janvier 2008. Promulgation de la loi controversée sur la réhabilitation d'anciens membres du parti Baas.
2 mars. Visite historique à Bagdad du président iranien Mahmoud Ahmadinejad.

 
 
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