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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hicham Smyej

La Semaine

Une brochette de “personnalités”
pour disséquer la conjoncture
économique. Bilan : il y a de quoi
s’inquiéter.
(DR)

Croissance. Printemps morose


Le Centre marocain de conjoncture (CMC) a organisé mercredi 26 mars une rencontre pour faire le point sur la situation économique en 2008. Entre autres intervenants, Habib El Malki, président du CMC, Salaheddine Mezouar, ministre des Finances, Moulay Hafid Elalamy, président de la CGEM, et Ahmed Reda Chami, ministre de l’Industrie et du Commerce. Pourtant, malgré tout ce gratin de personnalités très officielles, le moment était loin d’être à l’autocongratulation. Et le diagnostic est alarmant : le CMC note que “l’année 2007 s’est achevée
sur un net repli de l’activité avec un taux de croissance qui s’est fortement réduit […]. L’essentiel de la croissance projetée pour l’exercice en cours, et dont le taux varierait dans une fourchette de 5 à 5,5%, ne constituerait qu’un rattrapage après le ralentissement brutal de l’activité en 2007”. Les prévisions de 6,8% de croissance, sur lesquelles s’est basée la Loi de Finance, sont donc officiellement obsolètes. Dans une note de synthèse, le CMC explique par ailleurs que “le dynamisme des activités du bâtiment et des travaux publics” est menacé par “la forte hausse de l’immobilier, la hausse des coûts de production, le prix du foncier, mais aussi la spéculation”. Et comme dans un clin d’œil aux déséquilibres de la balance des paiements, que ne cesse de souligner Bank Al-Maghrib, les économistes du CMC soulignent que “les flux financiers correspondant aux activités du tourisme et des transferts des MRE ne parviennent plus à compenser le gap des échanges de marchandises”. Décidément, il ne reste plus que la politique de grands travaux pour oublier un tant soit peu cette morosité…


Résultats. Promopharm fait mieux que promis

Pour son premier rendez-vous avec ses nouveaux actionnaires, publication de résultats annuels oblige, Promopharm a “assuré”. Avec un chiffre d’affaires de 334 MDH et un bénéfice dépassant les 52 MDH, la performance de la société est supérieure au business plan dévoilé lors de son introduction en Bourse. “Nous avons dépassé nos prévisions de vente et amélioré nos marges”, explique Tahar Sebti, DG de la société. Seul bémol : le cours en Bourse ne cesse de reculer… même après la publication des résultats. “Il faut croire que le marché a davantage les yeux rivés sur des titres comme CGI ou Addoha que sur des petites entreprises comme la nôtre”, souligne Sebti. Les gestionnaires de fonds considèrent néanmoins Promopharm comme une valeur de fonds de portefeuille. Avec son dividende de 35 dirhams, le niveau de rentabilité est assez alléchant.


Engrais. Charaf veut le contrôle

La société de fertilisants Charaf Corporation vient d’entamer officiellement les démarches pour lancer une Offre publique d’achat (OPA) sur son concurrent direct, Fertima. L’opération porte sur 86,5% du capital et le prix d’achat proposé est de 330 DH par action, soit 8 DH de plus que le cours de la société au 14 mars, jour où Charaf a annoncé ses intentions. Visiblement, cette proposition servirait de base de négociation avec les actionnaires de la société. D’habitude, ce type d'offre est habituellement précédé de rumeurs, avant que l'opération ne soit rendue publique, une fois toutes les conditions de la transaction bouclées. Ce ne fut pas le cas pour Charaf qui a fait les choses dans les règles de l’art. En 2001 déjà, le producteur d’engrais avait surpris le marché en lançant une émission de billets de trésorerie, une première pour une entreprise non financière.


Saâd Kettani. Retour aux affaires

Saâd Kettani refait surface dans le monde de l’entreprise, aux côtés du constructeur espagnol Lubasa, dans un projet de cimenterie près de Sidi Kacem. L’actuel Haut commissaire de l’association pour le 1200ème anniversaire de Fès avait disparu du paysage médiatique après avoir ficelé la vente, en 2003, de la banque familiale, Wafabank, pour 2 milliards de dirhams. Aujourd’hui, il revient en force sur un terrain où d’autres groupes se sont déjà lancés. Saâd Kettani contribue à hauteur de 20% dans l’investissement global, qui se chiffre à 180 millions d’euros. Confiants dans l’explosion du secteur cimentier national, les nouveaux associés espèrent dégager un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros au bout de deux ans.



Pendant ce temps, le peuple…
Ça sent le gaz !

Smigard, Abdou explose son budget en s'offrant un journal. C’est que l’heure est grave : il faut suivre ce qui se trame entre gouvernement, patronat et syndicats, le trio qui décide de son pouvoir d’achat. Déjà, Abdou trouve le terme peu approprié : ses misérables 2000 DH mensuels ne lui donnent justement aucun pouvoir, encore moins sur ses achats, qui dépendent du bon vouloir de son Soussi du coin. Mais passons. Abdou ne sait pas trop comment prendre les nouvelles. Certes, il n’est pas du genre à cracher sur une hausse de salaire de 10%… même étalée sur 5 ans. Le problème, c'est que le coût de la vie progresse à un rythme bien plus rapide : “Une inflation à 2% par an, ça fait nettement plus que 10% en 5 ans”, calcule Abdou, master en économie de l’Université Hazka. Notre héros se dit alors prêt à renoncer à cette augmentation, à condition que les prix n’augmentent pas non plus, histoire de sortir indemne du brouillard des indicateurs macro-économiques. Il est d’ailleurs heureux d’apprendre que le gouvernement suit cette voie, en allongeant 10 milliards de dirhams de plus pour soutenir le prix de la bonbonne de gaz. Mais Abdou n’est pas dupe. Il sait pertinemment que ce gouvernement est tellement fauché qu’il risque d’écoper d’un interdit bancaire. Abdou propose une solution : distribuer les 30 milliards de ladite Caisse aux 6 millions de Marocains les plus pauvres, dont il fait partie. Cela lui ferait une part de 5000 DH, une cagnotte pour laquelle il est prêt à jouer à fond la carte de la libéralisation. Quitte à se prendre une déflagration de bonbonne de gaz en pleine gueule.



OFF.

Lors du premier Forum du gouvernement, tenu à la primature, Abbas El Fassi et ses ministres ont réitéré leur volonté de ne pas répercuter la flambée des prix à l’international sur le marché intérieur. Résultat : la Caisse de compensation aura une rallonge budgétaire de 10 milliards de dirhams, portant son enveloppe à 30 milliards de dirhams… soit l’équivalent du budget d’investissement public.

 
 
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