Scandale. La nouvelle chasse à l'homo
Portrait. Le doyen des "Afghans"
Mohamed Ziane. "Je veux sauver la peau de Belliraj"
Politique. Et si on (re)jugeait l'Alternance ?
Football. L'homme qui a dit non
Irak. Le chaos, encore et toujours
Agriculture. La méthode Polyter
Parcours. Play it again Sam
Livre. Le testament de Chraïbi
Spectacle. Coup de Folie's
N° 317
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Pour Zakaria Boualem, la question est : “De quoi cet homme a-t-il peur ?”.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Le patron de Zakaria Boualem s'appelle Abdellah Benabdallah. Cet homme est donc directeur du département informatique d'une banque dont le souci principal, à en croire les nombreuses campagnes publicitaires, est de mieux servir le client.

Heureusement qu'il y a ces affiches dans la rue, parce que le client, cet abruti, ne s'en était pas rendu compte tout seul, qu'il était mieux servi. Il s'appelle Abdellah Benabdallah, disions-nous. Ce patronyme redondant, outre le fait qu'il traduise un manque d'imagination flagrant de la part des parents, semble avoir condamné ce brave homme à une certaine propension à la répétition dans ses propos. Concrètement, ça donne des phrases du style : “Il faut mettre à jour cette base de données, c'est urgent parce que si on ne la met pas à jour rapidement, il va y avoir des problèmes avec la direction générale. Alors, il faut faire vite de la mettre à jour pour ne pas avoir de problèmes, Monsieur Boualem”. Abdellah Benabdallah s'est hissé à ce poste grâce à une stratégie de longue haleine, faite de courbettes et de petites lâchetés, d'un certain goût de l'intrigue et de sa pratique intensive de la langue de bois. Aussitôt en place, il s'est empressé de ne rien faire, mettant en application le principe qui veut que celui qui ne fait rien ne fait rien de mal. Étonnamment, cet homme aime bien Zakaria Boualem, tout simplement parce que ce dernier a l'immense qualité de ne pas vouloir lui piquer sa place. Du coup, une certaine intimité s'est installée entre
les deux hommes, et c'est ainsi que cette chronique va enfin pouvoir commencer. Parce que notre héros guercifi a appris que Abdellah Benabdallah a envoyé sa femme au Canada pour y accoucher. Il a fait ça, dit-il, pour que “le petit ait sa nationalité”. Arrêtons-nous un instant sur cette expression : “Il aura sa nationalité”. On ne parle pas de nationalité canadienne, juste de nationalité. La nationalité marocaine n'est donc pas une nationalité… C'est peut-être un label, une passion ou une lubie, allez savoir. Et puis il y a ce pronom personnel : SA nationalité. Comme si elle lui appartenait, alors que, justement, elle ne lui appartient pas, et c'est bien là le problème.

En apprenant la démarche de son patron, Zakaria Boualem a eu un instant de perplexité. C'est que Abdellah Benabdallah gagne très bien sa vie, que Dieu lui ajoute. Nageant dans le système marocain comme un poisson en eau trouble, il n'a pas une vie particulièrement difficile. On peut même affirmer qu'au Canada, il serait sans aucun doute moins bien traité que chez nous. Passé un certain niveau de revenu, on devient au Maroc une sorte de VIP, alors que des pays aussi arriérés que le Canada continuent de lui demander de faire la queue pour acheter son pain, ces crétins. La question est donc : “De quoi cet homme a-t-il peur ?”. Lorsque Zakaria Boualem lui a posé la question, le directeur a répondu : “Tu sais ce que c'est, on ne sait pas vraiment comment ça peut tourner, alors il vaut mieux avoir une porte de sortie, c'est mieux parce qu'on ne sait pas comment les choses vont évoluer…”. Il faut préciser que cette décision de faire fuir sa descendance est la seule action concrète qu'a prise Abdellah Benabdallah pour arranger les choses, pour lui s'entend. Il ne milite dans aucun parti, aucune association. Il ne donne jamais son avis sur la politique, évite comme la peste toute forme d'engagement, sauf justement celui de fuir courageusement. La seconde question, bien entendu, est la suivante : “Si des gens comme Abdellah Benabdallah ont envie de se faire la malle, que doit dire Zakaria Boualem ?”. Autrement dit, si le peuple veut partir parce qu'il manque de tout et si les riches veulent partir parce qu'ils le peuvent, qui va rester ici ? Parce qu'il faut rappeler que nous avons 10 millions de touristes à accueillir le premier janvier 2010, on ne peut pas abandonner la maison comme ça, ça ne se fait pas, en tout cas pas chez nous… Je tiens à vous rassurer : Zakaria Boualem reste, c'est absolument certain. Lui et ses enfants. Par fierté ? Non, juste par paresse, et aussi parce que vous êtes là…

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2005 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés