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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Condamnation pleine

Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)

Il faut, bien sûr, condamner les anti-musulmans… mais sans oublier les anti-juifs et les anti-occidentaux.


Depuis le 28 mars, le monde retient son souffle. C’est ce jour-là, en effet, qu’a été diffusé sur Internet un film court (15 minutes, plutôt un clip, en fait) intitulé “Fitna”, et réalisé par le député hollandais d’extrême droite Geert Wilders. Sujet : le Coran, désigné comme un “livre fasciste” qui justifie le terrorisme et les pires exactions. Dès la sortie du clip, les commentaires indignés ont fleuri aux quatre coins de la planète. Ban Ki Moon, le secrétaire général de l’ONU, a condamné sa
diffusion “dans les termes les plus forts”. L’Union européenne a également déploré la sortie de cette vidéo “qui incite à la haine” et véhicule “une image déformée et offensante de l’islam”.

Quiconque aura visionné le clip ne pourra que donner raison à ces gens. “Fitna” démarre sur une reprise de la fameuse caricature du prophète Mohammed, qui avait déclenché en 2006 tant de bruit et de fureur. Avec un petit “gimmick” en prime : la mèche de la bombe, placée sur le turban du personnage représentant le prophète, est allumée, et se consume à mesure que tourne le tic tac d’un compte à rebours. Pendant les 15 minutes suivantes, aucun cliché outrancier n’est épargné aux spectateurs. Juxtaposition de passages du Coran appelant à châtier les infidèles avec les images des avions du 11 septembre 2001, ainsi que celles des attentats de Madrid et de Londres ; déclarations vidéo de divers excités enturbannés appelant à “tuer tous les juifs” ; d’autres dans le même style brandissant des banderoles d’un goût plus que douteux (“préparez-vous au véritable holocauste”, “Dieu bénisse Hitler”, etc.) ; adorable fillette enhijabée qui déclare avec la candeur de ses 3 ans que les juifs sont “des singes et des porcs” parce que “c’est écrit dans le Coran”, etc. Le clip s’achève par un retour sur le turban et sa mèche, achevant de se consumer. À la fin du décompte, un éclair zèbre le ciel, symbolisant, d’après Wilders, “la menace d’orage que fait planer l’islam sur le monde”.

Voilà donc la vidéo qui affole la planète. Il n’y a pas de quoi. Il ne s’agit là que d’une nouvelle manifestation de ce racisme primaire, cette tendance à l’amalgame facile entre islam et terrorisme qui anime encore, hélas, une minorité d’occidentaux. A ce titre, tout comme les caricatures, cela ne mérite guère plus que le mépris. Il semblerait d’ailleurs que les musulmans aient retenu la leçon : jusqu’à présent, il n’y a rien eu de comparable aux débordements de violence qui avaient suivi la publication des caricatures du prophète.

Mais les réactions diverses enregistrées dans le monde musulman, pour ce qu’elles ont de “modéré”, avaient une grosse carence. Stigmatiser le discours raciste, haineux et primaire de Geert Wilders, fort bien. En deux mots, il ne saurait être question de confondre le milliard de musulmans que compte la planète avec la poignée d’illuminés qui comprennent certains passages du Coran comme une justification du terrorisme. Mais ces gens-là, pour minoritaires qu’ils soient, n’en existent pas moins. Le clip de Wilders les met largement en scène. Il eût fallu, eux-aussi, les dénoncer, avec la même force que le député néerlandais a été dénoncé. Tous ceux qui estiment que le Coran autorise à tuer et à détruire sont condamnables : Wilders comme les fanatiques qui peuplent son clip (et que nous connaissons bien, sous nos cieux). Il eût fallu dire, pour achever de convaincre l’Occident, que le peuple d’islam se désolidarise de ces gens, que ses leaders, ses porte-parole et ses gouvernements condamnent d’une même voix les propagateurs de haine anti-musulmans et les propagateurs de haine anti-juifs, ou anti-occidentaux. Dans le concert de protestations qui ont suivi la diffusion de “Fitna”, on n’a entendu personne dire ça. C’est malheureux. La critique n’est forte et convaincante que quand elle est accompagnée d’autocritique. Hélas, nous en sommes encore loin.

 
 
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