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Par Karim Boukhari
Pouvoir / islamistes. Le nouveau bras de fer
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Sit-in de sympathisants du PJD
à Kelâat Sraghna, après linterdiction
dun meeting du parti.
(DR)
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PJD dun côté, Al Adl Wal Ihsane de lautre, le Pouvoir livre bataille aux islamistes sur fond de non-dits. En attendant les élections de 2009.
Le 22 mars, Saâd Eddine El Othmani a subi une drôle de mésaventure : interdit de meeting, comme un diplômé-chômeur ou un vulgaire voleur de poule, lâche ce jeune cadre du PJD. Interdiction de meeting, donc, pour lislamiste en chef du royaume. Laffront de sa vie. Deux semaines plus tard, la pilule nest toujours pas digérée. Monsieur El Othmani a une dimension dhomme dEtat et, avec lui, ce genre de |
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pratique (interdiction) ne se fait pas, nous déclare, bien dépité pour son chef, Abdelaziz Rebbah, secrétaire général de la Chabiba du PJD.
Le calibre dEl Othmani nexplique pas, à lui seul, la dimension surnaturelle prise par linterdiction du 22 mars. Le décor aussi. El Othmani na pas été interdit nimporte où mais à Kelâat Sraghna, fief dun certain Fouad Ali El Himma, et théâtre déjà- dune corrida préélectorale. La ville, comme la région des Rhmana, est depuis septembre 2007 sous la coupe du parti du tracteur. El Himma et ses nombreux amis pourraient être tentés de confirmer leur suprématie locale, via les communales de 2009. Mais le PJD aussi. Islamistes et tracteuristes ne le disent pas encore, leurs gestes si. Kelâat Sraghna est une place haute en symboles, chaude, disputée, observée à la loupe par tout le Maroc utile. Rien de mieux pour illustrer la lutte à distance que se livrent deux factions ennemies : le Pouvoir et les islamistes.
Rhamna, mon amour
Ce nest peut-être quune coïncidence, mais si le gouverneur de la ville a cru rendre service à El Himma en interdisant El Othmani, il sest mis le doigt dans lil, tonne ce dirigeant islamiste. Reçu, entendu. Le 31 mars, le PJD a déplacé une sorte de dream team conduite par le toujours numéro 2 du parti, Lahcen Daoudi, pour tenir un sit-in à Kelâat Sraghna. Lordre du jour ressemble à lhymne de nimporte quelle association de diplômés-chômeurs : protester contre le harcèlement et la discrimination des autorités.
Parce quil ny a pas que Kelâat Sraghna. Le PJD, daprès une source dans lentourage dEl Othmani, a enregistré un taux de 10 % dactivités interdites, depuis janvier 2008. Abdelaziz Rebbah, qui conduit depuis février la campagne de moralisation du parti, en atteste. Sa caravane, entamée à Ksar El Kébir et dont le point final devrait être Marrakech le 20 avril, a dû annuler les étapes de Safi, Khénifra et Fnideq, parce que les autorités nous en ont empêchés, clame le premier caravanier du PJD.
10% dactivités interdites, cest à la fois peu et beaucoup. À côté de ce qui a été interdit, il faut voir les activités qui ont été autorisées. A Berréchid, en mars, Mustapha Ramid (chef du groupe parlementaire du PJD) a eu un discours particulièrement dur. Personne ne la interdit, relativise le chercheur Mohamed Darif. Abdelaziz Rebbah dit la même chose, mais autrement. Les interdictions sont à la base des non-autorisations. On en a déjà fait lexpérience. Mais il y a eu le cas El Othmani qui nous a posé problème. Si les autorités font leur mea culpa, on considèrera la page tournée.
À malin, malin et demi. Si le PJD bat campagne sans le dire, le Pouvoir aussi. Dun côté comme de lautre, la sournoiserie et le cynisme de circonstance sont la règle. Mardi dernier, dans ce qui ressemble fort à un poisson davril, le ministre de lIntérieur Chakib Benmoussa a remis en mains propres une lettre dexplications (et dexcuses, serait-on tenté de dire) au PJD. Le ministre a mis linterdiction dEl Othmani sur le compte de notre section locale à Kelâat Sraghna, qui na pas accompli à temps les démarches administratives nécessaires, nous explique ce dirigeant islamiste. Et alors ? Et alors, pour nous, la page est tournée, lincident est oublié, entérine Abdelaziz Rebbah. Une source au ministère de lIntérieur nous a servi les mêmes explications, les mêmes conclusions, dans le même flegme trop beau pour être sincère. Il ny a aucune volonté de nuire au PJD. Cest un parti comme les autres, ses activités doivent être entourées des mêmes modalités administratives. Sinon
. Sinon, il ny aura rien, zéro activité. Cela ne sappelle pas interdire mais, version 2008, ne pas autoriser.
La politique du non-dit
Dans le genre pince-sans rire, les principaux concernés font preuve dune rigueur à toute épreuve. A la question de savoir si un bras de fer est engagé entre le Pouvoir (ou les autorités) et les islamistes, ce dirigeant islamiste nous répond, placide : Le bras de fer est un rêve qui existe dans la tête des journalistes et de certains esprits mal éclairés. Chacun fait son boulot, cest tout. Bien sûr. Le PJD, en bon parti sérieux et appliqué, prépare déjà son prochain congrès, prévu en juillet 2008. Et se frotte les mains des bienfaits de sa caravane de la moralisation qui na rien à voir avec lapproche des élections communales, dixit Abdelaziz Rebbah. On peut le croire, même si cest à moitié. Cela ne changera rien.
Le chercheur Mohamed Darif, qui traque le développement de la famille PJD, comme celui de la Jamaâ dAl Adl Wal Ihsane (lire encadré), pointe une explication rationnelle à ce drôle de bras de fer qui ne dit pas son nom : Le PJD ne peut pas se contenter dune opposition procédurale, comme celle quil exerce au Parlement. Il lui faut aller sur le terrain, mais en douceur, sans faire de vagues
. Parce quil y a eu deux antécédents. Laffaire de Ksar El Kébir, bien sûr, dont les dérapages et les dégâts collatéraux ont dépassé lentendement (le dernier en date, la condamnation du journal Al Massae à une amende exorbitante de six millions de dirhams). Mais aussi le démantèlement du réseau Belliraj, qui a ramené dans ses filets un cadre du PJD, emprisonné parmi les présumés terroristes. Belliraj a remis à la surface lhistoire originelle de la Chabiba islamiya et de ses dérivés, dont Al Badil Al Hadari ou Al Oumma, aujourdhui dissous, mais aussi le PJD, rappelle Darif. Le PJD na pas été dissous, seulement maculé. Même sil multiplie les incursions sur le terrain, pratiquant une opposition qui lui revient de droit, ses parades ressemblent à un florilège de non-dits. Ou comment répondre, sans en avoir lair, aux tacles dun El Himma par-ci, aux réprimandes toutes polies de Benmoussa par-là. De quoi occuper joyeusement lesprit dEl Othmani & co, au moins jusquau prochain congrès. |
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Pendant ce temps-là
. La Jamaâ se tâte
Le bras de fer, authentifié par les concernés celuilà, qui oppose le Pouvoir à Al Adl Wal Ihsane, ne sest pas relâché. Entamé en 2006, il se poursuit dans la même disposition de départ, sécoulant comme un long fleuve tranquille. La configuration peut être résumée comme suit : la Jamaâ prêche, les autorités interpellent
et relâchent. Ce nest pas tant une politique islamiste globale qui est ainsi déclinée, seulement, comme lexplique le chercheur Mohamed Darif, une politique propre à la Jamaâ. Une politique, donc, dominée par lapproche légaliste, mais sous-tendue par des enjeux à mi-chemin entre le religieux et le politique. Le Pouvoir naccuse pas le peuple de Abdeslam Yassine de préparer un régicide, mais seulement de tenir des réunions (les fameux Majaliss Annassiha) illégales. La Jamaâ, hormis les sorties de la fille Yassine qui font désormais partie du décor médiatico-politique du pays, donne limpression de bien jouer le jeu et le cercle politique a édité, début 2008, un document (Jamiâne Min Ajl Al Khalass) qui ressemble bien à lébauche dun programme politique. Comme le PJD, la Jamaâ est aussi adepte du non-dit. Au point que certains observateurs, Darif en tête, estiment que jamais lEtat et la Jamaâ nont paradoxalement semblé aussi proches. En résumé : bras de fer oui, mais entre parfaits gentlemen. |
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