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N° 318
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB va faire la liste des choses qui lui font plaisir… mais ce sera pour une autre fois.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Confortablement installé à bord de son vaisseau de type Mercedes 190 D, Zakaria Boualem est tout entièrement concentré sur sa mission : contourner Rabat en utilisant la voie rapide. Notre pays, tout le monde le sait, regorge de défis divers. ça complique un peu la vie mais ça évite de s’ennuyer, ça permet de faire des chroniques facilement et ça remplace les jeux vidéo… Des exemples de défis nationaux ? Tenter de se faire soigner correctement sans faire saigner son compte en banque, comprendre la loi marocaine sans devenir fou, suivre un débat politique sans ronfler, déceler un semblant de ligne directrice dans les actions erratiques de la Fédération de foot, se marier sans déclencher de guerre civile, payer ses impôts sans rien exiger en retour en termes de service public, espérer dix millions de touristes tout en les arnaquant à chaque coin de rue, sortir de l’Education nationale en maîtrisant une langue, n’importe laquelle, prendre un taxi à Marrakech ou manger du poisson à Essaouira… Pour ne pas être taxé de négativisme à tendance nihiliste, il faut bien entendu faire une liste des choses qui, chez nous, relèvent du plaisir absolu. Vous la trouverez dans le Matin du Sahara, pas besoin d’en rajouter, chacun son métier, et merci. On me signale à l’instant que pas du tout, que le Matin du Sahara, pour remonter le moral des troupes, continue de parler de pêche au poulpe et de lajnate en tout genre. Alors Zakaria Boualem va faire sa propre liste des choses qui lui font plaisir, mais ça sera pour une autre fois, et merci de ne plus m’interrompre. Parce que Zakaria Boualem est tout entier absorbé par sa mission de contournement de Rabat, on l’a déjà dit.
Pour ce faire, il a un œil sur le compteur de sa Zakariamobile et un autre sur les panneaux de limitation de vitesse. Cette configuration, outre le fait qu’elle le contraint à un pénible strabisme divergent, le limite considérablement dans sa capacité à observer la route. Les panneaux se succèdent : 80 km/h, puis soudain 60 km/h puis un radar puis à nouveau 80, puis 60 et un radar, etc. Chaque fois qu’il y a une occasion de prendre de la vitesse, comme sur cette longue descente vers Salé, vous pouvez être sûrs qu’elle sera conclue par un panneau 60 et un radar. La police, à défaut de compter sur l’imprudence de Zakaria Boualem, depuis longtemps prévenu du piège sournois, compte désormais sur la gravité de Newton… C’est une véritable torture, de faire ronfler son moteur entre la troisième et la quatrième vitesse, à 60 kilomètres/heure sur une double voie sans le moindre danger, sauf celui de se faire taxer 100 dirhams par un policier muni d’un faux radar. Le contournement de Rabat s’étend sur une distance de 25 kilomètres.

Ce qui signifie, les plus brillants de nos lecteurs auront déjà fait le calcul, qu’il faut près d’une demi-heure pour effectuer ce long chemin de croix. Question : combien faut-il de temps pour traverser Rabat par le centre-ville ? La question mérite d’être posée. Question subsidiaire : pourquoi s’obstine-t-on à fabriquer des voitures surpuissantes si la vitesse maximum dans notre pays est de 120 km/h, 130 dans les démocraties ? Réponse possible : parce que ces voitures allemandes sont faites pour l’Allemagne où il n’y a pas de limitation sur les autoroutes. Et Ferrari alors, c’est pas allemand, ça ! Oui, vous avez raison, mais les Ferrari sont faites pour les circuits et pour draguer, donc il vaut mieux rouler au pas pour permettre aux jeunes filles de sauter dans la décapotable. Je vous vois bondir de l’autre côté de la page : Quoi ? Le Boualem retombe dans ses travers ! Il considère les jeunes filles comme attirées uniquement par le véhicule, et donc par extension pour son compte en banque alors que tout le monde sait que celles-ci cherchent un homme bon qui les respecte et qui désire le h’lal plus que tout ? La réponse de Boualem est simple : on en reparlera quand vous lui montrerez un homme riche accompagné d’une fille moche et merci. Et zut, vous l’avez énervé, il s’est laissé aller, il a oublié de freiner. Il est passé devant un radar à 64 kilomètres/heure, et le Jadarmi l’arrête avec un sourire (ce dernier point étant la manifestation la plus visible du nouveau concept de l’autorité). Ahhhhhaaaaahhhhhhhhh !

 
 
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