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Télévision. La SNRT fait son cinéma
N° 320
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Mehdi Sekkouri Alaoui

Télévision. La SNRT fait son cinéma

Aflam TV saura-t-elle
trouver son audience ?
(DR)

La SNRT renforcera bientôt son offre de télévision numérique terrestre, avec Aflam TV, une chaîne dédiée au cinéma. La sauce prendra-t-elle (cette fois) ?


Dans les prochaines semaines, le paysage audiovisuel marocain s’enrichira d'une nouvelle chaîne, baptisée Aflam TV. Comme son nom l'indique, cette chaîne thématique, qui se joindra au bouquet de la SNRT (Société nationale de radio et télévision) sera dédiée au cinéma. “Le lancement d'Aflam est la réponse à une étude que nous avons menée, et qui a montré que les Marocains étaient friands de cinéma.
Spécialement de films égyptiens et de feuilletons mexicains”, explique-t-on au département de la communication de la SNRT. Un peu courte, l'explication ? En fait, et comme le soulignent nombre d'intervenants du secteur audiovisuel, Aflam TV est surtout voulue comme un produit d’appel pour promouvoir la télévision numérique terrestre (TNT), qui peine toujours à décoller. “En cela, le Maroc ne fait que suivre une tendance mondiale, précise une source proche du dossier. En Europe, à titre d'exemple, tout le monde se prépare à l'arrêt de la diffusion analogique”.

Au passage, le lancement d'Aflam TV a condamné un autre projet de la SNRT, celui de la chaîne Nostalgie, qui devait composer sa grille en chinant dans les archives de la défunte RTM. Validé par la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), le cahier des charges de la “chaîne cinéma” est actuellement sur le bureau du ministre de la Communication, qui doit en évaluer le budget de fonctionnement avant d’expédier le dossier au ministère des Finances. “Nous prenons le temps d’étudier ce dossier afin de permettre à cette chaîne de démarrer dans les meilleures conditions”, botte en touche Khalid Naciri. Mais ce qui est certain, c'est que le plus gros des ressources devrait être affecté à l'achat et à la production de programmes. Car côté ressources humaines, ce sera le minimum syndical. “Aflam TV n’aura pas un grand besoin en moyens humains : il n'y aura que peu de recrutements”, précise-t-on à la SNRT.

Des films, des séries et des pièces
Pour l'instant, le détail de la grille de programmation d'Aflam TV n’a toujours pas été divulgué… pas plus que son directeur n'a été nommé. Pour autant, d'après le contenu du cahier des charges, les 18 heures de diffusion quotidienne devraient être meublées par des longs-métrages, des téléfilms et des séries, ainsi que par des pièces de théâtre. “Le cahier de charges impose même la diffusion d’au moins deux pièces de théâtre par mois”, nous précise ce membre de la HACA. Au programme également, des émissions sur le cinéma, une large couverture des festivals nationaux… voire internationaux. La dernière-née de la SNRT se fournira-t-elle uniquement en productions locales ? “Impossible, répond notre source. Actuellement, la production nationale ne peut pas alimenter à elle seule la grille d'une chaîne thématique. Nécessairement, Aflam TV devra se fournir à l’étranger”. Mais cette ouverture à l’international ne fait pas perdre de vue la mission de service public : le cahier des charges impose explicitement une place privilégiée pour la production nationale dans la grille des programmes, la chaîne étant “tenue de diffuser des productions nationales, en prime time et à un rythme régulier”. Confirmation auprès de la SNRT : “Nous ferons notre marché auprès de sociétés de production marocaines, et nous nous donnerons aussi les moyens de produire et de coproduire localement”, détaille notre source, qui poursuit : “Ce projet boostera certainement la production audiovisuelle et cinématographique du pays, ce qui implique plus de travail pour tout le monde”, explique la SNRT. De quoi redonner le sourire aux gens de la profession ? Pas forcément. Certains cinéastes font la moue, arguant que la création d’une chaîne thématique de cinéma signifierait la fin des salles de cinéma. “Déjà que les spectateurs marocains sont un tantinet paresseux. Avec cette chaîne, ils vont l’être davantage, regrette le réalisateur Jilali Ferhati. Au lieu d'aller voir un film en salle, ils préféreront attendre de le voir chez eux, gratuitement et dans le confort de leur salon”. À moins que les diffusions sur Aflam TV ne soient assujetties à une “chronologie des médias”, règle selon laquelle une production cinématographique ne peut atterrir sur le petit écran qu'après avoir achevé son cycle de vie en salle. La SNRT ou, a fortiori, la HACA, n'ont apparemment rien prévu de similaire…

 
 
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