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Par Nina Hubinet
Italie. Le retour du Cavaliere
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Silvio Berlusconi est bien parti
pour un troisième mandat
(DR)
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Silvio Berlusconi revient aux affaires pour la troisième fois. Sil a promis des temps difficiles aux Italiens, sa politique envers les immigrés, soufflée par lallié de la Ligue du Nord, promet dêtre particulièrement rude.
Il faut augmenter les effectifs de la police de proximité afin de constituer une armée du bien, qui sinterpose dans la rue entre les citoyens et larmée du mal. La première déclaration de Silvio Berlusconi, au lendemain de son succès électoral, donne le ton. Cest en ces termes messianiques et manichéens que le leader de la droite |
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italienne parlait de la criminalité sur la Rai (chaîne de télévision publique). La deuxième phrase de ce discours guerrier est encore plus édifiante : Il faut recommencer, avec laccord des pays concernés, à renvoyer chez eux les étrangers issus de pays nappartenant pas à lUnion européenne, nayant ni travail ni logement, et qui sont donc contraints de recourir à la criminalité pour vivre. Le lien est clairement établi entre immigration et criminalité : une vieille recette des partis xénophobes, mais qui fonctionne, et quUmberto Bossi, le chef de la Ligue du Nord, aura su apprécier.
Larmée du mal
Berlusconi doit en effet ménager ce puissant allié, puisque cest grâce à la Ligue du Nord que sa coalition, le Peuple de la liberté (PLD), a atteint une majorité écrasante au Parlement. Le parti anti-immigrés, anti-européen et autonomiste a en effet doublé son score lors de ce scrutin : alors que la Ligue ne rassemblait que 4,5% des voix aux précédentes élections, dépasse aujourd'hui les 8%. Ses membres occuperont 60 sièges à la Chambre des députés et 25 au Sénat. En Lombardie et en Vénétie, ses bastions du nord, la Ligue a parfois dépassé les 25%, renouant avec un succès quelle navait plus connu depuis 1996, quand elle avait atteint les 10,1%. Cette progression est due notamment à la percée du parti dans les milieux ouvriers du nord, autrefois acquis à la gauche.
Deux ministères sont d'ores et déjà réservés au parti dextrême-droite dans le nouveau gouvernement. Au cours de la campagne, Berlusconi avait même annoncé que Bossi serait son ministre des réformes, avant de changer davis. La principale réforme que le chef de la Ligue du Nord rêve dintroduire, cest le fédéralisme fiscal, pour mettre fin à ce quil considère comme un racket exercé par le sud pauvre sur les richesses du Nord. Il est impensable que tout largent (du nord) atterrisse toujours à Rome, a-t-il martelé, avant de senthousiasmer : Nous avons à présent la force nécessaire pour faire passer les idées du nord. Pour autant, la Ligue du Nord a affirmé quelle navait pas lintention de prendre en otage le gouvernement de Berlusconi, rappelant que les deux partis avaient un programme commun. Mais ces amabilités ne changent pas la donne : Bossi peut exiger beaucoup de Berlusconi. Cest un retour en force de la Ligue du Nord, qui avait été cannibalisée par Forza Italia (lancien parti de Berlusconi). Elle va certainement exiger des responsabilités et des ministères importants, estime le politologue spécialiste de lItalie, Marc Lazar.
Provocations islamophobes
Hormis le fédéralisme fiscal, limmigration est, avec les questions européennes, le deuxième thème de prédilection de la Ligue du Nord. Ses élus se sont plus dune fois illustrés par leurs prises de position racistes ou islamophobes. La promenade de Mariella Mazzetto, une ancienne vice-ministre de lEducation et élue à Padoue (Nord), avec un porc sur le futur terrain dune mosquée, en novembre dernier, avait provoqué un tollé. Roberto Calderoli, ancien ministre du gouvernement Berlusconi, a quant à lui arboré un T-shirt floqué dune des caricatures du prophète Mohamed en 2006.
Au-delà des provocations, lassociation entre criminalité et immigration structure la vision qua la coalition au pouvoir des immigrés. Les deux principales communautés étrangères, les Roumains et les Albanais, sont largement visées par laccusation dêtre le terreau de la criminalité. Mais la troisième communauté, marocaine, avec près de 240 000 membres, nest pas à labri dun durcissement de la politique dimmigration.
La loi Bossi-Fini, adoptée en août 2002, sous Berlusconi, était en partie luvre dUmberto Bossi. À linstar des mesures prônées par Sarkozy en France, cette loi a établi des systèmes de quotas et conditionne la délivrance dun titre de séjour à lobtention préalable dun contrat de travail. Lorsque Berlusconi dit quil faut renvoyer chez eux certains immigrés, il ne sagit probablement pas de paroles en lair. Lexemple de la France et de ses objectifs chiffrés d'expulsions pourrait bien linspirer. Et la pression est assez forte au sein de sa coalition pour quil tienne ses promesses. |
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