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Par Abla Ababou
Arts plastiques. À la conquête de lOuest
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Mahi Binebine entouré de la
romancière Nancy Huston
et son conjoint, le philosophe
Tzvetan Todorov.
(DR)
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Après avoir assis sa notoriété au Maroc, Mahi Binebine s'attaque au marché international de l'art. Première étape : Paris. Avant Cologne et la Grande pomme.
Malgré les caprices du temps parisien, il y avait foule ce soir du mercredi 16 avril, au vernissage de Mahi Binebine. Devant l'entrée de la galerie Enrico Navarra, l'assistance se bousculait jusque sur les trottoirs, histoire de griller une cigarette ou tout simplement d'échapper un instant à la cohue qui inonde la galerie d'art parisienne.
Dans ce célèbre lieu d'exposition, situé au 75, rue du Faubourg |
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Saint-Honoré, on jouait des coudes pour tenter d'entrevoir un morceau de toile ou croiser une figure connue. Et Dieu sait si elles étaient nombreuses. Parmi elles, la romancière canadienne Nancy Huston, auteur de multiples best-sellers, et qui a également rédigé un texte sur les uvres de Mahi Binebine pour sa monographie intitulée 20 ans de peinture, publiée aux éditions de l'Aube en novembre dernier. Les mêmes mots sont d'ailleurs repris dans le catalogue de l'exposition parisienne : C'est l'effort humain que disent ses toiles avec une telle douceur, l'effort terrible, l'effort ardu pour exister, pour aimer, pour survivre, pour aller quelque part. Ça flotte dans la couleur, la couleur est belle et le flottement est beau, mais le ça est angoissant, même si on ne sait pas pourquoi c'est angoissant.
La romancière était accompagnée de son non moins célèbre conjoint, le philosophe et sémiologue français d'origine bulgare, Tzvetan Todorov. Également de la partie : Fadela Amara, secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville et initiatrice du Tour de France de l'association Ni putes, ni soumises. Je suis vraiment fière chaque fois que je vois des Marocains montrer leur savoir-faire. C'est une manière de dire que la culture, ce n'est pas qu'en France, c'est aussi ailleurs, a-t-elle déclaré. Un avis que semblent partager bien d'autres invités, dont le nombre oscillait ente 700 et le millier. Une belle preuve de reconnaissance pour le plasticien marocain. Les commentaires allaient bon train : Même si je ne comprends pas grand-chose à la peinture, je peux dire que ce travail me parle, avoue cette jeune casablancaise installée depuis deux ans à Paris. Pour continuer sur la liste des VIP présents au vernissage, on note également la présence de Abdelaziz Tazi, président de la filiale marocaine de Société Générale, qui n'a jamais caché son amitié pour Mahi Binebine. Dans la foule également, les journalistes des rubriques culture France 3, du Nouvel Observateur, de Libération ou encore Paris Match répondaient à l'appel.
Paris, me voilà !
Côté artistes marocains, la liste est tout aussi longue. On retient ainsi la présence des peintres Ilias Selfati, Mohmed Morabiti et Abderrahman Yamou, ainsi que celle de l'écrivain et critique littéraire Salim Jay qui, apparemment, semble préférer la peinture de Binebine à ses écrits.
Malgré tout, il y eut quelques absences. Celle de Rachida Dati, ministre française de la Justice, et surtout grande amie de l'artiste, n'est pas passée inaperçue, d'autant que la Garde des sceaux avait confirmé sa venue via son secrétariat. Quant à l'ambassadeur du Maroc à Paris, Fathallah Sijelmassi, retenu pour affaires, il s'est fait pardonner par un bouquet de fleurs envoyé à Mahi Binebine.
Le périple parisien de ce dernier ne se limitait pas à la galerie Enrico Navarra. Binebine expose individuellement du 17 au 27 avril à la galerie Loft, spécialisée dans l'art contemporain chinois, des dessins avec collage, réalisés sur papier avec du goudron. Il faisait également partie d'une exposition collective de dessins intitulée Dessins contemporains, tenue à la Galerie Bailly du 4 au 19 avril. Dans cette superbe galerie de 1000 m2 sur trois niveaux, agencée par Jean Nouvel himself, les dessins de Mahi Binebine ont côtoyé ceux de grands artistes européens comme Niki de Saint Phalle, Enki Bilal ou Virginie Caillet.
À l'origine de ces expositions parisiennes se trouvent le marchand d'art français installé à Marrakech, Dominique Potier, et, surtout, Enrico Navarra, marchand d'art international qui s'est fait connaître dans le milieu il y a une trentaine d'années, lorsqu'il fut courtier en lithographies entre Paris, New York et le Japon. Navarra est également à l'origine d'un superbe ouvrage de mille et une pages consacré à l'art contemporain arabe. Coût de la réalisation du livre : un petit million d'euros !
Navarra et Potier, les guides
Amoureux des arts, Enrico Navarra n'en perd pas pour autant le sens des affaires. Lorsqu'il jette son dévolu sur un artiste, c'est pour le conduire vers une carrière fulgurante. Dans le cas de Mahi Binebine, l'homme est également à l'origine, avec Dominique Potier, de son virage à la sculpture. Il faut dire que les toiles de l'artiste, d'où émergeaient souvent une main désespérée ou un masque grimaçant en papier mâché, ne demandaient qu'à se libérer pour donner naissance à ce totem de 500 kilos exposé à la galerie Navarra. Une pièce unique réalisée entre Pékin et Shanghaï et composée, en tout, de plus d'une centaine de masques et de mains en bronze et en résine, que l'artiste a assemblés avec du fil de fer. Pourquoi avoir choisi la Chine pour réaliser les moules et faire couler le bronze ? Parce que c'est moins cher, répond simplement Binebine, dont les deux séjours en Chine ont été financés par les deux marchands d'art. Prix de la sculpture : 200 000 euros. Quant au prix des toiles, il varie entre 35 000 et 45 000 euros. Des prix qui restent encore loin des millions d'euros qu'Enrico Navarro affiche pour certains artistes contemporains. À quand le tour de Mahi Binebine ? Loin de se laisser enfler les chevilles, l'artiste reste prudent, gardant les pieds sur terre : J'ai surtout vécu cette expérience comme un examen. Des ventes ont certes été réalisées, mais le plus important pour moi a été de sortir du marché marocain, dans lequel je m'étais confiné. Quant à l'avenir de ma carrière, je n'en fais pas vraiment une obsession. Du coup, l'artiste marque ses distances vis-à-vis du marché marocain, où il a décidé de ne plus exposer avant longtemps. Ses projets sont en réalité ailleurs : il prépare déjà une exposition au mois de juin prochain à Cologne, en Allemagne, avant d'attaquer New yorkYork à la rentrée. Et optant pour la Grande pomme, Mahi Binebine ne va pas en terre inconnue : certaines de ses toiles font déjà partie de la collection permanente du Guggenheim. Excusez du peu
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