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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Par Youssef Zeghari,
envoyé spécial à Meknès

Agriculture. Akhannouch voit vert

Le “Maroc vert” ambitionne
de transformer les cultures
vivrières du royaume.
(TNIOUNI / NICHANE)

“Le Maroc vert” : c’est le nom de la stratégie agricole du pays pour les dix prochaines années. Une vision aux allures de business plan, tournée vers la restructuration du secteur.


Présence royale oblige, membres du gouvernement, grands patrons marocains et étrangers ont tous envahi la place de Sahrij Souani à Meknès, en cette matinée du 22 avril. C’est la veille de l’ouverture officielle du Salon international de l’agriculture de Meknès (SIAM) et le jour J pour Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture. C'est en effet ce jour-là qu’il présente les grands axes de la vision stratégique du secteur
de l’agriculture. Baptisé “le Maroc vert”, ce plan “clés en main” a été concocté en 5 mois par les experts du cabinet américain McKinsey, moyennant 25 millions de dirhams. D’emblée, le ministre annonce la couleur, brandissant l’agriculture comme le fer de lance de l’économie marocaine. Le secteur devrait reprendre le relais de la croissance (augmentation du PIB agricole de 100 milliards de dirhams en 10 ans) et dynamiser la création d’emplois et la lutte contre la pauvreté. Côté ressources, les chiffres sont concrets : pas moins de 50 milliards de dirhams à ponctionner sur le budget de l’Etat, sans compter l’appoint du Fonds Hassan II et les investissements privés espérés.

Culture du business
La rentabilité de l’agriculture reste le principal cheval de bataille d'Akhannouch. Il déplore le manque d’investissements privés dans ce secteur, qui compte pour 20% du PIB et emploie près de 4 millions de personnes. Il espère déclencher une vague de financements privés nationaux, qui atteindrait 10 milliards de dirhams par an. “Pour attirer les investissements, il faut améliorer les revenus”, tonne le businessman. Exemple à l’appui, Aziz Akhannouch défend une spécialisation de la production. Ce sont les céréales, principale culture vivrière du Maroc, qui est pointée du doigt. Elle couvre la majorité de la production, mais n'assure que 10% du chiffre d’affaires du secteur. En face, la tomate, les fraises et les agrumes affichent une valeur ajoutée bien plus importante. D’où l’importance de fédérer les petites exploitations répandues sur 70% de la surface agricole utile. Le manager mise aussi sur le développement durable et prévoit de structurer les filières à forte rentabilité autour “d’agrégateurs” (comprenez coopératives). Objectif : améliorer les revenus des petits fermiers tout en garantissant des produits avec un bon rapport qualité-prix.

La mission est aussi ambitieuse que difficile à réaliser. Surtout que la compétitivité du royaume tend à s’effriter. La carte maîtresse du Maroc a toujours été sa main-d’œuvre bon marché, un joker qui perd de sa valeur avec l’augmentation du niveau de vie et les orientations de protection sociale des employés. Les bailleurs de fonds deviennent d’ailleurs de plus en plus frileux : “Avec la titularisation des ouvriers et l’AMO, les charges augmentent et l’attractivité diminue”, déplore cet investisseur français.

Autre enjeu majeur pour le Monsieur Agriculture du gouvernement : la maîtrise des ressources hydriques. Malgré la politique des barrages, l’agriculture, qui consomme 80% des réserves d’eau, reste fermement enchaînée à la pluviométrie. Aujourd’hui, la surface agricole irriguée ne couvre que le quart des 9 millions d’hectares de la surface agricole utile. Le taux est encore plus faible pour le procédé du goutte-à-goutte. “Il faut généraliser cette pratique qui permet l’optimisation de la gestion de l’eau. C’est un levier important pour l’amélioration de la productivité”, argumente Mardochée Devico, PDG des Conserveries de Meknès. Réduire les charges et augmenter le profit, voilà, en gros, la politique que veut mettre en place Aziz Akhannouch, même si “le chiffrage exact des impacts est difficile”, reconnaît-il dans sa présentation. Pour le détail, il faudra repasser. Mais auprès du ministre, on se veut rassurant : “La mise en œuvre de la stratégie […] est en cours et dès l’année prochaine, on pourrait en communiquer les premiers résultats”. Rendez-vous est donné pour le prochain bilan d’étape.

 
 
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