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N° 321
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“Je suis une folle de foot”

Samira Zaouli,
ex-présidente du TAS
(DR)

Antécédents

1961. Naissance à Casablanca.
1975. Se met au football.
1981. Intègre l’éducation nationale.
2003. Est nommée présidente du TAS.
2007. Travaille sur la création d’un centre de formation de football féminin à Hay Mohammadi.
2008. Organise la commémoration de la mort de son père, Larbi Zaouli.

Smyet Bak ?
Larbi Zaouli.

Smyet Mok ?
Fatima Benkhayr.

Nimirou d’la carte ?
B 645579.

Une femme qui préside un club de football, c’est plutôt rare. Comment avez-vous fait pour être nommée à ce poste ?
En fait, personne ne voulait de ce poste. Les membres du comité de direction du TAS connaissaient mon engagement et mon amour pour le club. On m’a peut-être choisie parce que je suis une enfant de la balle.

Vous êtes une folle de foot ?
Oui, évidemment, j’ai ça dans le sang. Etant petite, j’habitais juste à côté du poteau de corner. C’est dire la proximité.

Vous êtes une fille à papa ?
Je dirais oui et non. Je suis fière d’être la fille de mon père, mais je ne le voyais pas souvent. Il sortait le matin en jogging et ne revenait que tard le soir. Pendant longtemps, je me demandais s’il était un papa “normal”. En fait, je n’ai pas le sentiment d’avoir pleinement profité de lui.

Vous vous en êtes remise depuis ?
Oui, car nous avions une relation privilégiée. J’étais la seule de mes trois frères et sœurs à l’accompagner aux entraînements qui se déroulaient en cachette. À l’époque, c’était honteux pour une fille de faire du sport, et encore plus du football, qu’on assimilait à un sport de “slaguet”.

Vous êtes un garçon manqué ?
Il est clair que j’ai souvent mis ma féminité de côté. Je suis une femme dans un univers d’hommes. D’ailleurs, depuis mon plus jeune âge, je porte une coupe garçon. Mais à côté de ça, je suis aussi une mère de famille.

Une mère de famille en crampons…
Ma fille vient de fêter ses 14 ans, elle a grandi sans que je ne m’en rende compte. Je n’ai pas mené la vie d’une maman standard, je ne suis pas la mode, je ne regarde pas les séries télé…

Même pas Guadalupe ?
Eh non, malheureusement. J’ai d’autres choses à faire.

Comme quoi ?
Comme changer le Maroc, par exemple.

Bonne chance alors. On fait comment pour se faire respecter dans cet univers d’hommes ?
En général, ce n’est pas simple. Il est arrivé qu’un joueur me jette son enveloppe de prime à la figure. Mais tout cela ne m’a jamais effrayée. Je participe aux entraînements, je fais face au public quel que soit le résultat du match.

Et la violence dans les matchs de femmes, ça existe ?
Bien sûr ! Il est déjà arrivé qu’une équipe de femmes tabasse un arbitre. C’est rare, mais ça existe !

Et côté salaire, vous vous en sortez bien ?
Non, car je n'en ai pas. Je suis bénévole. D’ailleurs, j’ai perdu mon poste au sein de l’éducation nationale en 2003.

Pourquoi avez-vous quitté votre poste de présidente du TAS ?
Depuis que j’ai commencé, on n’a pas cessé de me mettre des bâtons dans les roues. On voyait d’un mauvais œil qu’une femme dirige un club de foot. Et puis, le TAS est descendu en division amateur. J’ai donc été “remerciée”.

En même temps, vous n’aviez qu’à obtenir de bons résultats…
C’est vrai, sauf que dans mon cas, certaines personnes qui ne m’appréciaient pas soudoyaient des joueurs pour faire de mauvais matchs. Vous savez, le sabotage est une pratique très courante dans notre football. Henri Michel doit en savoir quelque chose…

En parlant d’Henri Michel, à quand une “sélectionneuse” pour le onze marocain ?
Pourquoi pas. J’espère qu’un jour ce sera possible.

Vous êtes consciente que ce serait une première mondiale ?
Oui, mais rien n’est impossible. Commençons par avoir une “entraîneuse” adjointe. Il faut juste un peu de volonté.

Si on faisait un match pour le jubilé de votre père, vous rentreriez sur le terrain ?
Pourquoi pas ? Mais seulement si on invite Nezha Bidouane et Nawal El Moutawakil.

Ah bon, vous leur avez demandé leur avis ?
Oui, bien sûr. Nawal El Moutawakil est une excellente footballeuse.

Et vous, vous évoluez comme arrière ou en pointe ?
J’étais une attaquante. Mon père me disait que j’étais technique et physique à la fois. Il disait que je faisais exploser les filets (rires).

Le TAS s’est fait battre par une équipe de restaurant marrakchie (Chez Ali). C’est le début de la fin, non ?
Non, c’est le football. On peut être le meilleur sur le papier, mais le match se joue sur le terrain.

 
 
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