1er Mai. Faut-il avoir peur ?
Abdelaziz Meziane Belfkih. "Il n'y a pas de crise de l'enseignement"
Société. L'huissier, ce mal-aimé
Législation. La loi "anti-drague"
Israël-Hamas. L'impossible dialogue
Alimentation. La faim du monde
Médicament. La bataille des génériques
Agriculture. Akhannouch voit vert
Sortie. Ce que Lola veut
Arts plastiques. À la conquête de l'Ouest
Cinéma. Cuisine et dépendance
N° 321
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

1er Mai. Faut-il avoir peur ?

Le 1er mai 2008 promet d’être
au moins aussi “chaud” que
celui de l’année précédente.
(AFP)

Pour ses “erreurs” dans la conduite de Wana, Saâd Bendidi a été À la veille de la Fête du travail, le bras de fer se poursuit entre le gouvernement et les syndicats. La menace d’une grève générale devient réelle.


Samedi 19 avril. Quartier Général de la CDT (Confédération démocratique du travail). Quelque 300 représentants régionaux de la centrale syndicale ont fait le déplacement des quatre coins du pays pour assister au congrès national. Le tonitruant Noubir Amaoui, qui vient d’achever son allocution, est ovationné par la foule. La raison ?
Le numéro 1 de la CDT vient d’annoncer le retrait de ses neuf élus de la Chambre des conseillers. Coup de tête ou coup d’éclat du leader historique ? En tout cas, la décision est suffisamment spectaculaire pour ne pas passer inaperçue, “même si elle ne risque pas d'avoir la moindre conséquence au sein de l’hémicycle”, nuance un observateur.

Ce retrait, à la veille du quatrième round du dialogue social, semble éminemment politique et clairement opportuniste… bien que les cadors de la CDT s’en défendent. “Nous nous sommes retirés parce que nous ne pouvions plus cautionner le fonctionnement de la deuxième chambre”, tonne Khalid Alami Houir, chef du groupe parlementaire démissionnaire. Et de renchérir : “À deux pas du Parlement, les diplômés chômeurs se font régulièrement bastonner. Nous ne pouvions plus fermer les yeux sur de tels agissements”. Des explications génériques, pour ne pas dire démagogiques, pour justifier une décision prise à moins de deux semaines du 1er mai. Difficile d'y voir un simple hasard de timing. Pourtant, le discours officiel de la CDT se contente d’évoquer “le dysfonctionnement de la Chambre des conseillers”. À d'autres…

“Fête” vos jeux !
Changement de décor. Nous sommes à Rabat, au siège de la primature, loin du microséisme politique provoqué par Amaoui & Co. Abbas El Fassi reçoit ses collaborateurs pour une dernière séance de travail avant l’entame du troisième round du dialogue social, prévu deux jours plus tard. Objectif : présenter aux syndicats des propositions à même de calmer la grogne sociale manifestée par un vaste mouvement de grèves qui agite les fonctionnaires de tous bords. L’heure est grave pour le Premier ministre et son staff. On craint manifestement un 1er mai de tous les dangers, mais sans le dire et en forçant un peu sur la méthode Coué. “Les syndicats ne sont plus ce qu’ils étaient. Ils parviennent à mobiliser tout au plus 7% des travailleurs. Et puis, de toute façon, nous espérons boucler le dernier round avant le 1er mai”, nous explique-t-on à la primature. Autant dire que le compte à rebours est lancé. Cela fait pourtant plus de deux mois que les tractations ont été entamées : un premier, un deuxième, puis un troisième round de négociations, mais toujours pas de consensus en vue entre les différents acteurs du dialogue social. Les propositions de la primature (voir tableau) ont en effet essuyé une fin de non-recevoir. “Nous ne sommes d’accord ni sur le montant des augmentations, ni sur les délais”, avoue ce collaborateur du Premier ministre.

Lundi 21 avril : reprise des négociations. Pour faire front aux dirigeants syndicaux, gonflés à bloc, Si Abbas s'est entouré d'une flopée de ministres (de la Justice, des Finances, de l’Education, de la Santé...). “L’ambiance est détendue, les gens sont courtois, on sourit, on se fait la bise, et on discute à bâtons rompus”, nous confie cette source à la primature. Deux jours durant, les réunions marathons se suivent et se ressemblent. Les patrons des centrales défilent devant le Premier ministre et ses ouailles, qui prennent connaissance du cahier de doléances avant de faire leur offre. “En fait, il s’agit d’une proposition. Elle n’est pas figée, mais elle pourra servir comme base de discussion”, affirme l'un des négociateurs de la primature. Chez les syndicalistes, on s’offusque parfois, on met de l’eau dans son vin souvent. “Ridicule”, grognent les uns, “Insuffisant, mais louable”, tempèrent les autres. En fait, les cinq principales centrales du pays (UGTM, UNTM, UMT, CDT et FDT) sont engagées dans une partie de poker menteur, dans laquelle elles s'évertuent à bien cacher leur jeu. Quitte à sortir de leur manche le dernier atout : la grève générale, brandie comme l'ultime menace. Même l’UGTM (proche de l’Istiqlal), peu habituée à cacher son assujétion au Premier ministre, alterne le chaud et le froid. “Le gouvernement a apporté une proposition sérieuse, mais elle ne répond pas à nos attentes. Cela dit, nous ne devons pas aller vers une autre crise”, préconise Mohamed Benjelloun Andaloussi, leader de la centrale. En revanche, chez l’UNTM, proche du PJD, on envisage tout… et son contraire : “La grève est une option. Mais n’oublions pas qu’il reste une quatrième rencontre avant le 1er mai”. Enfin, du côté de la CDT, le ton est diplomate mais ferme : “On comprend la conjoncture, mais on doit d'abord tenir compte de la situation des salariés. On n’aimerait pas être contraint d’aller vers la casse”, prévient un dirigeant du syndicat.

Et les tansikyate ?
Curieusement, le mouvement des tansikiyate, qui mobilise la rue marocaine contre la vie chère depuis bientôt deux ans, semble être le grand oublié de ce “dialogue entre vieux amis”. Pourtant, c’est lui qui risque de chauffer le public lors de la prochaine Fête du travail. “Nous comptons bien nous inviter au 1er mai. Le droit économique fait partie des droits de l'homme”, affirme Khadija Ryadi, présidente de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), pierre angulaire des coordinations. Et à quelques longueurs du jour J, on s’active, on se prépare, on multiplie les réunions. Au total, 90 coordinations locales sont déjà sur le pied de guerre. “Nous devons être bien organisés pour que notre action fasse le maximum de bruit”, promet la présidente de l’ONG. Tellement de bruit que le quotidien français Le Monde parle (à tort) “d’émeutes de la faim au Maroc” !

Question : que pèsent vraiment les tansikyate ? “Ce mouvement, fruit d’une synergie entre plusieurs forces progressistes (AMDH, PADS, Annahj, PSU, et plusieurs centrales syndicales), fait plus peur que les syndicats, car il est bien plus fédérateur”, croit savoir ce dirigeant d’une section locale. Et de poursuivre : “Nous scanderons les slogans que nous voudrons. En tant que coordination, notre rôle est clairement de mettre la pression sur le gouvernement”. Et d’obtenir, probablement, des résultats : après l’épisode Sefrou (où la police avait réprimé une manifestation contre la cherté de la vie), le gouvernement était revenu sur les hausses de prix de quelques produits de première nécessité. Ce qui n’a pas empêché la condamnation à des peines prison des manifestants de Sefrou, Béni Mellal ou Boumalne Dadès. Avant que le roi ne procède à une série de grâces. À la veille du 1er mai.



Négociations. Pendant ce temps-là, le patronat…

Mardi 22 avril, Abbas El Fassi et ses collaborateurs concluaient le troisième round du dialogue social en recevant les responsables de la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc), dernier partenaire à consulter avant de finaliser la proposition gouvernemental. Après cette rencontre, le gouvernement a revu son offre à la hausse, avec la bénédiction du patronat qui a concédé un peu de terrain. Pour autant, la CGEM y est aussi allée de ses propres demandes : mise en place d'accords sectoriels dans l’industrie du textile, réduction de l’Impôt sur les sociétés et baisse de la TVA sur quatre ans. Sur sa lancée, le patronat a même appelé à la réglementation du droit de grève, sans toutefois remettre en cause le principe.


Les propositions du gouvernement et des centrales syndicales dans le cadre du dialogue social.
 
Gouvernement
Syndicats
SMIG (en DH)
1950
3000
Salaire de base imposable (en DH)
2200
3000
Allocations familiales mensuelles (en DH par enfant)
200
300
Budget (en milliards de DH)
15
30
Impôt sur le revenu (Tranche supérieure)
40%
36%
Minima de pensions de retraite (en DH)
600
2000

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés