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Par Nina Hubinet
Israël-Hamas. Limpossible dialogue
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Khaled Mechaal, le chef politique du
Hamas, multiplie les déclarations
faussement conciliantes
à légard dIsraël.
(AFP)
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La rencontre de Jimmy Carter avec le chef du Hamas, Khaled Mechaal, a relancé la question des relations impossibles entre le mouvement islamiste et lEtat hébreu. Pour quels résultats ?
Barack Obama, le candidat démocrate, était en train de prendre son petit-déjeuner dans un local de campagne. La question la visiblement agacé. Pourquoi est-ce que je ne peux pas simplement manger ma gauffre ?, a-t-il répondu sèchement au journaliste qui linterrogeait sur la rencontre entre Jimmy Carter et le chef politique du Hamas. Il avait déjà rappelé, quelques jours plus tôt, quil considérait le Hamas comme |
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une organisation terroriste, donc peu fréquentable. Hormis Obama, les compatriotes de Jimmy Carter ont tous condamné avec virulence sa visite à Damas. Cela na pas empêché lancien président de se dire satisfait de sa rencontre avec Khaled Mechaal. Le problème nest pas que jai rencontré le Hamas en Syrie, le problème est quIsraël et les Etats-Unis refusent de rencontrer ces gens, a-t-il estimé. Linitiative de lartisan des accords de paix entre lEgypte et Israël en 1979 a le mérite de reposer le problème : Israël et les Etats-Unis doivent-ils négocier avec le Hamas ?
Une trêve de dix ans
De retour de Damas lundi, Carter a annoncé que le mouvement islamiste était prêt à accepter un Etat palestinien dans les frontières de 1967 (avant loccupation israélienne des Territoires) si les Palestiniens lapprouvent et quils acceptent le droit dIsraël à vivre en paix comme proche voisin, ce que Carter a compris comme une promesse explicite de reconnaissance dIsraël par le mouvement islamiste. Mais Khaled Mechaal est rapidement venu nuancer ses propos : Nous acceptons un Etat sur la ligne du 4 juin (1967), avec Jérusalem pour capitale, une véritable souveraineté et le droit complet de retour pour les réfugiés, mais sans reconnaître Israël. Le chef politique du Hamas a ajouté que son mouvement respecterait la volonté nationale palestinienne, même si elle va à lencontre de ses convictions. Autrement dit, le Hamas ne sopposera pas à un accord de paix conclu entre Mahmoud Abbas et Ehoud Olmert, qui ont repris des pourparlers depuis la conférence dAnnapolis (novembre 2007), si cet accord est approuvé par un référendum. À défaut dune reconnaissance formelle de lEtat hébreu, le Hamas propose également une trêve de 10 ans comme preuve de reconnaissance aux Israéliens sils se retirent dans les frontières de 1967. En guise de commentaire à la déclaration de Mechaal, Dana Perino, la porte-parole de la Maison Blanche, a rétorqué que les actes parlent plus fort que les mots, faisant référence aux tirs de roquette quasi-quotidiens sur Israël depuis la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas. Washington a clos le débat en affirmant ne voir là aucune modification dans la position du mouvement islamiste.
Les frontières sacrées de 1967
Un avis que partagent nombre de spécialistes du Proche-Orient : la position exprimée par Khaled Mechaal nest pas fondamentalement différente de ce que le Hamas avait coutume de dire jusque-là. Dès février 2004, Cheikh Yassine (le fondateur du Hamas) affirmait que le Hamas nétait pas prêt à reconnaître Israël mais quil accepterait une trêve si Israël se retirait dans les frontières de 1967, rappelle Barah Mikaïl, chercheur à lIRIS (Institut de relations internationales et stratégiques). Cette idée figurait dans des documents internes du Hamas depuis 1994, confirme Aude Signoles, chercheur en sciences politiques à lUniversité de la Réunion et auteur de Le Hamas au pouvoir, et après ? (Milan, 2006). D'ailleurs, Mechaal avait déjà réaffirmé cette position début avril dans une interview au quotidien palestinien Al Ayyam. Mais les derniers propos du chef du Hamas sont loin dêtre anodins. Ces déclarations sont bienvenues car elles permettent dêtre clair sur les conditions que pose le Hamas pour permettre de pacifier la situation sur le terrain, estime Barah Mikaïl. Elles contredisent les Américains et les Israéliens, qui ne cessent de répéter que le Hamas est fermé à toute négociation pacifique.
Il y a pourtant peu de chances quIsraël, qui a réaffirmé mardi être hostile à tout dialogue avec le Hamas, prenne en compte ces déclarations. Israël nest pas disposé à négocier la donne territoriale avec les Palestiniens, affirme Barah Mikaïl. LEtat hébreu nenvisage pas en effet de restituer les territoires occupés en 1967, aujourdhui parsemés de colonies. Du coup, selon le chercheur, les Israéliens recentrent le débat sur les violences du Hamas sur le terrain pour justifier le refus du dialogue avec le Hamas. Le retour au plan de 1967 étant la condition préalable de tout accord de paix pour le mouvement islamiste, il est peu probable quun échange constructif émerge à court terme entre les deux parties.
Les (vraies) préoccupations des Palestiniens
Pourtant, en coulisses, Israël ne serait pas totalement hermétique au dialogue. Un haut responsable du ministère de la Défense, Amos Guilad, sest rendu au Caire début mars. Plusieurs sources ont affirmé que des négociations secrètes entre Israël et le Hamas par lentremise de lEgypte étaient en cours. La trêve dune semaine, respectée le mois dernier par les deux parties, est venue confirmer cette hypothèse. Officiellement, Ehoud Olmert nie toute discussion avec les islamistes. Il sait pourtant que 64% des Israéliens sont favorables à louverture de négociations avec le Hamas, selon un sondage réalisé en février.
Ces histoires de négociations secrètes, de reconnaissance dIsraël ou de rencontre entre Jimmy Carter et Mechaal sont loin danimer les conversations à Ramallah. Personne nen parle !, témoigne Aude Signoles, en Cisjordanie depuis une dizaine de jours. Et lorsquon demande aux Palestiniens ce quils en pensent ? Ça les fait sourire, poursuit Signoles. Ici, personne nest contre la reconnaissance dIsraël, mais les gens se préoccupent davantage de savoir sur quel cadre un Etat peut être bâti. Or sur le terrain, on séloigne de plus en plus dun Etat viable. Les Palestiniens critiquent aussi de manière de plus en plus virulente Abou Mazen (Mahmoud Abbas) et son gouvernement, les accusent de corruption, déplorent leur refus catégorique de traiter avec le Hamas, fustigent la décision de renforcer les effectifs de la police alors que les enfants ont besoin de terrains de sport, d'écoles et de soins médicaux
Et le rival du Fatah ne se gêne pas pour profiter de cette colère : un sondage réalisé il y a quelques jours montre que 85% des Palestiniens soutiennent le Hamas. Une paix stable entre Palestiniens et Israéliens ne peut se faire sans impliquer le mouvement islamiste, que lon apprécie ou pas son idéologie. Dautant que le jeu est dangereux : refuser tout dialogue avec le Hamas, cest laisser le champ libre à Téhéran, qui ne demande pas mieux, que davoir un deuxième allié au Proche-Orient. |
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Jimmy Carter. Lentremetteur de la paix
Âgé de 83 ans, Jimmy Carter nen est pas à son coup dessai en matière dinitiative de paix. L'ancien président des Etats-Unis (1977-1981), prix Nobel de la paix en 2002, a toujours su bousculer les conventions pour pousser les protagonistes dun conflit à sentendre. Son plus grand succès reste les accords de Camp David, par lesquels lEgypte et Israël signèrent la paix en 1979. Issu dune famille de fermiers baptistes, Jimmy Carter sest ensuite illustré comme médiateur des conflits les plus inextricables, du Burundi, en 1995, au Venezuela, en 2003. Avec quelques succès, mais aussi des échecs. Au Proche-Orient, Jimmy Carter a supervisé plusieurs élections palestiniennes. Dès la victoire électorale du Hamas en 2005, il se prononce pour un dialogue avec le mouvement islamiste. Il rencontre ses cadres une première fois en 2006, suscitant déjà la colère de létat-major américain. En janvier dernier, Jimmy Carter a rendu à nouveau visite aux dirigeants du Hamas. Même sil se défend dagir en médiateur, sa tournée actuelle au Proche-Orient (après Israël et la Syrie, il doit se rendre en Jordanie et en Arabie Saoudite) ressemble fort à une nouvelle tentative pour mettre les pays de la région sur la voie de la paix. Mais même pour Carter, le défi ne semble pas réaliste. |
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