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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri,
correspondante au Moyen-Orient

Alimentation. La faim du monde

Manifestation aux Philippines
contre la hausse des prix
des denrées alimentaires.
(AFP)

En Egypte, au Bangladesh et dans plusieurs autres pays, des “émeutes de la faim”, déclenchées par la flambée des prix des denrées de base. L’ONU tire la sonnette d’alarme.


Aux premières lueurs de l’aube, ils sont déjà là. Fatigués, irrités, des dizaines d’Egyptiens attendent devant les fours que soient livrées les galettes de “aïch moudaâm” (pain subventionné) qui constituent leur alimentation de base. Depuis quelques mois, il y a pénurie. Et c’est dans ces files qu’au moins une dizaine de personnes sont mortes dans des heurts violents. Pour éviter que la colère ne se propage, comme en
1977, lorsque plus de 70 personnes étaient mortes après la levée des subventions sur le pain, le gouvernement égyptien est aux abois. Le président Hosni Moubarak a même mis les fours que l’armée utilise pour ses propres soldats à contribution. Mais bien que la crise sociale couve dans le pays depuis plusieurs mois, elle n'a rien d’une spécificité égyptienne. Dans de nombreux pays, des “émeutes de la faim” ont éclaté ces dernières semaines, en ligne avec l’augmentation galopante des prix mondiaux des denrées alimentaires de base, et des céréales en particulier. Une hausse qui a affecté en priorité les pays émergents : des manifestations plus ou moins violentes ont ainsi eu lieu au Bangladesh, en Thaïlande, au Burkina Faso, au Sénégal, en Côte-d'Ivoire ou encore Haïti. Dans ce dernier pays, où le prix du sac de riz a doublé en une semaine et où 80% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, des milliers de personnes ont manifesté pendant plusieurs jours. Un soldat de l’ONU a été tué durant les heurts et le Premier ministre a même été éjecté.

Flambée des prix
La hausse des prix est venue s’ajouter aux crises locales. D’après Jacques Diouf, le directeur de la FAO, les cours augmentent sur les marchés mondiaux car l'offre de céréales est affectée en premier lieu par le réchauffement climatique, qui empêche une hausse de la production qui pourrait suivre la croissance démographique planétaire. Le niveau des stocks de céréales, lui, est à son niveau le plus bas depuis 25 ans et il devrait encore baisser de 5% en 2008. Autre raison expliquant la hausse des prix : la demande croissante des deux colosses émergents que sont la Chine et l'Inde pour des produits alimentaires de qualité. L’ONU se prépare donc au pire. “On va vers une très longue période (…) de conflits, des vagues de déstabilisation régionale incontrôlable, marquée au fer rouge du désespoir des populations les plus vulnérables”, a mis en garde Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, dans une déclaration au quotidien français Libération. “Avant la flambée des prix, déjà 854 millions de personnes étaient gravement sous-alimentées. C'est une hécatombe annoncée”, a-t-il ajouté. Même son de cloche au Fonds monétaire international (FMI). “Les prix de l'alimentation, s'ils continuent a augmenter, auront des conséquences terribles, a affirmé son directeur général, Dominique Strauss-Kahn. Des centaines de milliers de personnes vont mourir de faim”.

Que faire ?
De nombreux pays ont commencé à agir pour juguler la hausse des prix. L'Indonésie a annoncé qu’elle allait contrôler strictement ses importations et exportations de riz, pour ramener le calme sur son marché national, certains producteurs étant tentés d'exporter en raison de l'envolée des prix. Quant au Kazakhstan, il a décidé d'appliquer un moratoire sur ses exportations jusqu'au 1er septembre. Aux Philippines, la présidente Gloria Arroyo a promis la plus grande sévérité contre les voleurs de riz, alors que les prix pour ce produit de base continuent de battre record sur record, portés par l'arrêt des exportations indiennes et par la dépendance de plusieurs pays importateurs. Mme Arroyo a prévu de consacrer en 2008 environ 1% du PIB de son pays pour fournir à la population la plus démunie du riz à prix subventionné. La communauté internationale tente aussi de se mobiliser. L'Unesco a prôné un changement radical des pratiques agricoles à l’échelle mondiale, alors que les Etats-Unis ont annoncé le déblocage de 200 millions de dollars d'aide d'urgence, notamment pour l'Afrique. Une goutte d’eau dans un océan… “Une des inquiétudes majeures est la possibilité que l'ensemble du système d'aide alimentaire d'urgence soit incapable de faire face”, prévient une note interne de l'ONU.

 
 
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