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Par Abla Ababou
Peinture. De tons et de matières
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Larbi Cherkaoui, un style original,
sur des supports singuliers.
(DR)
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Plasticien iconoclaste, Larbi Cherkaoui prend la peau comme vaisseau pour faire voyager la lettre arabe, dans la forme et lespace, à travers une gestuelle libre.
Son béret vissé à lenvers sur la tête et tout de noir vêtu, Larbi Cherkaoui ouvre les portes de son atelier marrakchi au quartier Guéliz. Des peaux de chèvre et des coupons de tissu jonchent le sol, tandis que sur une immense table de travail, placée au milieu de la pièce, s'entassent pots de peinture, pigments naturels, pinceaux et balais de toutes les tailles. Une peau tendue porte déjà les marques de lartiste : |
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un univers aux couleurs sombres et aux teintes de henné, où l'on déchiffre plus quon ne lit des lettres arabes. Quelles que soient sa liberté et sa part de fantaisie, Larbi Cherkaoui tient à tirer son inspiration des traditions marocaines et du patrimoine arabo-musulman. L'artiste narrive pas à se défaire de limage de sa mère confectionnant à la main des cartables en cuir et en tissu pour ses neuf enfants, ni de celle des séances de tatouage au henné quelle organisait à la maison. Lors de ses premières expositions, au début des années 90, Larbi avait bien tenté de peindre sur toile et sur papier, avec de la gouache et de lhuile. Mais au fil des années, la maturité artistique aidant, un besoin viscéral de retourner à la mémoire et aux matériaux traditionnels le rattrape. Peut-être est-ce aussi en mémoire de son grand-père maroquinier, réputé dans la médina de Marrakech, que lartiste utilise depuis six ans le cuir comme support principal. Bien que cherchant à minscrire dans un paysage pictural contemporain, je tiens à rester lié à notre culture, argumente-t-il. Cest justement cette utilisation des caractères arabes, inscrits sur la peau avec une gestuelle libre, parfois proche de la transe, qui a séduit Hassan Sefrioui, propriétaire de la galerie Shart à Casblanca, où lartiste expose actuellement. Larbi est lun des rares artistes arabes à avoir sorti la calligraphie de son caractère traditionnel et figé, explique-t-il. Des propos développés également par le critique dart Abderrahman Benhamza : Créant au sein dun alphabet à lécriture ritualisée à outrance depuis des siècles, au point de devenir insipide, aux structures langagières captives du sens et dominées par une orthodoxie visuelle sans clairvoyance, Larbi Cherkaoui semploie maintenant à déstructurer, pour ne pas dire détruire. Il sape les fondements dun lettrage dont limage sociale est devenue irrecevable.
La peau, mais pas seulement
Il est vrai quen observant le travail de lartiste, le mélange des genres laisse entrevoir un univers indéterminé, qui dépasse son créateur lui-même. Quand je finis un travail, je ne me souviens plus de ce que jai voulu écrire, et parfois, je narrive plus à me relire, avoue Larbi Cherkaoui. Mais le sens importe peu, quand le travail sinscrit dans une quête dharmonie des tons et des matières. Bien que la peau demeure son support de prédilection, Larbi se laisse aussi tenter par du papier marouflé, de la laine, du coton tissé ou même par du feutre
destiné aux tapis de prière. Peintre de la matière mais aussi de la composition, il aime à découper ses tableaux en plusieurs pièces, que lacheteur placera, à la façon dun puzzle indéfini, au gré de son humeur et de son sens de lesthétique. Une esthétique que Larbi Cherkaoui, également professeur darts plastiques dans un lycée de Marrakech, cherche à communiquer à ses élèves. Lart est lun des seuls moyens davancer, car il permet à la société de se poser de vraies questions, argumente-t-il. Des questions que Larbi Cherkaoui ne cesse de poser en multipliant les expositions. À 36 ans, il est aujourdhui lun des jeunes artistes marrakchis les plus prometteurs. Ses travaux ont déjà été exposés dans différentes villes du pays et ont même traversé la frontière jusquen France et au Portugal. Certaines de ses créations font déjà partie de collections publiques et privées, comme celles du palais royal de Rabat, de la Société Générale à Casablanca, du musée archéologique de Silves, au Portugal, et du Musée privé dart contemporain de Tunis. Et cela ne semble être quun début ! |
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