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Par Souleïman Bencheikh
Associatif. La galaxie des droits de lhomme
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Le Forum vérité et justice (ici en
sit-in devant le siège du CCDH)
fait désormais partie des
locomotives du mouvement
droit-de-lhommiste.
(AIC PRESS)
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LMDH, CDG, FDHN, etc. De nouvelles ONG dédiées aux droits humains ont poussé à lombre des deux locomotives : Al Jamiya (AMDH) et Al Mounaddama (OMDH). Enquête.
Les envois inondent les fax et les mailing lists : à chaque en-tête sa forme et à chaque accroche son style. Pourtant, il y a comme un parfum de ressemblance entre tous ces communiqués : un même combat pour les droits humains. Tel jour, cest le Forum des droits de lhomme du Nord (FNDH) qui annonce la tenue dun séminaire sur la mémoire du Rif, tel autre cest le Centre des droits des gens (CDG) |
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qui publie ses statistiques sur les violences que subissent les femmes
Et la liste est longue.
Larbre ne cache plus la forêt
De la lutte contre la peine de mort au combat pour les droits des handicapés, en passant par le souci écologique, les chevaux de bataille sont nombreux. Les occasions de communiquer aussi : lemprisonnement de militants de lAMDH (Association marocaine des droits de lhomme) après les émeutes de Sefrou, la révocation davocats luttant contre la corruption à Tétouan, la célébration du 4ème anniversaire du nouveau Code de la famille
Un vent droit-de-lhommiste soufflerait-il sur le pays ? En tout cas, la tenue du Forum social marocain à Bouznika, en janvier dernier, a permis au mouvement des droits de lhomme vert et rouge de compter ses rangs. Et en quelques années, la petite armée des militants sest considérablement renforcée, rejointe par des sympathisants venus dhorizons nouveaux. Fouad Abdelmoumni, membre historique de lAMDH et lun de ses théoriciens, explique ainsi que la vague de naissances de ce type dONG répond à des tendances, notamment le poids moindre des idéologies et des partis politiques.
Les nouvelles associations auraient des profils qui les distinguent de leurs aînées. Ainsi, si lAMDH a un ancrage politique marqué, les nouvelles associations de droits humains se disent exemptes daccointances politiques et de partis pris idéologiques. À quelques exceptions près : la Ligue marocaine des droits de lhomme (LMDH) est plutôt proche de lIstiqlal, alors que le Centre marocain des droits de lhomme (CMDH) serait dobédience islamiste. Mais les tendances de fond sont visibles : on assiste à la régionalisation du mouvement des droits humains et à sa spécialisation. Abdelouahab Tadmouri, président du Forum des droits de lhomme du Nord (FDHN), créé fin 2006, explique ainsi que la philosophie centraliste na pas davenir. De fait, lassociation a choisi de se concentrer sur la région du nord, déclinée sous différents thèmes : apporter un nouvel éclairage sur lhistoire du Rif, organiser des rencontres dans les prisons où étaient torturés de nombreux militants de gauche de la région, ou encore promouvoir les relations avec lEspagne voisine. Autre différence majeure : un certain élitisme. Abdelouahab Tadmouri explique en effet que son FDHN vise dabord un recrutement sélectif (enseignants, chercheurs, fonctionnaires), alors que, daprès ses dirigeants, lAMDH a vocation à devenir une organisation de masse.
Alliances et concurrence
Lhégémonie de lAMDH sur le mouvement des droits humains serait-elle de plus en plus contestée ? Rien nest moins sûr, à en croire les cadors de lAssociation. Abdelhamid Amine est catégorique : Cette flopée de nouvelles associations na aucun impact. Les nouvelles ONG des droits humains ne grignotent pas sur la légitimité des associations traditionnelles. Elles nont pas dapport qualitatif, renchérit Fouad Abdelmoumni. En effet, une des grandes difficultés du nouveau mouvement des droits de lhomme est de trouver des modalités dorganisation efficaces. Fouad Abdelmoumni nhésite pas à enfoncer le clou : Les compétences managériales manquent cruellement. Ce sont trop souvent de simples rivalités individuelles qui poussent certaines personnes à créer leur propre structure.
De leur côté, les fondateurs des nouvelles associations insistent sur les relations tumultueuses avec les historiques. Au début, nos relations étaient exécrables avec lAMDH, lOMDH (Organisation marocaine des droits de lhomme) et le Forum vérité et justice, témoigne le fondateur dune jeune structure. Pourtant, nous navons pas vocation à les concurrencer : nous voulons plutôt être complémentaires.
Abdelouahab Tadmouri, le fondateur du FDHN, écarte la notion de concurrence dun revers de la main, expliquant que léclosion de toutes ces associations répond simplement à la crise économique et sociale que subissent les Marocains. Car la petite guéguerre que se livrent les anciens et les nouveaux venus nest profitable ni aux uns, ni aux autres. Les deux camps ont leurs propres préoccupations et leurs propres problèmes. Pour lAMDH par exemple, il sagit de canaliser ses troupes. La moindre erreur est très vite amplifiée quand elle concerne une grande association. Les émeutes de Sefrou en septembre 2007 sont là pour en témoigner quand, très vite, on a pointé du doigt la responsabilité de lAMDH. Autre exemple, la communication désastreuse de lONG lors du prétendu mariage gay de Ksar El Kébir : la direction nationale avait été obligée de désavouer son antenne locale, coupable davoir accrédité trop vite ce qui sest avéré nêtre quune rumeur. Dans les deux cas, lAMDH sétait retrouvée sous le feu des projecteurs
et pas du bon côté.
Pour les petites structures, cest souvent linadéquation entre des objectifs très larges et des moyens réduits qui pose problème. Cest aussi le manque de visibilité qui est patent. Loriginalité et la créativité sont nécessaires même en ce qui concerne le nom de la nouvelle association, tant sont nombreuses les marques déjà déposées. Pour le CDG (Centre des droits des gens), le pari est réussi. Quitte à tordre le concept de droits de lhomme, son fondateur, Jamal Chahdi, en a inventé un nouveau, le droit des gens. Créé en 1999, le CDG compte aujourdhui, selon son leader, 1850 membres. Lassociation illustre parfaitement à la fois le mouvement de délocalisation et la tendance à la spécialisation des petites structures. Loin du centralisme casablancais ou rbati, le CDG a ainsi son siège à Fès, et il a préféré sintéresser à la question éducative plus quaux autres. Mais il nest encore quune petite étoile parmi dautres, dans une galaxie qui a déjà deux soleils : lAMDH, grâce à sa forte représentation géographique et sa capacité de mobilisation, et lOMDH, qui bataille plutôt sur le champ institutionnel, parfois avec une politique entriste. |
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Rétro. De Hassan II à Mohammed VI
Cest de manière particulièrement discrète que les droits de lhomme ont fait leur entrée dans le champ politique sous Hassan II. En 1979, la naissance de lAMDH, groupuscule alors presque clandestin, réunissant les vestiges dIlal Amam, consacre la naissance du mouvement. LOMDH entre dans le jeu en 1985, avec une ligne politique plus consensuelle et bien moins frondeuse. Mais cest au début des années 90, dans un contexte post-guerre froide, à un moment où le triomphe des démocraties occidentales consacre les droits de lhomme, que Hassan II comprend la nécessité dencadrer ce mouvement. Il prend ainsi trois initiatives, restées presque sans lendemain de son vivant : la création du CCDH (1990), linscription du principe des droits de lhomme dans la Constitution (1992) et la mise en place dun (éphémère) ministère des droits de lhomme en 1993. Puis
plus rien, jusquà lintronisation de Mohammed VI. Car cest bien le jeune monarque qui donnera au CCDH son lustre actuel, en y ralliant des opposants de lancienne génération comme feu Driss Benzekri. Lexpérience de lIER de 2003 à 2006 aura également contribué à alimenter le débat sur les droits de lhomme, lui conférant enfin une assise publique et, surtout, officielle. Nempêche quil reste bien du chemin pour une (véritable) consécration des droits de lhomme au royaume de Mohammed VI. |
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