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Propos recueillis par
Sanaa Elaji
Rencontre.
Le kiosquier intello
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Mohamed El Mardy,
Rubio pour les intimes.
(TNIOUNI)
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Mohamed El Mardy n'est pas un vendeur de journaux comme les autres. Son kiosque, planté en face du Parlement à Rabat, voit défiler une faune qui partage avec Rubio sa passion : la lecture.
Il sappelle Mohamed El Mardy, mais à Rabat, tout le monde le connaît sous le surnom de Rubio. Son kiosque à journaux, planté depuis une vingtaine dannées à côté du café Balima et en face du Parlement, est devenu, au fil des ans, le rendez-vous obligé des journalistes et écrivains de la capitale. Ces derniers en ont fait une sorte de point de |
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ralliement, et de son tenancier un véritable ami. Rencontre avec un homme qui vit des mots, au propre comme au figuré.
Doù vient le surnom de Rubio ?
Figurez-vous que javais les cheveux blonds. Je suis originaire dOujda, et là-bas, tous les blonds sappellent Rubio (rires). Malheureusement, une brûlure a emporté toute ma chevelure. Il ne me reste que le surnom
Vous tenez un kiosque de journaux à Rabat. Comment avez-vous atterri dans ce métier ?
Dans les années 70, jétais serveur dans un café et je métais lié damitié avec des vendeurs de journaux. Ils me prêtaient des magazines, que je me contentais de feuilleter en regardant les images, vu que je ne savais pas lire. Un incendie a détruit le café où je travaillais et je me suis alors retrouvé sans travail. Et ce sont mes amis vendeurs de journaux qui mont aidé à me lancer dans le métier. Jusquà ce que je minstalle devant le café Balima, en 1987.
Vous vendiez des journaux, alors que vous étiez analphabète ?
Je vais vous raconter une anecdote, que je noublierai jamais. Un jour, un client français sest présenté chez moi et a demandé LEvénement du jeudi. Je me suis mis à le chercher nimporte où, alors quil était posé là, juste devant moi. Le client, qui sen est aperçu, sest servi en me lançant : Monsieur, quand on ne sait pas lire, on ne vend pas de journaux. Cest un ami, présent ce jour-là, qui ma traduit sa phrase. Bien sûr, cela ma fait mal.
Cest alors que vous avez décidé dapprendre à lire ?
Vous savez, je nai jamais été à lécole. Et cétait effectivement frustrant de vendre des écrits sans pouvoir même déchiffrer ce quil y a dessus. Ce sont encore mes amis qui mont aidé à apprendre à lire et à écrire. Je ne les en remercierai jamais assez.
Et aujourdhui, vous lisez ce que vous vendez ?
Chaque soir, je lis pratiquement tout ce qui est édité, journaux et livres. Je suis bien obligé de le faire, car je dois en discuter dès le lendemain avec mes amis journalistes et écrivains. Mais des fois, je suis bien obligé de leur demander de mexpliquer des mots et des expressions que je nai pas compris
Est-il vrai que vous allez écrire vos mémoires ?
En effet, je suis en train de les écrire et je pense bientôt les faire éditer. Mais je ne sais pas encore si je vais citer nommément les personnalités et les intellectuels dont il y est question
Selon votre longue expérience de vendeur de journaux, pensez-vous que les lecteurs sont de moins en moins nombreux ?
Jespère toujours que lEtat censure un journal. Car dès quil le fait, ses ventes explosent. Pour les livres, cest une autre histoire. Ce sont surtout des ouvrages pratiques ou utilitaires qui se vendent le mieux, en des occasions bien définies. On dirait aujourdhui quon ne cherche quà passer le permis pour conduire une voiture, mais la réparer quand elle tombe en panne nintéresse personne. Tout le monde veut émigrer aux États-Unis
mais personne veut apprendre à parler anglais.
Votre kiosque, situé devant le Parlement, vous offre une vue imprenable sur notre scène politique
Ce que je vois, ce sont surtout les manifestations de diplômés chômeurs. Javoue que jai du mal à comprendre ces gens. Ils ont le droit de protester, mais tout en étant créatifs, au lieu de ressasser depuis des années le même discours, aussi vide que celui des partis politiques. Ils ne se renouvellent pas, ne se remettent pas en question. Résultat : ils passent leurs journées à dormir devant le Parlement.
Vous nêtes pas un peu dur, là
?
Personnellement, je ne lie pas leur situation à la question de linstruction, qui demeure quelque chose dindispensable et qui, à la limite, na rien à voir avec un droit à lemploi. Moi-même, je me suis débrouillé tout seul pour men sortir. Tout cela à force de volonté, sans rien demander à personne.
Hormis la lecture, vous avez dautres passions ?
Ma vie, ce sont les livres. Je descends dans mon garage et là, je plonge dans mon monde à moi, fait de milliers de livres
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