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Par Cerise Maréchaud
Cinéma.
Fenêtre sur courts
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Percussion Kid,
de Mohamed Achaour.
(DR)
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Avec une moyenne d'un nouveau film par semaine, la production de courts-métrages est en plein boom. Mais cette vitalité ne sert pas toujours la qualité
Il court, il court, le court-métrage marocain. En une poignée dannées, le petit format du cinéma sest multiplié comme des cellules dans un bouillon de culture. Cent quarante-huit : cest le nombre de candidatures dans lequel il a fallu farfouiller pour sélectionner les vingt-huit de la compétition au dernier Festival national du film de Tanger. La dernière décennie, il en sortait trois ou quatre par an. Aujourd'hui, on en est à un rythme d'un court-métrage par semaine, |
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assure Mohamed Bakrim, chargé de Communication au Centre cinématographique marocain (CCM).
Une rétrospective au festival Côté Court de Pantin par-ci, un panorama à la Mostra de Venise par-là, une 3ème édition du Festival du court-métrage et du documentaire qui vient de se boucler à Casa, passant le relais à la prochaine compétition méditerranéenne de Tanger, sans oublier le Prix Mohamed Reggab, les ateliers ONA, les sessions nocturnes de lEsav de Marrakech, le concours annuel du CCM
Vaille que vaille, malgré sa petite durée (moins dune heure officiellement, vingt minutes en moyenne) et son propos parfois bizarroïde (enjeu expérimental oblige), le court-métrage marocain semble faire son entrée dans la cour des grands.
Une preuve du dynamisme cinématographique marocain, un signe que la relève est assurée ? À voir, répond-on prudemment, tant du côté des réalisateurs que parmi les producteurs. Car quantité ne rime pas forcément avec qualité. Le niveau est majoritairement innommable, tranche sévèrement Sarim Fassi Fihri, président de la Chambre nationale des producteurs. Des Renault 4 à côté de monoplaces de Formule 1, métaphorise le réalisateur Mohamed Ali El Mejboud. Cest leffet que ça fait quand on se retrouve dans des festivals internationaux.
Manque daudace
Faouzi Bensaïdi, repéré par André Téchiné grâce à son court La Falaise, primé dans vingt-six festivals, n'est pas plus tendre. Cela manque daudace. On a limpression que lambition qui sen dégage, cest de passer réalisateur de téléfilm à 2M. Pourquoi pas ? Mais pas à vingt ans ! Il faut se lâcher, dautant que cest un format dont lenjeu économique nest pas comparable avec celui d'un long-métrage. Le court-métrage marocain serait-il à court didées ? En tout cas, ce nest certainement pas un problème de moyens, poursuit Bensaïdi. Au Maroc, on est dans une situation denfants gâtés, quand on voit tout ce que le CCM donne comme argent. Mais la politique volontariste (voire productiviste) du CCM sest révélée à double tranchant. Dans le collimateur, une loi sur lindustrie cinématographique (votée en 2001 mais véritablement appliquée quà larrivée de Noureddine Saïl à la tête du CCM en 2004), stipulant que toute société de production doit produire trois courts-métrages ou un long pour obtenir ou renouveler son agrément et être officiellement enregistrée. En labsence d'une loi spécifique à laudiovisuel, les sociétés nayant rien à voir avec le cinéma doivent sy plier, explique Sarim Fassi Fihri.
Aux yeux de Mohamed Ali El Mejboud, ce nétait pas tant pour encourager le court-métrage que pour réguler le secteur de la production, les sociétés poussant comme des champignons depuis quelques années (500 au total, dont 140 créées entre 2006 et 2007, mais seulement une dizaine en activité régulière, précise-t-on au CCM). Ramenés au rang de formalité administrative pour des usines à pub qui avaient juste besoin dun passeport pour continuer, de nombreux courts-métrages ont souffert d'une production bâclée : deux jours de tournage, techniciens en sous-effectif, décors non appropriés, métrage de pellicule insuffisant
La règle des trois
De petites sociétés se sont mises à la recherche de projets de courts comme si elles achetaient trois kilos de patates au marché, ironise Youssef Barrada, auteur de nombreux courts autoproduits et nayant pas réussi à pénétrer le cercle formel de lindustrie du cinéma. Même celles ayant pignon sur rue sont frileuses quand tu leur amènes un scénario de court-métrage, poursuit celui qui, reçu par lune delles, sest vu proposer un
poste de monteur. Le court-métrage ne présente aucun intérêt économique pour le producteur, concède Fouad Chella, patron de la société Dreamaker à Marrakech. Nécessitant un budget allant de 200 000 à 500 000 DH la moitié dun téléfilm le court-métrage nen est pas moins promis à une diffusion ultra confidentielle (au Maroc, il ny a guère que la salle du 7ème Art de Rabat, qui appartient au CCM, qui projette systématiquement un court à chaque séance), pour son côté un peu élitiste, voire hermétique, aux antipodes du divertissement.
Cest justement la portée expérimentale du court-métrage, indispensable école de réalisation, qui incite les jeunes réalisateurs à jouer le jeu de la loi des trois, ne serait-ce que pour se faire les dents. Cest donnant donnant. Mais lessentiel est de sentraîner, de se créer un univers personnel, au risque dêtre un peu opaque, reconnaît Yassine Fennane. Après TrustFighter, réalisé dans le cadre du Prix Mohamed Reggab avec Ali N, et Petite blessure, produit par Sigma mais jamais sorti, le jeune réalisateur a enchaîné trois courts-métrages Chemise blanche, cravate noire, El Aroubi et Dangerman - dans le cadre de lagrément avec Image Factory, quitte à rapidement expédier lun pour soigner l'autre. On ne peut pas cracher sur des opportunités davoir une liberté totale de création. Cela, ça na pas de prix, insiste-t-il. Soyons honnêtes, poursuit Mohamed Ali El Mejboud, la loi des trois courts permet aussi au réalisateur de décrocher sa carte professionnelle.
Réglementer à outrance
Dans une démocratie de création, il faut accepter que le mauvais côtoie le bon, la sélection naturelle faisant le reste, estime Mohamed Achaour, philosophe. Encore faut-il quune vraie culture cinéphilique de production aide le bon à émerger et devenir meilleur. "Il ny a généralement pas cet esprit, cette volonté de découverte dun jeune réalisateur", regrette Mohamed Mouftakir. Le lauréat du Grand Prix de Tanger 2007, avec Fin de mois, dit avoir exceptionnellement trouvé son bonheur, pour Chant funèbre, dans sa collaboration avec Dreamaker. Je crois en ces auteurs, assure Fouad Chella, cela signifie avoir une affinité avec eux, une vision de leur carrière.
Pour mieux filtrer les intentions des sociétés produisant des courts-métrages, la fameuse loi des trois courts sest durcie en début dannée : Les trois courts proposés doivent faire au minimum 15 minutes et être réalisés par trois cinéastes différents ayant au moins une carte dassistant. Un film sur trois au minimum doit être entièrement tourné en pellicule, une commission de visionnage vérifie leur qualité et la comptabilité doit être clairement et distinctement établie pour chaque film", énumère Mohamed Bakrim. Dapparence plus pertinente, la nouvelle loi a aussi ses détracteurs.
Les bonnes intentions du CCM sont là, mais il y a erreur sur les critères, déplore Mohamed Ali El Majboud. Ils déroulent le tapis rouge à coups dincitations fiscales pour les tournages étrangers, mais ils sentêtent à vouloir étouffer la production nationale en la réglementant à outrance, note Youssef Barrada. Cette histoire de carte, cest une aberration, ce nest en rien un gage de talent, poursuit Mohamed Achaour, dont le premier court, Percussion Kid, produit par la SNRT (dans la continuité de la Masterclass Marrakech/Tribeca de novembre 2005) et tourné en vidéo, a été primé à au Caire et à Milan. Pourquoi un jeune de vingt ans devrait-il en attendre cinq de plus avant de prétendre au fonds daide ?. À fortiori quand il sagit de court-métrage, précisément fait pour souvrir aux nouveaux venus. On dit vouloir créer une industrie du cinéma, mais ce sont souvent les têtes brûlées qui la tirent vers le haut, poursuit Youssef Barrada. Les chaînes publiques, qui noffrent guère de place au court-métrage marocain hors grille du ramadan, sont exhortées à davantage lencourager dans un esprit de découverte puis fidélisation des jeunes cinéastes, estime Mohamed Achaour. Après tout, beaucoup vont forcément revenir vers la télé de temps en temps, cest donc un investissement. Une alternative à explorer pour que le court-métrage marocain ne pâtisse plus de politiques à courte vue. |
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Rendez-vous. Promenades des courts
Du 15 au 17 mai, le 3ème Festival du court-métrage de Sebou à Kénitra, découvrez Tariq de Driss Roukhe et Rachid Zaki, Mannequin de Bousselham Eddaïf, Fin de mois de Mohamed Mouftakir, Shift+Suppr de Jihane El Bahhar et Choufoni de Omar Moul Douira. Vendredi 13 juin, Soirée spéciale courts-métrages (2006-2007) à lInstitut français de Casa avec à nouveau Mannequin de Bousselham Eddaïf et Shift+Suppr de Jihane El Bahhar, mais aussi LHomme qui court de Narjiss Tahiri, Le Chant de lexil de Rita El Quessar et Sellam, centre daccueil de Youssef Britel. Enfin, du 23 au 28 juin, cap sur la 6ème édition du Festival international du court-métrage méditerranéen de Tanger, histoire de confronter nos petites histoires au meilleur du cru régional. |
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Sélection. Courtsmais bons
Petite sélection subjective de 15 courts-métrages de bon augure.
Cadre de Wahid El Moutanna : plan fixe sur plusieurs générations dune famille marocaine.
Percussion Kid de Mohamed Achaour : le rythme dans la peau dun gamin des montagnes
Ali Jnah freestyle de Hicham Lasri : trip dun jeune chauffeur de bus anti-système.
Papillon de Mohamed Ali El Mejboud : un père de famille qui pète les plombs.
Fin de mois de Mohamed Mouftakir : mystères autour dun jeune couple, la nuit.
Balcon Atlantico de Mohamed Chrif Tribak et Hicham Falah : leçons de séduction à Larache.
Chapelet de Layla Triqui : balade nocturne et intimiste dun gamin dans sa propre maison.
Chemise blanche, cravate noire de Yassine Fennane : un cadre perd les pédales.
Sacrifake de Osmoz : course contre la montre dun môme de Sidi Moumen.
Amal de Ali Benkirane : espoirs déchus dune petite fille qui voulait être médecin.
Shift+Suppr de Jihane Bahar : dans la tête dun scénariste en panne de situation.
Mort à laube de Hicham El Jebbari : dernier jour dun condamné.
Histoires de bonnes femmes de Hamid Faridi : quotidien dune femme victime de violence.
Le Dernier cri de Hamid Basket : regard silencieux dun enfant sur ladultère.
La Danse du ftus de Mohamed Mouftakir : hallucinations dune jeune femme qui avorte. |
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