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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

‘‘Réalisme’’

Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)

Ceux que la mauvaise foi des Sahraouis ulcère peuvent toujours se taper la tête contre le mur de sable.


Pardonnez-moi, chers lecteurs : je vais encore vous parler du Sahara. Je sais que le sujet vous lasse profondément, vu que ça patine avec constance depuis plus de 30 ans. Mais bon, l’ONU s’agite chaque année, fin avril généralement, en produisant force rapports et communiqués sur la question. Allez, on fait le point, c’est juste un petit moment agaçant à passer…

Le 14 avril, Ban Ki Moon a donc présenté son rapport au Conseil de sécurité. RAS, sinon ce petit paragraphe : “Lélan (des négociations) ne pourra être maintenu que si les deux parties font preuve de réalisme et d’esprit de compromis”. Du langage diplomatique qui ne veut rien dire et qui ne fâche personne : jusque-là, tout va bien. 6 jours plus tard, patatras ! Peter Van Waslum, l’envoyé spécial de Ban Ki Moon dans la région, remet un document au Conseil de sécurité dans lequel il déclare : “L’indépendance pourrait être hors d’atteinte pour le peuple sahraoui, le Front Polisario devrait devenir réaliste”. Le mot “réalisme” a ressurgi, avec une portée nettement plus polémique cette fois. À Rabat, on exulte et on qualifie la déclaration du Hollandais de “perspicace”. À Alger et à Tindouf, on s’étrangle et on accuse le Hollandais de “rouler pour Mohammed VI” et de s’être “disqualifié en tant que médiateur”. Puis, le 30 avril, survient la résolution (annuelle, elle aussi) du Conseil de sécurité. Lequel “prend note” de la proposition d’autonomie du Maroc, qu’il juge “sérieuse et crédible”, et “prend note” également de la contre-proposition du Polisario – sur laquelle il observe un silence de pierre tombale. Un à zéro pour nous. Quelques paragraphes plus loin, notre avantage se creuse : le Conseil de sécurité, dit la résolution, “fait sienne la recommandation selon laquelle il est indispensable que les parties fassent preuve de réalisme”. Encore le mot qui fâche, vu la portée que lui a donnée Van Waslum. Que vont faire nos adversaires ? Suspense, suspense…

Eh bien – on le savait déjà, mais ça se confirme – nos adversaires ne sont pas si bêtes. Plutôt que de hurler, le Polisario “se félicite” de cette résolution (si, si !), et exhorte le Maroc, dans la foulée, à faire preuve de… “réalisme”. Absolument ! D’après le négociateur en chef du Polisario, le réalisme, en l’occurrence, “signifie l’exercice libre et démocratique par le peuple sahraoui de son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance à travers un référendum (… sachant que) toute autre voie serait un déni de justice”. Un partout, balle au centre, et ceux que la langue de bois et la mauvaise foi ulcèrent peuvent toujours se taper la tête contre le mur de sable. Bien que les Américains appuient fortement Van Waslum (“une véritable autonomie sous souveraineté marocaine est la seule solution viable”, a dit leur ambassadeur à l’ONU), ça ne change pas grand-chose au film…

En parlant de film, le dernier rebondissement est venu d’Espagne. Le 6 mai, un collectif d’acteurs, réalisateurs et producteurs espagnols intitulé “Tous pour le Sahara”, et dirigé par le comédien Javier Bardem, produit un texte soulignant “l’urgence de rendre la liberté au peuple sahraoui” et appelant Madrid à “reconnaître le statut diplomatique du Front Polisario”. Bardem, le seul acteur espagnol à avoir décroché un Oscar, est une véritable star dans son pays, mais pas de panique : la défense du peuple sahraoui opprimé est une vieille rengaine dans les milieux artistico-gauchistes espagnols. Ces braves gens sont certainement de bonne foi, émus qu’ils sont par le spectacle d’enfants sahraouis en guenilles vivant sous des tentes non climatisées. À “réaliste”, réaliste et demi !

Voilà, la séquence 2008 est close. Bilan : le Maroc mène aux points. Sauf que, contrairement aux combats de boxe, le match n’est pas limité dans le temps, et l’arbitre n’a pas le pouvoir de l’arrêter et de décompter les points. Rendez-vous donc l’année prochaine pour un nouveau round, où nous retrouverons les mêmes adversaires… fourbus, mais toujours debout !

 
 
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