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Par Youssef Ziraoui
Sexualité. Demain, la pilule
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La pilule du lendemain est le
premier médicament autorisé
depuis larrivée de Yasmina
Baddou à la tête du ministère
de la Santé.
(TNIOUNI)
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Après dix ans de combat, la pilule du lendemain a enfin été autorisée au Maroc. Méconnue, décriée, elle risque de bouleverser le comportement sexuel des Marocain(e)s.
Je dis un grand bravo à Madame la ministre, se réjouit Hakima Himmich, présidente de lAssociation de lutte contre le sida. Dautres ministres de la Santé ont refusé la mise sur le marché de la pilule du lendemain, mais Yasmina Baddou a eu le courage dautoriser cet outil de santé publique. En fait, il aura fallu attendre près d'une dizaine d'années et trois remaniements ministériels pour que la pilule (du |
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lendemain) passe. Le grand public la appris lors dune intervention de la colombe de lIstiqlal à la radio : Deux laboratoires ont reçu lautorisation de mise sur le marché (AMM, ndlr) de la pilule du lendemain. Et celle-ci, qui sera commercialisée dans les jours à venir, est le premier médicament autorisé sous lère Baddou. Tout un symbole. Cest une question qui lui tenait particulièrement à cur. Ce nest pas un hasard si cest le premier dossier validé par la Direction du centre du médicament, nous révèle l'un de ses proches collaborateurs.
Dix ans de combat
Retour en arrière. Nous sommes en 1999. Le laboratoire Sothema, pionnier en la matière, dépose son dossier au ministère de la Santé et attend un aval
qui ne viendra pas. Contacté à plusieurs reprises par des militants associatifs et par la direction de lindustrie pharmaceutique, le ministre de la Santé de lépoque (Thami Khyari, dirigeant du Front des forces démocratiques) répond laconiquement : Cest à létude
. Seule une revue spécialisée fait état de la demande, qui passe pratiquement inaperçue dans la presse nationale. Mais pas du côté du Parlement : lors dune séance parlementaire dédiée aux questions orales, des députés interpellent le ministre de la Santé du gouvernement Youssoufi. Pour certains élus, il sagissait tout simplement dattaques politiques, se souvient Mohamed Yacoubi, gynécologue et président de la Société marocaine de fertilité et de contraception (SMFC). Dautres ont fait lamalgame avec la pilule abortive. Cette conjonction a finalement retardé, voire empêché, l'autorisation de mise sur le marché.
Du côté des professionnels, la résistance s'organise. Nous avons expliqué la différence, nous avons multiplié les plaidoyers, nous nous sommes même positionnés sur le créneau consensuel de la planification familiale, mais en vain, poursuit Mohamed Yacoubi. Car le ministre joue la montre, préférant léguer la patate chaude à son successeur. Pendant ce temps-là, chez nos voisins du Maghreb, la pilule est déjà mise sur le marché. Le Maroc, retardataire, est ainsi devancé par lAlgérie, la Tunisie, la Mauritanie et même la Libye. Contacté en 2003 par un laboratoire international, qui lui offre plusieurs échantillons gratuits de la fameuse pilule, le professeur Yacoubi na dautre choix que de les laisser périmer dans une armoire, faute dautorisation. On nous reprochait de vouloir favoriser la débauche, alors quil ne sagit que dun élément supplémentaire dans la maîtrise de la contraception, se souvient ce membre de la SMFC.
Une pilule qui change la vie
La pilule du lendemain vient sajouter à la liste des nombreux moyens de contraception existant sur le marché. Mais contrairement à sa cousine, la pilule contraceptive, qui est utilisée au quotidien, la pilule du lendemain ne sert que pour les urgences, dans les 72 h suivant un rapport non protégé. Elle agit comme une pilule contraceptive classique en empêchant l'ovulation, la fécondation ou l'implantation de l'ovule fécondé. Par contre, elle ne peut pas arrêter une grossesse déjà implantée, nous explique ce gynécologue. Dans les faits, la pilule du lendemain, cest aussi une révolution, un comprimé unique qui peut changer une vie. Avant, je me faisais livrer ma pilule de France. On ne sait jamais, on peut avoir un rapport non prévu, un préservatif percé, souligne Nadia, célibataire, cadre trentenaire dans un établissement bancaire. Pour Najia Rguibi, pharmacienne et journaliste médicale, la pilule du lendemain sert aussi aux femmes mariées. Beaucoup de femmes oublient de prendre leur pilule quand leur mari est absent, affirme-t-elle. Cela arrive aussi lors de la nuit de noces. Celle-ci est fixée davance, ce qui nest pas le cas du cycle de fécondité de la femme. Du coup, certaines se retrouvent enceintes sans le vouloir. En tout cas, au niveau des laboratoires, on croit autant aux vertus du produit quà ses débouchés. Nous avons mobilisé notre force de vente pour loccasion, ainsi quun budget marketing conséquent, nous révèle ce dirigeant de laboratoire. Du côté de lAssociation marocaine de planification familiale, sur le pied de guerre avant même lannonce de la (bonne) nouvelle, on sest déjà approvisionné auprès du laboratoire avant de répartir les stocks dans les 25 antennes du pays. Il existe une forte demande pour les tests de grossesse, ce qui montre que la contraception est une préoccupation grandissante. Nous mettrons donc la pilule du lendemain gratuitement à disposition des femmes en âge de procréer, promet Mohamed Graigaâ, président de lAMPF. Autre avantage de la pilule miracle, elle réduirait considérablement le nombre davortements, qui se déroulent souvent dans des conditions anarchiques et gonflent les statistiques de la mortalité maternelle, ajoute notre homme.
Une pilule trop chère
Autant darguments qui font que, dix ans plus tard, de leau a coulé sous les ponts. Même les voix réputées conservatrices ont mis de leau dans leur vin. Cest notamment le cas du PJD : À titre personnel, je suis contre lavortement après deux mois, quand le ftus est déjà constitué, commente Abdelaziz Rebbah, secrétaire général de la jeunesse du parti islamiste. Mais la pilule du lendemain ne pose pas de problème, car nimporte qui peut commettre une erreur. Son utilisation est aussi pertinente dans le cas dagressions sexuelles. Problème(s) : au Maroc, la pilule du lendemain nest délivrée (en théorie) que sur ordonnance médicale, alors que lOMS en prône la vente libre. Mieux, en France, elle est mise à disposition des mineurs dans les lycées
Quand on sait que la pilule doit être prise dans les 72 h suivant le rapport, il faut trouver le temps de prendre rendez-vous avec le médecin, dy aller
Le fait dexiger une ordonnance est contradictoire avec le principe de pilule durgence, se scandalise ce gynécologue. Côté prix, la pilule se vendra aux alentours de 100 DH. Trop cher, de lavis de nombreux praticiens et utilisateurs potentiels, inaccessible aux petites bourses, qui risquent de sen détourner. Et pour cause, la pilule du lendemain nest jamais quune variante plus dosée de la pilule contraceptive, disponible à partir de 10 dirhams, souligne ce pharmacien. On risque fort de continuer à faire comme dans le passé, cest-à-dire administrer au patient plusieurs pilules contraceptives normales, ce qui a le même effet quune pilule du lendemain. Dernière réserve : aucune campagne de sensibilisation na été entamée par le ministère de la Santé. Une manière de ménager la chèvre et le chou ? |
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Lavortement. Lautre combat
La pilule du lendemain fait partie de larsenal contraceptif. Le ministère de la Santé a franchi une étape en lautorisant. Mais le combat ne sarrête pas là, nous lance Chafik Chraïbi, chef du service de gynécologie obstétrique au CHU de Rabat. Ce professeur de médecine, actuellement en tournée auprès des associations de médecins et des ONG pour plaider la cause de lavortement, nous rappelle des chiffres édifiants : 400 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour au Maroc. Selon lOMS, 13% de la mortalité maternelle au Maroc est imputée à lavortement et reste très élevée, de lordre de 228 pour 100 000 naissances. Triste
Car, selon la durée de la grossesse et les moyens, les femmes payent de 1000 à 10 000 DH pour des interventions pas forcément réalisées par des médecins. Infirmières ou faiseuses dange agissent dans des conditions sanitaires catastrophiques, regrette le Pr Chraïbi. Et elles sont nombreuses à courir le risque, malgré un arsenal juridique répressif. La loi punit, en effet, de 1 à 5 ans de prison et dune amende de 200 à 500 DH toute personne ayant provoqué, ou tenté de provoquer, un avortement. Seule exception : les cas de pathologies maternelles graves, pouvant mettre en danger la vie de la mère. Pour le Professeur Chraïbi, cette précaution doit être étendue aux cas de malformations du foetus et certaines situations sociales, comme une grossesse consécutive au viol et à linceste par exemple, ou pour les mineurs. |
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