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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Mehdi Sekkouri Alaoui

Télévision.
Carton jaune pour Al Jazeera

Maâ Haïkal, l’émission qui a
coûté à Al Jazeera son
autorisation d’émettre ?
(DR)

La chaîne qatarie vient de se faire interdire son JT “made in Morocco”. Simple formalité juridico-technique ou censure politique déguisée ?


L’information est tombée tel un couperet le soir du mardi 6 mai : les autorités marocaines ont décidé d'interdire la diffusion depuis Rabat du “Journal du Maghreb”, émission quotidienne de la chaîne satellitaire Al Jazeera. “À notre grande surprise, nous avons reçu plus tôt dans la journée un fax de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) nous signifiant l’interdiction d’exploiter les
fréquences qui nous étaient allouées jusqu’ici, sans aucune forme d’explication”, confirme un journaliste du bureau marocain de la chaîne d’information qatarie, encore sous le choc. Contacté par TelQuel, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri, parle plutôt de “suspension et non d'interdiction”. “Cette mesure a été prise pour des raisons techniques et juridiques. Al Jazeera opérait en marge de la loi sur l’audiovisuel en vigueur. Il est temps qu’elle régularise sa situation si elle veut continuer à émettre son bulletin d’information depuis Rabat”, explique-t-il. Même son de cloche du côté de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), où l'on explique que “depuis le lancement de son Journal du Maghreb, en novembre 2006, Al Jazeera tournait grâce à des autorisations de diffusion provisoires de trois mois et ne faisait rien pour régulariser sa situation. Comme toutes les autres chaînes présentes au Maroc, Al Jazeera doit respecter le cahier des charges prévu par la loi. Il n’y a pas deux poids deux mesures”.

Censure politique ?
Pour autant, cette interdiction ne remet pas en cause l’existence de l’antenne marocaine de la chaîne, ni l’accréditation de ses journalistes. “Ils peuvent continuer à travailler aussi librement qu’avant”, précise Khalid Naciri. Insuffisant pour rassurer ces derniers, qui ne réalisent toujours pas ce qui leur arrive. “C’est à n'y rien comprendre, réagit le chef du bureau d’Al Jazeera à Rabat, Hassan Rachidi qui s’apprêtait jeudi dans la journée à rencontrer les officiels marocains pour leur demander une explication. Dès 2006, nous avons déposé une demande d'autorisation en bonne et due forme. Mais notre dossier a traîné chez la HACA et nous avons donc dû travailler avec des autorisations provisoires”. Et d'ajouter : “On veut nous faire appliquer le même cahier des charges que celui imposé aux chaînes locales, alors que nous n’avons aucun accès direct aux téléspectateurs marocains. Tout ce que nous faisons ici est envoyé à notre bureau de Doha, qui se charge de le diffuser par satellite”. De quoi se demander si cette mesure ne viserait pas plutôt la ligne éditoriale de la chaîne qatarie et sa couverture “différente” de l’actualité marocaine. “Depuis l’ouverture du bureau de Rabat, on n’arrête pas de nous mettre des bâtons dans les roues, explique cet employé de la chaîne. On a droit à des problèmes administratifs, d’accréditation, d’accès à certaines manifestations et même à des agressions”.

Il semblerait que la goutte qui aurait fait déborder le vase est le dernier numéro de l'émission “Maâ Haïkal”, animée par le journaliste égyptien Mohamed Hassanine Haïkal, et dans laquelle ce dernier s’est penché sur d’éventuelles relations entre Hassan II et le Mossad.

En tout cas, cette interdiction n’a pas laissé indifférentes les organisations de défense de la liberté de la presse. À commencer par Reporters sans frontières, qui s’est fendue d’un communiqué cinglant : “L’attitude des autorités marocaines est incompréhensible. Al Jazeera diffuse son programme spécial sur le Maghreb depuis un an et demi sans aucune difficulté. La soudaineté de cette mesure et l’absence d’explications valables laissent penser qu’il s’agit là d’une décision politique”. Même son de cloche du côté de Saïd Essoulami, directeur du CMF MENA (Center for Media Freedom) : “C’est une forme de censure politique sous couvert de besoin de régulation. Les autorités auraient pu laisser les journalistes de la chaîne travailler, tout en les amenant, en parallèle, à se conformer à la législation en vigueur”. Petite consolation pour les aficionados du Journal du Maghreb : Al Jazeera continuera à le diffuser, mais à partir des studios de Doha.

 
 
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