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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Aït Akdim

Etats-Unis.
Obama est OK

Barack Obama, célébrant sa victoire
en Caroline du Nord, qui lui ouvre pratiquement la route vers
l’investiture démocrate.
(AFP)

Hillary Clinton aura tout tenté, en vain, pour casser l’élan de son rival Barack Obama. Après les primaires de l’Indiana et de la Caroline du Nord, le sénateur de l’Illinois est plus que jamais favori pour l’investiture démocrate aux présidentielles.


En 1992, Bill Clinton, le candidat démocrate à la présidentielle, s’était autoproclamé “Comeback Kid” pour sa capacité à retourner la situation en sa faveur, après un départ calamiteux. Seize ans après, son épouse Hillary a semblé, un temps, rejouer le même scénario. Après un début d’année catastrophique, une série de défaites (11 d’affilée) face à
Barack Obama avait transformé la balade de santé annoncée de l'ex-First lady en raclée électorale. Depuis, Hillary avait repris du poil de la bête, remportant les primaires de l’Ohio et du Texas en mars, et surtout en Pennsylvanie, le 22 avril dernier. L’espace de quelques semaines, la force et l’enthousiasme (le fameux “momentum”) ont paru basculer du côté de la sénatrice de New York.

Fin de partie
Tout cela est maintenant de l’histoire ancienne. Mardi dernier, après sa nette victoire en Caroline du Nord (56% des voix contre 42% pour sa rivale) et une courte défaite dans l’Indiana (49% contre 51%), Obama compte 1848 délégués, contre 1693 pour Clinton, selon le site indépendant RealClearPolitics. Pour rappel, 2 025 est le nombre magique de délégués que doit atteindre un candidat démocrate pour s'adjuger l'investiture de son parti, lors de la convention nationale qui se tiendra à Denver, du 25 au 28 août prochain.

Barack Obama a ainsi mis fin à une série de déboires commencée en mars. Pour Hillary Clinton la défaite n’est certes pas encore définitive, mais il lui est quasiment impossible de rattraper son retard sur le sénateur de l’Illinois.

Nancy Pelosi, la leader démocrate de la Chambre des représentants, a beau jeu de déclarer que “la course continuera de plus belle”, plus personne ne croit que l’avance prise par Obama puisse être annulée par sa rivale, quels que soient les résultats des dernières primaires, prévues d’ici au 3 juin prochain. Comme le résumait pour le New York Times l’expert démocrate Bob Shrum, “la campagne peut continuer, mais la course est bel et bien terminée : Barack Obama est le candidat démocrate pour la présidentielle”. Déjà, ses conseillers font savoir qu'Obama va désormais se consacrer exclusivement à l’élection de novembre, qui l'opposera à McCain.

La plupart des observateurs croient que Clinton peut encore décider d’une chose : la date de son retrait. Mais, le lendemain de la victoire de Barack Obama, la sénatrice de New York a voulu couper court aux rumeurs d’abandon : “Je reste dans cette course jusqu'à ce qu'il y ait un candidat désigné”. Certes, elle n’affronte pas là ses premières difficultés dans cette campagne et elle a plusieurs fois montré qu'elle était capable de remonter la pente. Seulement, son adversaire continue de la dominer sur presque tous les registres : le vote populaire, le nombre de délégués élus, et - last but not least - le nerf de la guerre, l’argent. Hillary Clinton vient d’annoncer qu’elle a prêté plus de 6 millions de dollars à sa campagne, en plus des 5 millions qu’elle avait déjà avancés en février.

Obama, déjà en novembre
Comme en réponse aux problèmes financiers de sa concurrente, Barack Obama a lancé une campagne de souscription de dons, alors que son trésor de guerre est déjà bien fourni. Au soir de sa victoire en Caroline du Nord, Barack Obama a en tout cas retrouvé le sourire : “Ce soir, nous sommes à moins de 200 délégués de la nomination. Et il est possible de dépasser la politique de division, de surmonter les attaques négatives qui ne visent qu'à marquer des points et jamais à résoudre nos problèmes”.

Depuis de nombreuses semaines, on reprochait au sénateur de l’Illinois de n’avoir pas su gérer les polémiques lancées ou entretenues par sa rivale. La cote d’Obama s’est surtout dégradée après ses déclarations maladroites sur les habitants des petites villes “aigris, qui s'accrochent aux armes et à la religion”, lors de sa campagne en Pennsylvanie.

Début mars, déjà, les sermons incendiaires de son pasteur Jeremiah Wright (“la politique américaine est responsable du 11 septembre”, “le sida a été créé pour exterminer les noirs”…) avaient relancé le débat autour de l’expérience d'Obama. Prenant de la hauteur, ce dernier avait, dans un premier temps, réagi par un discours sur la question raciale, à Pittsburgh, le 18 mars dernier, où il s’était livré à un exercice d’introspection : “Mon histoire ne fait pas de moi le plus conventionnel des candidats, mais c'est une histoire qui a, de façon indélébile, imprimé dans mes gènes l'idée que ce pays représente plus que la somme de ses parties, que nous tous qui le composons, nous ne formons, en réalité, qu'un”.

Depuis, le sénateur de l'Illinois a connu des hauts et des bas. L’électorat a douté, mais le candidat a répliqué. D’abord en se distançant définitivement du révérend Wright, dont les sorties désastreuses ont profondément choqué l’électorat blanc. Hillary Clinton en avait fait un argument de campagne, en rappelant (à raison) que le candidat démocrate ne pouvait gagner la Maison-Blanche sans le vote populaire blanc. Barack Obama a aussi rassuré sur sa capacité à séduire un électorat populaire dans l’Etat de l’Indiana, où sa concurrente espérait rééditer sa nette victoire de Pennsylvanie. Ensuite, alors que sa rivale cédait au populisme, le sénateur Obama n’a pas changé de cap. Clinton a misé une partie de sa campagne des primaires du 6 mai sur une proposition de suppression de la taxe fédérale sur l’essence, proposition avancée au départ par le candidat républicain John McCain. Conforté par une majorité d’économistes, Obama s’y est opposé, au nom du bon sens économique. À Raleigh, au soir de sa victoire en Caroline du Nord, il a semblé tourner le dos à la polémique avec sa concurrente pour se concentrer sur le camp républicain. “Nous ne gagnerons pas en dupliquant les mêmes tactiques et les mêmes stratégies (que les Républicains), mais en disant la vérité, avec force, avec constance, avec confiance. Parce que les Américains veulent le changement”. La campagne, la vraie, commence maintenant.




Côté républicain. Où est passé McCain ?

Pendant que le camp démocrate s’entredéchirait, John McCain a un peu disparu des médias. Une bonne chose, pour le sénateur de l’Arizona ? Pas sûr. John McCain a bien assuré sa nomination comme candidat du Parti républicain, dès les primaires du Texas et de l’Ohio, début mars, mais il ne fait plus la Une. Il est assuré d’être en finale, mais (presque) plus personne ne s’intéresse à lui depuis des semaines. En même temps, il a eu le temps de préparer le match de novembre. Une trêve consacrée à réparer les blessures au sein de son camp (figure iconoclaste au sein de son parti, il reste peu populaire auprès de la base conservatrice) et à soigner son image de présidentiable. Héros de la guerre du Vietnam, très expérimenté en matière de politique étrangère, McCain s’est lancé dans une tournée à l’international qui l’a mené a en Europe (Grande-Bretagne, France) et au Moyen-Orient (Irak, Israël et Jordanie). Rentré au pays, McCain s’est rendu dans les Etats les plus pauvres, souvent délaissés par les candidats de son parti.
Au final, il a très peu exposé son programme, qui reste lacunaire sur les questions économiques et sociales. Faire du compassionnel et soigner sa stature internationale, surtout ne pas se mouiller avant le Big Fight. Une stratégie comme une autre.

 
 
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